BNP Paribas et le "moogul" Drahi : une nouvelle "affaire Crédit Lyonnais" ?

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 16 octobre (numéro 813) : “Les valeurs “en retournement” qui peuvent surprendre”. Bonne lecture !!!

La chute inévitable de la maison Drahi pourra-t-elle entraîner celle de BNP Paribas? La roche tarpéienne est près, tout près… du Capitole ! Patrick Drahi, le nouveau « Moogul » des télécoms et des médias, franco-israélien établi à Genève, ancien as de l’école Polytechnique… a connu son heure de gloire, peut-être provisoire, jeudi 17 septembre dernier. C’était Goldman Sachs, le bankster bien connu pour ses diverses manipulations (dont le trucage des comptes publics de la Grèce), qui invitait, à Wall Street, dans un hôtel de luxe (le Conrad), la « septième fortune française », selon les magazines spécialisés dans l’établissement des classements. L’Agence France Presse, qui était présente, parle d’un accueil de rock star », décrivant « bousculades et jeux de coudes entre banquiers et analystes financiers en vue, conviés par la prestigieuse banque Goldman Sachs […] L’intervention de M. Drahi a pris les allures d’une première de film ». On est, c’est visible, dans l’émotionnel, dans les tentatives de séduction, certainement pas dans le rationnel, dans l’analyse des comptes, dans les perspectives de rendement. 


Moody’s tire la première.


Ce mardi 6 octobre, dans le cadre d’une revue du holding Altice, maison-mère du groupe de Patrick Drahi, l’agence de notation Moody’s Investors Services a décidé d’abaisser d’un cran la note de la dette de Numericable-SFR, qui tombe de « Ba3 » à « B1 », ce qui la ramène au même rang que celle de sa maison-mère, Altice Luxembourg SA. Dans les termes anglo-saxons très appréciés par Goldman Sachs, on revient de la catégorie « non-investment grade, speculative » à « non-investment grade, highly speculative ». Si on traduit en français, c’est un peu rugueux, on est loin des applaudissements : on est dans une « catégorie de non-investissement, très haut risque spéculatif ». Bref, partez avant la faillite… cela urge, si l’on traduit le langage ourlé de ces agences de notation. Moody’s parle d’un taux de détention actuel de 78,5 %, visiblement, Moody’s n’a pas tenu compte du rachat, sur la trésorerie de Numericable-SFR, de 10 % du capital à Vivendi, qui est partie en courant, effrayé par les montagnes de dette qui s’accumulent autour de Patrick Drahi. En réalité, le contrôle d’Altice sur Numericable-SFR est désormais proche de 90 %, si l’on tient compte de l’autocontrôle, qui a été annulé. Quelques jours avant la révélation de Moody’s, Altice a dû ravaler une grande partie de ses projets d’augmentation de capital, n’ayant pas d’amateurs pour pouvoir souscrire. La dette obligataire, elle aussi, a été réduite. L’homme d’affaires franco-israélien a annoncé il y a quelques semaines sa deuxième acquisition aux Etats-Unis dans le câble en l’espace de quatre mois, devenant, du moins sur le papier, le quatrième câblo-opérateur américain. Il a payé plus de 9 milliards de dollars Suddenlink, et il offre une valorisation de 17,7 milliards de dollars pour Cablevision.


A New York, invité de Goldman Sachs, pour faire rigoler les financiers.

Les spécialistes, journalistes des grands médias new-yorkais, as de la finance et autres amateurs d’amusement public se sont précipités pour venir à la réunion de Goldman Sachs, histoire de voir de leurs propres yeux qui était ce Patrick Drahi, digne successeur, dans l’emphase, de Jean-Marie Messier. Drahi est venu flanqué de son numéro deux, M. Dexter Goei. Ils étaient ponctuels, et Drahi, avare de déclarations publiques, a affirmé qu’il consolidait le marché européen, et qu’il allait continuer à consolider le marché américain. Pour le polytechnicien, les choses sont simples. Il aimerait « exporter le rendement » des Américains en Europe et la gestion des coûts appliquée sur le vieux continent aux Etats-Unis. Cela a fait rigoler toute la salle, car cela bouscule les stéréotypes qui sont véhiculés des deux côtés de l’Atlantique. Patrick Drahi, lorsqu’il est arrivé à la tête de SFR, a commencé par ne plus payer les consultants, les fournisseurs, pour exiger de leur part des rabais formidables sur les factures anciennes, et sur les contrats en cours. Les citations, reproduites par les agences de presse ou les journaux américains, pourraient prêter à rire. « Si un manager vient me voir pour me présenter un consultant, je le vire et garde le consultant », a-t-il lancé. Autre citation : « Je fais 100 % confiance à mes collaborateurs. Ils n’ont pas la bride au cou, même s’il m’arrive de leur téléphoner en pleine nuit » […] « Le jour où je ne fais plus confiance qu’à 99 %, je vire ». Son but ? Il veut « se faire de l’argent comme tout entrepreneur ». Le sous-entendu est simple, si vous voulez gagner de l’argent, venez à mes côtés, soyez des gogos investisseurs, des gogos prêteurs. Certaines sources bancaires disent que le groupe de Patrick Drahi convoite Verizon Communications, qui possède des activités dans le câble, la fibre optique et dans le cuivre, qui sont évaluées à environ 34 milliards de dollars. D’autres affirment qu’il veut s’emparer de Mediacom, qui est au septième ou au huitième rang des câblo-opérateurs américains. Deutsche Telekom veut vendre T-Mobile US, sa filiale américaine après avoir rejeté, en 2014, les avances de Xavier Niel, milliardaire français propriétaire et créateur d’Iliad (Free, Free Mobile…).

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