L’ancien ministre, député des Français de l’étranger, souhaite installer des postes de contrôle des migrants en Afrique du Nord
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Frédéric Lefebvre : « Quand on est généreux au nom de la France, en réalité ce sont les Français qui paient. »
Frédéric Lefebvre, ancien ministre, est député de la 1ère circonscription des Français établis hors de France. Il évoque la crise des migrants en proposant d’installer des camps de réfugiés directement en Libye et, surtout, de créer les postes de contrôle des migrations en Afrique du Nord, et non sur le territoire européen, en prenant l’exemple du Canada qui héberge les douanes américaines dans ses propres aéroports. Il répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : Lors de sa conférence de presse, François Hollande a, semble-t-il, oublié qu’il avait une résidence secondaire à Mougins. Quand un journaliste lui a demandé s’il était prêt à accueillir des migrants chez lui, il a répondu qu’il habitait au palais de l’Élysée et qu’il ne pouvait donc pas les recevoir… On sait que vous avez à La Baule une résidence secondaire qui peut être libre quelque mois par an : seriez-vous prêt à le faire ?
Frédéric Lefebvre : La question est toujours amusante, d’ailleurs vous riez en la posant, et on peut se demander si nous, les politiques, nous ne sommes pas généreux à bon compte... Finalement, qui paie si la France accueille des migrants ? La question mérite d’être posée parce que le vrai sujet c’est que lorsque l’on est généreux au nom de la France, ce sont en réalité les Français qui paient ! Accueillir des réfugiés, par définition cela va générer des dépenses publiques importantes et c’est l’impôt des Français qui finance tout cela… Donc, ce n’est pas une décision que l’on peut prendre à la légère. Cela fait des mois maintenant, le 23 mai dernier, que j’ai lancé un appel et nous sommes aujourd’hui 54 parlementaires de droite et de gauche pour une vraie mobilisation européenne contre l’État islamique. Quand on voit l’Europe s’agiter dans tous les sens depuis des semaines, avec parfois des mises en accusation de notre propre pays, de nos amis italiens ou grecs, on voit qu’il y a une sorte de jeu de rôles qui est assez insupportable. Pour parler de vies humaines, c’est cette photo d’enfant échoué qui a rappelé à chacun son devoir de conscience. C’est tellement facile de dire que l’on va mettre des quotas ! Le vrai sujet, c’est d’abord de protéger tous ces gens qui sont menacés dans leur propre pays et, en même temps, de ne pas rester sans rien faire, en mettant en place des moyens humains et efficaces. Ma circonscription, c’est les États-Unis et le Canada, et le système qui a été mis en place dans la plupart des aéroports du Canada par les Américains, qui ont des enclaves dans les aéroports canadiens, fait que les contrôles se passent avant le départ vers les États-Unis. J’ai proposé tout simplement que tout au long des côtes libyennes - il y a plus de 2000 kilomètres de côtes, c’est de là que part tout le trafic, tous les passeurs, tous ces bateaux avec une partie de ces pauvres gens qui se noient - l’Europe mobilise ses moyens pour mettre en place des camps de réfugiés qui soient humainement respectueux de tous ces pauvres gens et que l’on se donne les moyens, avec des postes européens sur place, de contrôler ceux qui sont ou non des réfugiés de guerre.
Il y a quelques jours, Frontex a révélé qu’il y avait un trafic absolument énorme de faux papiers syriens, puisque tous les migrants économiques veulent des passeports syriens pour essayer de rejoindre l’Europe. Notre devoir est d’organiser cela, mais pourquoi l’organiser en France ou en Europe ? En organisant cela à l’extérieur de l’Europe, d’abord on règle en grande partie le problème de Schengen, on traite humainement les gens et on évite tout ce trafic des passeurs, parce que les gens qui fuient la guerre pourront se réunir dans ces camps au lieu de tomber dans les mains de ces trafiquants d’êtres humains mafieux. Tout cela a de vrais avantages. Je pense que l’Europe doit se mobiliser toujours en amont. Il faut agir contre l’État islamique. Je me félicite que le président de la République ait annoncé que nos avions vont survoler la Syrie et que, si nécessaire, ils participeront à des bombardements. Je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut aussi une coalition internationale et qu’il faudra des troupes au sol. Il ne faut pas raconter d’histoires aux gens ! Chaque fois, on a l’impression que l’on ne dit pas la vérité et, face à la réalité, on n’a pas d’autre choix et on avance par paliers, au lieu de faire les choses de manière stratégique, visionnaire, au bon moment et en anticipant. Ce n’est pas simplement le problème de la France, c’est le problème de l’Europe. Quand j’ai lancé mon appel le 23 mai, j’ai saisi à l’époque le président du Parlement européen, Martin Schulz. Il n’avait pas du tout « tweeté » depuis quelques semaines et le premier « tweet » qu’il a fait après ma saisine, c’était pour se féliciter de l’Eurovision ! Je voudrais que l’Europe s’occupe des vrais problèmes.
Encore faut-il avoir l’accord des pays sur place, par exemple du gouvernement libyen, tunisien ou marocain… Il faudrait qu’ils acceptent de créer un espace de contrôle Schengen sur leur propre sol…
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