Je quitte la sécu

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

C’est un véritable succès d’édition : le livre de Laurent C., intitulé « Je quitte la sécu», relate le parcours de ce père de cinq enfants, entrepreneur dans le secteur informatique, contre la pieuvre étatique française, ses administrations, ses tribunaux et ses huissiers. La première partie de cet ouvrage retrace l’itinéraire individuel de l’intéressé, tandis que la seconde insiste sur les textes de lois qui permettent le libre choix du système de sécurité sociale, mais livre aussi les verdicts des tribunaux et les notifications de l’Union européenne. En guise d’avertissement, l’auteur précise toutefois que son objectif ne vise pas à inciter les lecteurs à quitter la sécurité sociale et le RSI. C’est un guide destiné à informer, un ouvrage «qui réaffirme l’obligation de s’affilier à un organise de sécurité sociale, pour l’assurance maladie et l’assurance retraite, dans le respect des directives européennes et de leur transposition dans le droit français». Laurent C. nous explique sa situation : «À titre personnel, j’ai changé de régime de sécurité sociale depuis trois ans. Le livre et le blog s’appellent « Je quitte la sécu », ce qui est un peu provocateur, puisque je n’ai pas quitté la sécurité sociale, mais changé de sécurité sociale.

D’ailleurs, tout le monde peut changer de régime : si vous devenez agriculteur, vous changez de régime de sécurité sociale… En France, il y a 400 régimes de sécurité sociale, on peut donc changer de régime rien qu’en changeant de profession. On peut aussi quitter complètement la sécurité sociale. Si je décide de devenir rentier et de vivre de mes placements, je ne suis plus obligatoirement affilié à un régime de sécurité sociale. D’ailleurs, il y a en France plein de gens qui ne sont pas obligatoirement affiliés à un régime de sécurité sociale». Laurent C. ne cherche pas à minimiser les épreuves et les déboires qui attendent ceux qui voudraient quitter la sécurité sociale : «Il faut effectivement se battre pour faire reconnaître ce droit au changement de sécurité sociale devant les tribunaux et il faut être très clair. Aujourd’hui, et depuis 20 ans, tous les gens qui ont essayé se sont fait condamner. C’est quelque chose que je ne cache pas dans mon livre et dans mes interventions. Maintenant, cela ne nous empêche pas de débattre, même s’il y a une loi qui nous empêche d’en parler. D’ailleurs, je ne vois pas comment elle pourrait être appliquée, ce serait amusant… Mais on essaie de faire valoir nos positions devant les tribunaux. S’il y a des juges, c’est bien pour faire des interprétations des lois, sinon il n’y aurait pas de juges, et l’interprétation des lois peut bouger. L’interprétation peut bouger face à la pression du peuple. Elle peut aussi bouger face à la pression de l’Europe qui sort régulièrement des arrêts qui mettent des coups de boutoir dans notre soi-disant monopole. Il y a bien un moment donné où les choses vont évoluer. Depuis la nuit des temps, tous les monopoles et toutes les privations de liberté sont tombés. Cela va peut-être mettre cinq ans, dix ans ou plus, mais il ne faut pas oublier que l’URSS est tombée et que la Corée du Nord tombera. Donc, la sécurité sociale tombera aussi !»

En attendant, la démarche de Laurent C. a pour effet de conquérir un intérêt croissant : «J’en suis à peu près à 700 000 vues sur le blog. Cela prouve un intérêt certain de plus en plus de personnes qui sont écrasées par les charges. Aujourd’hui, vous avez quand même chaque jour un agriculteur qui met fin à ses jours et deux indépendants qui se suicident… Très majoritairement, c’est en raison d’un problème de charges, parce que ces personnes n’arrivent pas à gérer leurs fins de mois. Aujourd’hui, les gens qui se libèrent de la sécurité sociale, ce n’est même pas un combat philosophique ou pour les libertés, c’est d’abord une question de survie. Dans mon cas, si je tombe malade, personne ne me versera une indemnité journalière. Si j’ai un cancer et si je suis malade pendant deux ans, je ne vais pas être payé pendant deux ans… Cela montre bien que ce système ne fonctionne pas. Si personne n’est solidaire avec moi, je suis obligé de m’assurer par ailleurs et, comme je ne peux pas payer deux fois, entre un truc qui ne me versera rien et une assurance privée qui va me verser quelque chose, je suis obligé d’arrêter de cotiser… C’est aussi simple que cela».

Cependant, le combat progresse, car il y a cette fameuse question des mutuelles, avec un argumentaire qui mérite que l’on s’y attarde : «La directive européenne oblige les sociétés qui font de l’assurance en France à prendre l’une des trois formes suivantes : une société d’assurance, une mutuelle ou un institut de prévoyance. La bonne question est de savoir maintenant quelle est la nature du RSI, des caisses primaires d’assurance-maladie ou de la MSA, qui sont d’ailleurs des organismes privés. Ces organismes disent qu’ils ne sont pas des mutuelles, ce ne sont pas des sociétés d’assurances, sinon ce serait plus visible, ce ne sont pas des instituts de prévoyance non plus. Donc, comme il est impossible que ces organismes ne soient pas en règle avec la loi, comme ce ne sont pas des instituts de prévoyance ou des sociétés d’assurances, ce sont forcément des mutuelles. D’ailleurs, je n’ai pas la preuve que ce sont des mutuelles mais, si ce n’est pas le cas, ces organismes sont hors-la-loi. Si ce sont des mutuelles, elles sont soumises à la concurrence, donc l’affaire est réglée. Mais si ce ne sont pas des mutuelles, elles font de l’assurance sans avoir un agrément. Alors, le RSI ne fait pas de l’assurance directement, il fait appel à des organismes qui sont en dessous, qui sont des vraies mutuelles privées qui font de l’assurance à sa place. Cela veut dire que le RSI sous-traite l’assurance. Il a le droit de faire cela, mais cela devient un intermédiaire en assurance et, pour cela, il faut être inscrit à l’ORIAS. Or, le RSI n’est pas inscrit à l’ORIAS…»

Dans cet affrontement, les politiques sont cruellement absents et Laurent C. déplore cette situation : «Aujourd’hui, aucun politique ne défend cette idée de liberté de l’assurance sociale, à l’exception du PLD (Parti libéral démocrate). Mais le sens du vent est en train de bouger et certaines personnalités, au sein des partis, vont commencer à poser des questions. C’était peut-être une belle chose en 1945, mais nous sommes en 2015, il s’est quand même produit beaucoup de choses en France et dans le monde…» Un livre passionnant, instructif et riche d’enseignements pour tous ceux qui s’intéressent à ce sujet sensible.

« Je quitte la sécu » de Laurent C. est publié aux Éditions Le Mammouth.

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