Pourquoi ils font le Djihad. Enquête sur la génération Merah
LITTÉRATURE
Il y a eu les tragiques événements du 11 janvier, puis récemment l’affaire du Thalys, où une tuerie a été évitée par miracle, le 21 août dernier… Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, a confirmé que les policiers et les services de renseignements ont déjà pu démanteler de nombreuses cellules qui s’apprêtaient à commettre des attentats sur le sol français. Mais on n’aura pas toujours de la chance… L’enquête réalisée par le journaliste Jean-Paul Ney au cœur des banlieues révèle qu’il existe une véritable cinquième colonne de plusieurs milliers de jeunes prêts à partir au combat. C’est le livre événement de cette rentrée, une étude en profondeur sur cette partie de la jeunesse qui se revendique comme la «génération djihad». Jean-Paul Ney a été grand reporter pour l’agence Gamma, Canal+, Le Point et il donne des cours à l’École supérieure de journalisme de Paris. Il commence son livre en évoquant cette génération «Game, fric, femmes», c’est-à-dire ces jeunes attirés par l’argent, les jolies filles, les belles voitures et la musique rap… Pourtant, cela n’a rien à voir avec le Djihad ! Comment cette génération a-t-elle basculé ?
Pour Jean-Paul Ney : «Cela n’a rien à voir avec le Djihad, oui et non… Jihadi John, un jeune rappeur qui est devenu un islamo-voyou puisqu’il se revendique d’un islam violent, est parti de Grande-Bretagne pour devenir le fameux égorgeur qui découpe les têtes des otages. Dans ses vidéos, il a menacé Obama lors des premières frappes sur le sol de l’État islamique. Malheureusement, c’est loin d’être anecdotique, c’est une ambiance générale. Il y a eu de très belles productions rap dans les années 85-95 : à l’époque, le rap apparaissait déjà comme violent, mais il y avait des messages qui avertissaient sur les banlieues et la confrontation entre la police et les jeunes voyous. Dès qu’un gamin a les moyens de quitter la banlieue, il le fait. Il y a des jeunes qui réussissent, mais le problème principal, c’est qu’ils sont baignés dans une culture de l’ultra violence et une recherche identitaire. Tout le monde a échoué, l’éducation, les juges, les parents, les services sociaux… Ils sont à la recherche d’une identité et cette génération se retrouve face à l’Afrique du Nord, l’Algérie particulièrement, et des parents qui sont absents. J’ai réfléchi, j’ai bien étudié le sujet et je me suis aperçu que 98% des terroristes sont algériens ou d’origine algérienne. Ce sont souvent des enfants de divorcés ou dont le père n’a pas été physiquement présent. Beaucoup sont tombés dans la facilité et dans l’attrait du djihadisme commando, parce qu’ils sont dans une culture du complot généralisé depuis le 11 septembre».
Il y a un endoctrinement permanent, via certaines chaînes par satellite et Internet, visant à entretenir la haine de l’Occident. Pourtant, ces jeunes rêvent d’avoir une jolie femme, une piscine, une belle voiture, de vivre à Miami… C’est donc aussi cette culture qui les attire ! Jean-Paul Ney estime que «c’est une génération schizophrène. On a en face de nous des gamins désintégrés et complètement schizophrènes. Forcément, vous avez une dualité qui finit par ressortir. J’étais en Libye pendant la révolution, j’ai pu photographier Kadhafi mort à mes pieds pour Le Point et j’ai vu des gamins très éduqués. Internet a islamisé les jeunes issus de l’immigration et il a aussi apporté des envies de liberté et d’ouverture vers le monde à des jeunes qui n’ont pas eu la chance d’avoir des parents qui ont quitté ces pays. C’est un comportement inversé. Un jeune Tunisien vient de me dire : « Foutez-les dehors ! Mettez-les sur un bateau, on va s’en occuper ! Envoyez-les au Maroc, ils vont s’en occuper ! »Il est très facile, depuis une sombre rédaction de Radio France, ou du Café de Flore, de dire : «Jean-Paul Ney est un facho ! » Mais il est temps de s’attaquer au problème !»
Dans cet ouvrage, il démontre à quel point notre système politique, médiatique et éducatif est responsable de ce qui nous arrive en pleine figure : «Avec ce livre, je me dédouane. J’ai fait ma part de boulot. J’ai sorti en 2005 un livre qui s’appelait « Le livre noir du terrorisme » dans lequel j’évoquais déjà tout cela. Même si Ben Laden est mort, même si Al-Qaïda n’existe plus, rien n’a changé. l’État islamique est là… Al-Baghdadi est le nouveau héros d’une certaine jeunesse, de cette jeunesse abreuvée de vidéos sur Internet, l’État islamique est devenu la start-up du terrorisme ! On est à des milliers d’années-lumière de la grenade ou de la bombinette de Carlos au drugstore Publicis !» Selon lui, il existe une cinquième colonne en France. Cela veut dire que l’ennemi est à l’intérieur : «L’Élysée est pétrifié, Matignon est cryogénisé et le ministère de l’Intérieur fait ce qu’il peut ! Heureusement, nous avons encore des militaires qui amènent le travail mâché à François Hollande, qui n’a plus qu’à appuyer sur un bouton concernant l’élimination de certains djihadistes en Afrique. C’est tout à son honneur, François Hollande a donné son feu vert pour des exécutions, des homicides extrajudiciaires, ce que l’on appelle des opérations clandestines de nos services secrets, pour liquider des djihadistes. Cette information m’a été confirmée par nos services de renseignements. Je sais que ce sont les cibles les plus sensibles. Maintenant, sur la cinquième colonne, je vous rassure, je n’ai pas lu cela sur des sites d’extrême droite, la politique ne m’intéresse absolument pas. Ce qui m’intéresse, ce sont les faits. Par exemple, les islamistes font du renseignement sur des cibles. Avec un nom, vous pouvez obtenir un numéro de téléphone et une facture détaillée, et de nombreux autres renseignements. Ils ont des correspondants, des bénévoles, qui travaillent chez différents opérateurs téléphoniques et qui leur donnent un accès à de nombreux autres éléments. Les policiers ont découvert chez certains des renseignements très précis sur des personnalités. C’est très grave !»
Pourtant, lors des manifestations du 11 janvier, on a eu l’impression que les Français voulaient exorciser ce qui était arrivé, en rêvant d’une France fraternelle et que tout aille bien, comme pour évacuer le problème en cachant la poussière sous le tapis : «Je ne peux pas dire mieux, on a caché la poussière sous le tapis, on a dit que tout allait bien : serrons-nous la main et faisons une grande farandole ! Le problème, c’est qu’il y a des gens en face qui veulent nous tuer. Est-ce que la gauche, l’ultra gauche, les bobos et une certaine droite ouvriront les yeux un jour, en cessant d’être complices ? Je pense que les Français devraient déposer plainte contre leurs politiciens pour non-assistance à personne en danger.» Enfin, son livre est préfacé par le cousin germain de Bachar al-Assad, Siwar al-Assad, qui est parfaitement francophone : «Je vais faire hurler les gens d’extrême gauche ! Avant d’être le cousin germain de Bachar al-Assad, c’est d’abord un ami de longue date, c’est un frère et c’est un patriote français. C’est quelqu’un qui a dû quitter son pays, parce que son père était dans l’opposition à Bachar al-Assad. C’est compliqué, les affaires de famille... Mais c’est quelqu’un qui a très bien compris ce qui se passait aujourd’hui».
« Pourquoi ils font le Djihad. Enquête sur la génération Merah » de Jean-Paul Ney est publié aux Éditions du Rocher.
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