L’audace, mode d’emploi
LITTÉRATURE
Didier Durandy a travaillé à Paris, Madrid, Londres et New York. Il est à l’origine du cabinet de conseil en management Grant Alexander Ltd à Londres et il a effectué des missions dans 23 pays. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dans ce domaine comme «Le bon, la brute et le consultant», «Décider pour gagner» ou «L’audace de réussir». Dans son dernier livre, rédigé avec Pascal Vancutsem et Renaud Thomazo, il explique : «L’audace est une attitude renforcée par la pratique, à la portée de tous ; il ne s’agit pas d’un don distribué à quelques heureux élus à leur naissance. Faites-la fructifier, investissez-la dans les causes qui vous attirent ; allez au bout de votre ambition et, surtout, autorisez-vous à vous faire plaisir…»
Généralement, on présente l’audace comme quelque chose de naturel chez certains, mais il estime que l’audace réside en chacun de nous : «L’audace, c’est de l’énergie. On a tous de l’énergie. C’est finalement comme apprendre à nager : techniquement, tout le monde peut nager, mais on doit être formé pour cela. On a de l’audace en naissant, mais est-ce que, dans sa famille, on est habitué à l’utiliser ? Il y a l’éducation aussi. Une étude sur l’audace et les Français a été réalisée par Ipsos : 50 % des Français estiment que l’on ne favorise pas l’audace dans l’entreprise. Or, aux États-Unis, en Chine ou en Angleterre, on favorise l’audace».
Alors qu’est-ce que l’audace ? «Il y a trois ingrédients dans l’audace. Il y a d’abord la surprise : on ne pensait pas qu’il le ferait... Il y a le superlatif : il a fait plus, plus vite, plus économique ou plus efficace... Et il y a la différence : il ne fait pas comme tout le monde… Avec ces trois ingrédients, je peux répondre à toutes les questions sur l’audace. L’audace, c’est d’abord une attitude. Les grands timides sont très audacieux. Mais savent-ils orienter leur audace dans la bonne direction ? S’ils sont déçus, ils peuvent redevenir timides. L’audace, c’est d’abord une attitude. J’ai interrogé plus de 100 personnes et il y a des définitions assez passionnantes de l’audace. Quand je leur demande leur niveau d’audace sur une échelle de 1 à 10, certains répondent 2 ou 3, donc il y a quelque chose de perturbant. Souvent, c’est parce que les parents leur ont dit : «Tu ne peux pas faire ceci ou cela. Il faut rester dans le politiquement correct. Tu verras ça plus tard…» J’ai habité longtemps aux États-Unis et les parents disent : «Si tu veux essayer, vas-y. Mais tu sais que cela peut échouer…» L’audace est proportionnelle aux risques, mais il y a des risques qui sont minimes, alors autant essayer. Si vous dites à quelqu’un : «Il y a une chance sur cent pour que cela marche », le non audacieux n’essaiera pas, l’audacieux va essayer, mais le non-audacieux va le regretter après en disant : «Si j’avais su…» Si vous voulez travailler pour une grande entreprise française, vous envoyez votre CV et vous attendez… L’audacieux ne fera pas cela. J’ai rencontré quelqu’un qui voulait absolument travailler pour Renault. Il a envoyé son CV avec une lettre de motivation, cela n’a pas fonctionné. Alors, je lui ai proposé d’être audacieux en écrivant directement à Carlos Ghosn… La personne m’a dit : «Peut-être qu’il ne répondra pas…» J’ai répondu que ce n’était pas grave et qu’il fallait essayer. Quel est le risque ?»
Pourtant, pendant très longtemps, on a recherché le risque zéro dans le monde de l’entreprise, en rejetant tous ceux qui voulaient faire preuve d’audace… Par exemple, on préférait toujours un fournisseur qui avait de belles références, même s’il n’y avait aucune audace dans ses propositions, face à un inconnu qui pouvait avoir une très belle idée… En effet, dans l’hypothèse d’un échec, le PDG pouvait toujours dire à ses actionnaires : «On s’est trompé, mais on a quand même choisi un cabinet qui a travaillé pour des ministères ou des grands groupes…» Didier Durandy explique que «l’audace est proportionnelle au risque. L’audace c’est entre les deux, entre l’inhibition et la folie pure. En France, le risque n’est pas bien perçu. On commence à en parler, mais il n’est pas bien perçu.
Si je vais voir mon patron en lui disant : «Je prends un risque de 50 000 euros sur ce client, peut-être qu’il ne paiera pas…» En général, le patron répond non. Jeff Bezos, le patron d’Amazon, a lancé la montre connectée un petit peu trop tôt. Ce fut un échec, et il a dit : «Cela m’est égal, parce que je veux que mes collaborateurs fassent preuve d’audace et fassent des expériences parce que, de temps en temps, il y en a une qui marchera…» C’est une attitude. Alors, le petit vendeur va-t-il prendre le risque de dire à son patron qu’il y a un risque, parce qu’il risque aussi d’être mal vu ? Dans une banque, j’ai entendu un directeur dire : «Je veux zéro perte sur mes clients, sinon je tue !» Évidemment, personne ne prend le moindre risque ! À l’inverse, si la personne dit : «Il faut prendre des risques et accepter des découverts» le chiffre d’affaires de la banque va se développer énormément… Si le chef d’entreprise incite ses collaborateurs à prendre des risques limités, vous avez deux conséquences très positives : d’abord, les troupes sont motivées, elles se sentent investies d’un pouvoir de réaliser quelque chose et, en plus, les collaborateurs touchent du doigt ce qu’est une décision stratégique.
Malheureusement, dans un grand nombre d’entreprises, le patron est le seul à pouvoir se permettre de prendre des risques et, en dessous, c’est profil bas. Or, j’estime que chacun doit pouvoir prendre une petite part de risques et développer son audace, sinon on ne peut pas lutter contre la concurrence. En France, c’est toujours très long, alors qu’aux États-Unis on applique tout de suite une décision et, si cela ne marche pas, on ferme… » Enfin, évoquons l’audace en politique à travers les primaires à droite. Un communicant a analysé la situation en expliquant que la campagne de François Fillon ne décolle pas car il ne donne pas le sentiment d’avoir envie d’aller jusqu’au bout… Alain Juppé donne le sentiment d’en avoir vraiment envie, d’ailleurs c’est sa dernière chance, compte tenu de son âge… Quant à Nicolas Sarkozy, certains pensent qu’il n’en a pas réellement envie, mais qu’il veut surtout prendre sa revanche… Or, la revanche peut être un moteur encore plus fort que l’envie… Pour Didier Durandy, «la revanche est un moteur, mais est-ce le meilleur moteur ? J’ai tendance à favoriser ce qui est positif : «Je veux être président parce que j’ai quelque chose à apporter et pas parce que je veux gommer mon ancien échec…»
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