10 millions d’euros pour le spécialiste français du courriel publicitaire

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Alexis Renard, PDG de Mailjet : « Le mail reste un média très puissant, très peu coûteux et très efficace pour faire de la conversion ou de la fidélisation. »

Créée en 2010, Mailjet est la principale plate-forme de gestion de campagnes d’e-mailing à travers l’Europe. L’entreprise vient de lever 10 millions d’euros auprès des fonds Alven Capital (son investisseur historique), Iris Capital, et Seventure Partners. Ce tour de table – qui intervient après une levée de 2,5 millions en décembre 2012 et une autre de 2,2 millions en mars 2014 – devrait permettre à cette pépite française de la nouvelle économie d’accélérer son développement à l’international afin de consolider sa position de leader européen. Mailjet revendique 600 millions de mails envoyés par mois et 32 000 clients dans le monde. Cette annonce nous donne l’opportunité d’évoquer avec Alexis Renard, PDG de Mailjet, l’univers du courriel en nombre qui, contrairement à ce que certains pourraient penser, a encore de beaux jours devant lui.


L’Hebdo-Bourseplus : On associe souvent l’envoi massif de courriels au spam et on entend les professionnels expliquer qu’il faut être très prudent avec ce support. Que répondez-vous à cela ?

Alexis Renard : Tout cela est vrai : envoyer trop de mails, cela lasse le client. Cependant, le mail reste un média très puissant, très peu coûteux et très efficace pour faire de la conversion ou de la fidélisation. Il n’y a aucun équivalent puisque les médias sur papier sont beaucoup plus coûteux, les réseaux sociaux sont beaucoup moins efficaces, 45 fois moins en conversion, le SMS n’a pas du tout le même potentiel et je considère qu’il est même plus intrusif que le mail. Le mail reste donc incontournable. Cependant, la façon dont on l’utilise doit changer, car il doit être beaucoup plus personnalisé et beaucoup plus adapté. Au lieu d’envoyer des campagnes à des masses de clients, il faut toujours veiller à ce que le client ait bien donné son accord et il faut surtout mener un véritable travail de réflexion et de personnalisation afin d’envoyer quelque chose qui soit adapté aux attentes du client. Par exemple, j’aime bien faire du vélo et je ne veux pas recevoir du site sur lequel j’achète mon matériel un courriel global, mais une offre ciblée en fonction de ce que j’ai déjà acheté. Donc, on va me proposer des produits qui seront potentiellement beaucoup plus adaptés à mes besoins. Ce type de courriel est en plein essor et n’est pas du tout en train de disparaître. On assiste donc à une transformation du marché vers quelque chose de plus sophistiqué et nous voulons apporter cette sophistication à une clientèle de PME. En clair, l’outil qui coûtait 100 000 euros il y a quinze ans, nous allons l’apporter à des PME pour 5,49 euros par mois. À ce titre, il y a un marché qui est en plein développement.


Il est aussi indispensable de faire de la pédagogie auprès des PME, qui ont parfois tendance à appuyer sur l’accélérateur…

Cela fait partie des contraintes malheureuses de notre métier. Nous fermons à peu près un tiers des comptes qui s’inscrivent chaque mois sur la plate-forme, pour non respect des bonnes pratiques. C’est une problématique d’éducation. Il y a évidemment une partie des gens qui sont malhonnêtes, qui savent très bien qu’ils ne respectent pas les règles, mais il y en a aussi beaucoup qui ne connaissent pas les règles. Il y en a encore beaucoup qui sont surpris quand on leur explique qu’ils ne peuvent pas envoyer des courriels à des gens qui n’ont pas accepté de les recevoir… Mais quand on a expliqué cela, beaucoup reviennent à quelque chose de plus raisonnable. C’est un travail de discipline qui est le même sur tous les médias du monde, une pression commerciale modérée, une certaine éthique… Nous avons beaucoup de clients qui gèrent tout cela très bien et les choses se passent très bien.

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