Une commune met en vente sa piscine municipale sur le site Leboncoin

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Guy Jouin, maire de Davejean (Aude) : « Comme le gouvernement ponctionne de plus en plus notre dotation chaque année, il faut s’organiser pour ne pas s’endetter outre mesure. »

La commune de Davejean, qui compte 114 habitants dans le département de l’Aude, a décidé de mettre en vente sa piscine municipale. Ce qui est original, c’est que cette démarche a été engagée via le site de petites annonces Leboncoin. Le maire, Guy Jouin, estime ne pas avoir le choix s’il veut sauver les finances de sa commune, qui est endettée à hauteur de 160 530 euros en 2014. Entre un emprunt à rembourser et la dotation de l’Etat qui baisse encore, l’élu ne sait plus comment boucler son budget. Les frais d’entretien de la piscine, qui était accessible gratuitement pour les villageois, sont trop élevés pour une commune rurale. La piscine a été mise en vente avec le café-restaurant local pour 95 000 euros et la municipalité aurait déjà trouvé un acquéreur. Guy Jouin nous explique la situation.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous avez mis en vente sur le site Leboncoin votre piscine municipale, avec le café-restaurant du village : où en êtes-vous ?

Guy Jouin : Nous avons une promesse de vente avec un repreneur qui a l’intention de rouvrir le café et la piscine, selon les normes du privé, qui n’ont rien à voir avec celles d’une commune. Il y a quand même quelques investissements pour restaurer l’ensemble, donc le dossier est entre les mains des banques. Les travaux sont de l’ordre de 40 à 50 000 euros, ce qui est important pour un investisseur en milieu rural. La piscine sera ouverte aux clients du café et elle aura une plage d’utilisation plus grande. Il y a beaucoup de bruit autour de cette piscine depuis quelques années car, en 2013, la mairie avait laissé la gestion complète de la piscine à l’exploitant du café. L’eau était verte et les clients se plaignaient de ne pas pouvoir s’y baigner... Lorsque nous avons été élus, nous avons repris la piscine directement pour voir ce que cela coûtait et on s’est très vite aperçu que c’était un gouffre financier. Par exemple, il faut 3500 euros pour avoir un maître nageur une demi-journée pendant un mois et demi… Après, il faut 3 à 4000 euros de produits chimiques pour rendre l’eau compatible aux normes publiques. C’est une piscine qui a 50 ans et qui est donc très vétuste. Pour cette raison, il faut apporter 15 mètres cubes d’eau par jour… En plus, rien n’est automatique, tout est manuel, et cela demande beaucoup de temps. L’année dernière, on a décidé d’arrêter et de rechercher un repreneur.


N’est-ce pas une idée folle pour une commune de 114 habitants d’avoir une piscine municipale ?

Il y a une cinquantaine d’années, c’était une piscine privée. Elle avait été construite par un monsieur qui avait une fille qui avait besoin de soins de rééducation. C’était à l’époque où il n’y avait pas de problèmes d’argent, le village avait plus de 300 habitants, tout allait très bien… Cet homme a quitté la région en donnant l’ensemble à la mairie. À partir de ce moment-là, la piscine a survécu les décennies suivantes, mais sans un réel entretien et sans une remise aux normes. Donc, elle est très dégradée. Le village a 114 habitants, 85 habitants l’hiver, il n’y en a pas beaucoup qui paient des taxes... Donc, le village ne pouvait rien faire. Les 60 000 euros que nous allons récupérer de la vente vont permettre d’arrêter le siphonnage d’argent provoqué par cet ensemble, puisque le déficit est de l’ordre de 15 à 20 000 euros par an. Nous allons être un peu plus solvables vis-à-vis des banques pour restaurer le village et le rendre un peu plus agréable pour les habitants à l’année. Si vos lecteurs viennent, ils pourront constater que ce ne serait pas du luxe de refaire les chaussées, d’enfouir les lignes électriques ou d’améliorer l’assainissement ou la distribution de l’eau. Comme le gouvernement ponctionne de plus en plus notre dotation chaque année, il faut s’organiser pour ne pas s’endetter outre mesure. Nous avons également mis en vente les vieux bâtiments de la cave coopérative, désaffectés depuis plusieurs années, mais qui menacent de s’écrouler. Si, un jour, tout cela s’écroule sur la tête d’un habitant, croyez-moi, on va en entendre parler !

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