Le vice-président de la commission des Affaires européennes au Sénat prédit une rentrée difficile pour la Grèce

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Jean-Paul Emorine, sénateur LR de Saône-et-Loire : « L’accord avec la Grèce est un accord qui aura beaucoup de difficultés à être mis en œuvre. »

Nous revenons avec Jean-Paul Emorine sur l’accord qui a été conclu avec la Grèce. Le sénateur LR (Les Républicains) de Saône-et-Loire estime qu’il sera difficile de le mettre en œuvre car l’été n’est pas une bonne période pour entreprendre des réformes. Il est par ailleurs convaincu que les Grecs ne sont pas prêts pour cela. Jean-Paul Emorine a été président de la commission économie et développement au Sénat et il est actuellement vice-président de la commission des affaires européennes. Il répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : On a l’impression que l’été n’est qu’un sursis après cet accord mal accepté par l’opinion grecque ainsi que par les Allemands, qui pensent qu’il ne servira pas à grand-chose. N’est-ce pas reculer pour mieux sauter ?

Jean-Paul Emorine : À mon avis, l’accord avec la Grèce est un accord qui aura beaucoup de difficultés à se mettre en œuvre. D’abord, parce que nous sommes dans la période d’été : même si la Grèce a une forte attractivité touristique, on sait que l’été n’est jamais une période pour mettre en œuvre de tels accords. Par exemple, il y a la hausse de la TVA, mais je ne sais pas quels seront les effets d’une telle mesure, puisque l’on sait que l’économie souterraine représente pratiquement la moitié de l’économie. Donc, les recettes ne seront pas au rendez-vous. Dans trois ou quatre mois, nous reparlerons encore de la problématique de la Grèce. Ce n’est pas un pays qui a une activité industrielle pour créer de la richesse et ils ne pourront jamais faire face à leurs engagements. Je suis intervenu au sein de la commission des affaires européennes et, en séance, Alexis Tsípras a dit lui-même que c’était un mauvais accord. Cela veut dire qu’il aura beaucoup de difficultés à le mettre en œuvre. Même au Parlement, c’est la droite qui l’a aidé à accepter cet accord. Cela crée un important malaise dans ce pays, qui aura beaucoup de difficultés à rebondir. Pour les mesures qui ont été demandées par l’Allemagne, j’ai beaucoup d’estime pour Madame Merkel, mais je pense qu’il faut laisser Monsieur Juncker, président de la Commission européenne, parler avec Monsieur Draghi et Madame Lagarde. Je partage la rigueur, cela ne me pose pas de problème mais, quand il s’agit de la mettre en oeuvre, les Grecs sont toujours là pour rappeler que cela vient de l’Allemagne. La période d’été n’est jamais propice à ce genre de réformes et j’imagine mal les Grecs dégager des recettes supplémentaires pour faire face à leurs engagements.


Ce mois d’août ne doit-il pas être propice pour réfléchir à quelque chose de tenable ? Par exemple, une sortie provisoire de l’euro qui serait honorable pour la Grèce ?

La sortie de l’euro de la Grèce serait dramatique pour ce pays, car cela augmenterait davantage son endettement puisqu’elle aurait des capacités de remboursement plus affaiblies que si elle se trouvait encore dans l’Union européenne. Je suis un Européen convaincu, il est important d’avoir cette Europe avec 500 millions d’habitants, sinon on ne pèse rien à côté des Chinois, des Indiens, des Américains ou des Brésiliens. Le vrai problème de la sortie de l’euro de la Grèce, même si cela devait être temporaire, c’est que cela donne une mauvaise image de la construction européenne. Pour moi, avoir la même monnaie, c’est quand même un ciment assez fort. S’il devait y avoir une fêlure dans ce ciment, cela donnerait une mauvaise image. Je crois qu’il faut surtout imposer aux Grecs des réformes structurelles. Mais on sait que la mise en oeuvre de telles réformes demandera du temps. En trois mois, cela ne pourra pas se faire, dans six mois, il n’y aura toujours rien... Donc, on aura reculé pour mieux sauter… La sortie de la zone euro est un mauvais signal politique. Si l’on regarde l’endettement de la Grèce par rapport à l’endettement européen, entre nous, ce n’est pas énorme. Évidemment, comme nous avons déjà un déficit budgétaire en France, cela ne fera qu’aggraver notre endettement. J’ai beaucoup réfléchi à cela.

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