Crise chinoise ? Se méfier de l’intoxication.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 11 septembre (numéro 808) : “La sélection des titres aux meilleurs rendements”. Bonne lecture !!!

Avec la Chine, il convient de se méfier des idées reçues. La Chine est une dictature, ce n’est pas nouveau, après l’Empire du milieu est venu le règne du Parti communiste chinois, qui est aussi communiste que capitaliste, il ne faut pas l’oublier. Vu de l’occident, de France ou des Etats-Unis, on a trop tendance à ne pas considérer la Chine à sa juste valeur, on a trop tendance à la regarder avec nos yeux d’Occidentaux, en oubliant deux à trois millénaires d’une très longue histoire, d’une très longue domination sur l’économie mondiale, suivie d’une éclipse d’un siècle et demi, avec l’effondrement de la part de la Chine dans le commerce mondial, suite à la révolution industrielle et à la constitution des grands empires coloniaux, dont l’empire britannique. A la mort de Mao Zedong, son successeur, Deng Xiaoping a décidé d’inscrire la Chine dans son siècle. Ancien ouvrier chez Renault, il avait touché du doigt le monde occidental, son développement, et la satisfaction des besoins de sa population. Monsieur Deng a décidé, dans un premier instant, de forger les élites de demain, en envoyant plusieurs dizaines de milliers d’étudiants chinois à l’étranger, aux Etats-Unis, en Europe, plus rarement en Russie. Il fallait apprendre, copier, puis ensuite imiter. Puis, avec l’effondrement du monde soviétique, les tensions entre les deux rivaux communistes se sont apaisées, la Chine a pu passer à la vitesse supérieure. 


Enfant unique : le décollage de la Chine moderne.


Ce fut la politique de l’enfant unique, instaurée il y a une trentaine d’années, afin d’avoir une population moindre, même si la croissance restait importante, mais mieux formée, plus urbaine, plus industrialisée. La force unique de la Chine, il y a trente ans, c’était ses bras, et, dans les campagnes, des chevaux, des ânes et des bœufs. Aujourd’hui, la Chine s’est industrialisée, s’est mécanisée, a effectué en une trentaine d’années le travail réalisé entre 1815 et 1975 sur l’Europe. Dans les années 1970, il y avait des régions où la famine pouvait régner en Chine. On l’oublie un peu trop vite chez nous, mais les famines ont disparu depuis la fin du XVIIIe siècle sur l’ensemble de l’Europe. La paysannerie chinoise a découvert, en même temps, le tracteur, les engrais et les pesticides, les rendements ont augmenté, la main-d’œuvre est devenue surabondante, elle était libre pour partir vers les villes, des villes qui ont connu une croissance exponentielle, absorbant ce surplus de main-d’œuvre à la fois pour la construction d’usines et de logements, mais aussi pour la production de produits destinés à l’exportation. La Chine a adhéré à l’Organisation mondiale du commerce, a continué à taxer les importations, comme il s’agit d’un pays réglementé, dictatorial, il a fallu montrer patte blanche pour investir sur ses marchés, le plus souvent dans des coentreprises. La Chine avait des besoins de développement à l’échelle de sa population, vingt fois plus importante que celle de la France. Il fallait construire des routes, des voies de chemin de fer, des aéroports, et tout un tas d’infrastructures qui avaient mis cent ans à se réaliser sur l’ensemble de l’Europe, avec, à chaque fois, le choix des techniques les plus modernes, les plus efficaces. En Chine, il y a trente ans, pour porter une instruction ou un message, le plus rapide, c’était souvent la course à pied, ou le cheval. Aujourd’hui, tous les Chinois ont un téléphone mobile dans la poche, c’est une véritable révolution et les générations qui ont connu la misère et la famine suivant la révolution culturelle à la fin des années soixante peuvent aujourd’hui constater le chemin parcouru.


On ne construit pas deux fois la même autoroute.

Lorsque l’on construit des immeubles, des villes entières, des infrastructures de liaison… on a des besoins énormes de béton, de ciment, d’énergie, d’acier… et de pelleteuses. Du coup, l’industrie s’adapte. Ensuite, une fois que la construction est faite, sauf si l’infrastructure est détruite par un événement naturel (tremblement de terre…), ou par une guerre, elle est durable, le barrage des Trois-Gorges produit de l’électricité, mais il n’est plus à construire. Du coup, on arrive sur une crise naturelle, celle de la surproduction d’équipements, par rapport aux besoins, réduits, une fois le pays équipé. L’an dernier, les industriels qui fabriquent des pelleteuses en ont produit 420.000 unités, selon l’agence Reuters, soit 2,5 fois le nombre qui a été réellement vendu. Les stocks sont considérables, on voit bien que la Chine change. Les grues, les machines de Travaux Publics ou de construction représentaient un chiffre d’affaires global de 35 milliards de dollars environ en 2011, elles étaient revenues à 17 milliards de dollars en 2014 et sont attendues à un chiffre d’affaires de 13 milliards cette année. On est un peu, à l’échelle chinoise, dans le même genre de crise que ce que l’on a connu en Espagne après l’éclatement de l’énorme bulle immobilière de 2008. Le régime chinois, s’il n’a pas accordé la liberté du vote pluraliste à ses concitoyens, lui a donné la liberté de s’enrichir. Comme c’est dans la tradition chinoise que de spéculer, les banques ont prêté facilement et l’on a construit des immeubles, même s’il n’y avait pas d’habitants pour y loger. Après l’expansion tous azimuts de l’immobilier, les énormes liquidités (le taux d’épargne en Chine est considérable, d’au moins 30 % des revenus) se sont orientées vers les marchés boursiers, avec, là encore, une spéculation débridée, et de l’argent offert à faible coût par les banques, pour celles et ceux qui voulaient spéculer plus fort, plus vite, dans une quête de richesse sans fin.

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