Entretien exclusif avec le député LR des Yvelines de retour d’Irak et de Syrie
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Jean-Frédéric Poisson, député LR des Yvelines : « Tout n’est pas fait aujourd’hui pour empêcher la progression de l’État islamique dans cette partie du monde. »
Jean-Frédéric Poisson est député LR des Yvelines et président du Parti Chrétien Démocrate. Il revient de Syrie et d’Irak, et il a pu s’entretenir seul à Damas pendant plus d’une heure avec Bachar el-Assad. Il est plus que jamais convaincu que la clé du retour de la paix et de la lutte contre l’État islamique est détenue par la Syrie. Les électeurs de Jean-Frédéric Poisson ont ainsi la confirmation qu’ils ont choisi un député courageux et engagé qui, contrairement à beaucoup d’autres, ne se contente pas d’ânonner quelques questions orales au gouvernement à l’Assemblée nationale pendant leurs cinq années de mandat. C’est un vrai parlementaire, il le prouve à travers l’entretien exclusif qu’il vient de nous accorder pour nous raconter son voyage, et il ne manque pas de nous livrer plusieurs éléments qui permettent de s’interroger sur la compromission entre certaines puissances financières et l’État islamique.
L’Hebdo-Bourseplus : Quelle est la situation des chrétiens d’Orient au fur et à mesure que l’État islamique progresse ?
Jean-Frédéric Poisson : Ils sont extrêmement inquiets face à la progression de l’État islamique. J’ai rencontré le député d’Alep, qui est un député syrien chrétien, qui m’a expliqué que la situation à Alep était possiblement retournable avant la fin de l’année. Mais à Palmyre, les choses sont plus graves. En ce qui concerne les chrétiens irakiens, j’étais au Kurdistan irakien, à Erbil, à quelques kilomètres du front. Ils ont un moment de répit, mais tout cela peut être modifié à tout moment. Quant aux Libanais, ils vivent relativement mal la division au sein de leur propre camp puisque les Phalanges chrétiennes, les Forces libanaises de Samir Geagea et les partisans de Michel Aoun ne sont pas d’accord sur les échéances politiques et tout cela génère une forme d’inquiétude. À cela s’ajoute l’afflux de réfugiés syriens au Liban, le déplacement de 10 millions de Syriens à l’intérieur même du pays, alors que le Liban compte 19 millions d’habitants, et tout cela provoque des situations de fragilité. J’ai senti de la part de tous mes interlocuteurs, qu’ils soient politiques, associatifs, humanitaires ou religieux, une très grande tristesse et une très grande incompréhension à l’égard de la position de la France dans cette partie du monde. Ce qui est très mal vécu, c’est cet alignement systématique sur la position des États-Unis, de l’Arabie Saoudite et du Qatar, c’est-à-dire une forme de complaisance à l’égard de ceux qui soutiennent plus ou moins ouvertement l’État islamique. Je reviens de ces voyages avec la conviction, qui est partagée d’ailleurs par tous mes interlocuteurs, y compris le grand Mufti de Damas, que tout n’est pas fait aujourd’hui pour empêcher la progression de l’État islamique dans cette partie du monde. Il faut que les choses changent très rapidement, car si la Syrie venait à tomber entre les mains de Daech, c’est tout le Moyen-Orient qui est en danger, y compris le Liban et Israël.
Quel message avez-vous pu faire passer aux autorités françaises ? Ont-elles enfin compris que la Syrie constitue aujourd’hui le rempart à la progression de l’État islamique ?
Il faut que vous sachiez que je n’ai pas eu de sollicitations particulières de la part des autorités françaises ! L’ambassade des États-Unis en France n’a pas manqué de prendre contact avec moi, quand je suis rentré de Tripoli, pour essayer de comprendre ce que j’avais vu et comment j’avais ressenti les choses. Le Quai d’Orsay n’a eu qu’une seule réaction : celle de signaler que je n’étais porteur d’aucun message officiel en allant voir Bachar el-Assad... Ce qui, évidemment, n’étonnera personne… De toute façon, je n’ai aucune autorisation à demander au Quai d’Orsay lorsque je choisis de me déplacer pour mieux comprendre les intérêts de mon pays et de nos amis chrétiens. Les quelques réactions politiques me laissent penser que le gouvernement continue de s’enferrer dans sa position initiale qui consiste à dire, de manière extrêmement surprenante : « Nous parlons avec le régime de Damas, mais pas avec Bachar el-Assad ». Quand j’ai échangé sur ce point avec le président syrien, cela l’a beaucoup fait rire… Il y a une espèce d’entêtement. La France, comme d’ailleurs les États-Unis pour le moment, ne souhaite rien faire qui puisse passer comme un soutien à Damas. Le président du Croissant-Rouge syrien, avec lequel j’ai passé un long moment, m’a dit : « Caritas Hollande et Caritas Allemagne sont là, mais Caritas France et la Croix Rouge française ne travaillent pas avec nous».
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