Les banksters américains ont fait du muscle.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. La semaine prochaine (numéro double 805-806) : “Climat : les enjeux et ceux qui vont en tirer profit”. Bonne lecture !!!
Jamais, dans l’Histoire récente, les grandes banques américaines n’ont été aussi fortement capitalisées, aussi fortement dotées de fonds propres, aussi fortement conquérantes. La crise ? Les subprimes ? Les magouilles ? En théorie, c’est oublié. Il y a déjà plusieurs années que les banksters américains ont remboursé les avances et recapitalisations issues des fonds publics, accordées en 2008 et en 2009, suite à la faillite de Lehman Brothers. De surcroît, les autorités américaines, qui sont sévères, pour leur part, n’ont pas oublié de poursuivre pour les malversations du passé, obtenant des énormes indemnités, et des amendes considérables…dont le cumul dépasse les 200 milliards de dollars, pour la somme qui concerne les entreprises américaines, et qui s’approche de 50 milliards de dollars (dont plus de 9 milliards pour BNP Paribas), pour les banksters non-américains qui ont fraudé, qu’il s’agisse de fraudes aux embargos, ou d’incitations à la fraude fiscale, comme les banques suisses. Du coup, le bankstérisme nord-américain s’est musclé de façon forte, et a aujourd’hui une dimension qui n’a jamais été aussi importante dans le passé. Les chiffres qui ont été publiés, il y a quelques jours, sur les comptes du deuxième trimestre de l’exercice 2015 le prouvent, les banksters nord-américains gagnent beaucoup, beaucoup, beaucoup d’argent. Si vous êtes amateurs de western, le nom de Wells Fargo ne vous est pas inconnu. Cette banque californienne, s’est renforcée lors de la crise, et se trouve être désormais l’une des principales banques américaines. Son chiffre d’affaires, sur le dernier trimestre connu, était de 21,3 milliards de dollars, ce qui donne entre 85 et 90 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, c’est un géant qui, à lui tout seul, représente le poids de BNP Paribas plus Crédit Agricole réunis.
Lehman Brothers, c’est oublié.
Sur le deuxième trimestre, le profit net a été de 5,7 milliards de dollars… La marge est extraordinairement forte. L’entreprise est spécialisée dans les prêts immobiliers, avec une garantie hypothécaire, et, d’une année sur l’autre, a augmenté son encours de 5 %, avec un bilan de 870,4 milliards de dollars de prêts en circulation, ce qui reste assez raisonnable, vu sa spécialité, quand on compare aux fonds propres, qui sont proches du double de ce qui est aujourd’hui constaté dans la plupart des banques européennes, rapporté au total du bilan. Wells Fargo & Co peut distribuer copieusement ses dividendes, désormais, avec un dividende trimestriel de 0,375 dollar (1,5 dollar par an), qui offre un rendement coquet sur un cours d’environ 57 à 58 dollars, un rendement supérieur à celui des bons du Trésor américain. Avec presque 300 milliards de dollars de capitalisation boursière, d’un trait de plume ou presque, cette entreprise pourrait s’offrir n’importe laquelle des grandes banques européennes, si elle le désire. La gestion du risque crédit est désormais sévère, le « coût du risque » ne représente pas tout à fait 3 % du chiffre d’affaires, ce qui est modéré, d’un point de vue historique, dans ce genre de métier. Beaucoup plus petite, la banque d’affaires Goldman Sachs, est spécialisée dans l’investissement et les relations d’affaires, les fusions et les acquisitions, beaucoup moins dans les crédits. Les différentes magouilles du passé (Eurotunnel, falsification des comptes de la Grèce…) montrent que Goldman Sachs n’a pas de morale, son seul objectif, c’est de maximiser les profits. Au dernier trimestre, le groupe Goldman Sachs a dû provisionner 1,45 milliard de dollars sur des litiges divers, dans les prêts hypothécaires et du fait de dossiers réglementaires, d’amendes à venir. Cela n’a pas empêché le grand bankster voué aux gémonies dans le monde entier de dégager un profit net de 1,048 milliard de dollars sur un chiffre d’affaires de 9,1 milliards.
Un diable nommé Goldman Sachs.
Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige… Goldman Sachs touche sa commission… Le groupe touche lorsqu’il prête, il touche aussi lorsqu’il restructure la dette qu’il a organisée, ne prêtant pas, le plus souvent, sur ses fonds propres, mais sur de l’argent qui ne lui appartient pas, l’argent de ses clients, ou l’argent des banques commerciales partenaires. Quasiment toutes les banques commerciales américaines, et beaucoup de banques commerciales non-américaines (asiatiques ou européennes), baisent régulièrement la babouche de ce nouveau « Al Capone » du bankstérisme qu’est Lloyd C. Blankfein, PDG du groupe. Goldman Sachs récupère les pointures un peu partout dans le monde, l’actuel président de la Banque centrale européenne, M. Mario Draghi, est un de ses anciens cadres. Que la Grèce cherche à lui faire un procès ne va pas changer la vie de Goldman Sachs… Comme disait l’ancien président Jacques Chirac, « cela m’en touche une sans faire bouger l’autre », ce type de vocabulaire vulgaire est tout à fait adapté à Goldman Sachs, qui incarne le grand bankstérisme, le diable de la finance reine, la personnalisation de la course au courtermisme. Un ami de Wall Street m’a indiqué que « Blankfein vendrait sa mère à crédit, s’il pouvait en toucher une commission lui permettant d’augmenter son bonus ». Il faut savoir que les profits de Goldman Sachs sont énormes, et que le résultat net qui est dégagé ne représente pas la réalité de la profitabilité de l’entreprise puisque les dirigeants, qui sont souvent associés, récupèrent des salaires importants, des bonus colossaux, et des actions gratuites, ou des valorisations de leurs portefeuilles boursiers… qui sont sans commune mesure avec le profit net dégagé et le dividende distribué par Goldman Sachs. Le dividende, c’est le dernier des cadets des soucis des associés de la banque d’affaires. La cotation boursière, pour Goldman Sachs, c’est uniquement le seul moyen de récupérer de la liquidité pour les anciens associés qui veulent sortir ! Son grand concurrent, le groupe Morgan Stanley, est davantage spécialisé dans les matières premières, en plus du trading boursier.
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