Champagne : un secteur à aborder... avec modération.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 18 septembre (numéro 809) : “La sélection des titres aux meilleurs rendements (estimations 2016)”. Bonne lecture !!!

Le champagne est-il passé de mode ? Chaque année, il se vend davantage de vins pétillants « champagnisés » italiens (l’Asti…) dans le monde, que de bouteilles de champagne. En valeur, pourtant, c’est le champagne qui tient toujours le haut du pavé (plus de trois milliards d’euros de CA hors droits et taxes). Dans un marché peu concentré, il est assez intéressant de regarder ce sous-segment du secteur de l’agroalimentaire, qui est très emblématique, où les marques peuvent être fortes, où les groupes sont parfois puissants, parfois fragiles.

Il est également intéressant de se demander si, en orientant ses placements sur ce type de valeur, on peut être gagnant, financièrement parlant, et, grâce aux plus-values réalisées, aux dividendes encaissés… s’offrir quelques bonnes bouteilles. Bien sûr, ces bonnes bouteilles seront àconsommer avec modération, lors de belles circonstances, comme pour fêter, le jour venu, le dépassement des 25 euros pour le cours de l’action Peugeot, qui interviendra, soyons-en certains.

La France reste le principal débouché du marché du champagne, avec plus de 50 % des volumes et pas loin de 40 % du chiffre d’affaires. Il faut savoir que les champagnes exportés sont souvent plus hauts en gamme, qu’il s’agisse du Dom Pérignon (du conglomérat LVMH), du Perrier-Jouët cuvée Belle Epoque (du n°2 mondial des vins et spiritueux Pernod-Ricard) ou des sociétés plus modestes, souvent indépendantes. 


Laurent-Perrier a sauvé son année via le déstockage.

Parmi ses sociétés « plus modestes », il y a Laurent-Perrier, qui s’est spécialisée, progressivement, dans la production et dans la commercialisation de champagnes moyen et haut de gamme, avec la marque Laurent-Perrier, dont ses cuvées spéciales, dont le rosé, le champagne De Castellane, les marques Salon, Delamotte, Jean Maire, Oudinot et Beaumet. L’entreprise essaie de commercialiser le maximum de volume en direct dans les restaurants, les hôtels, les bars, et à travers les détaillants cavistes. Mais, car le marché est délicat, il faut travailler aussi avec les grandes et moyennes surfaces, et avec la vente directe. Dans les grandes et moyennes surfaces, le groupe essaie de maintenir un prix en hausse, chaque année, pour sa marque Laurent-Perrier, mais utilise sa seconde marque, De Castellane, pour des opérations spéciales, à gros volumes, style une bouteille achetée, une bouteille offerte, qui permettent d’écouler des stocks, à un tarif unitaire TTC de l’ordre de 14 ou de 15 euros la bouteille. Ce sont ce type d’opérations, notamment à travers le groupe Carrefour, qui ont permis une augmentation de 1,7 % des volumes en France sur l’exercice 2014-2015 terminé le 31 mars 2015, dans un marché qui avait baissé de 1,7 % en volumes. Cela n’a pas nui à la rentabilité de la société, dont le chiffre d’affaires est monté de 220,56 à 231,94 millions d’euros, avec un résultat opérationnel qui a monté plus modestement, de 40,5 à 42,16 millions. Comme le coût de l’endettement financier se réduit, du fait de l’allégement des stocks, le groupe a un bon résultat net, de presque 23 millions. La famille De Nonancourt détient toujours plus de 60 % du capital, le marché du titre est étroit, et on n’achète pas l’action Laurent-Perrier (79 euros environ) pour son rendement, puisque le dividende est de 1 euro seulement. L’entreprise va peut-être augmenter légèrement sa distribution, mais elle privilégie, pour sa sécurité, le désendettement. L’affaire dépense beaucoup d’argent en publicité (appelée « investissement en soutien de marque »), et cherche à trouver de nouveaux débouchés, l’an dernier, elle a créé une filiale de commercialisation en Italie.

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