Alcoa : un empire d’aluminium.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. La semaine prochaine (numéro 804) : “Banksters US : des dents neuves”. Bonne lecture !!!
Alcoa, un précurseur de croissance. Le groupe Alcoa a une sorte de vocation de précurseur, puisque, tous les trois mois, c’est le premier groupe à publier ses résultatstrimestriels, parmi la multitude des entreprises qui sont cotées aux Etats-Unis. Cette année, Alcoa a publié ses chiffres du deuxième trimestre le 8 juillet, quelques jours seulement après la fin de la période, bravo, la comptabilité est efficace. Alcoa n’est pas seulement un précurseur en ce qui concerne la tendance des résultats, c’est aussi un précurseur en ce qui concerne la demande industrielle, puisque l’aluminium, le métal blanc, est utilisé par beaucoup d’industries, et pas seulement pour fabriquer des casseroles, celles qui sont remisées à l’intérieur de vos placards. L’aluminium sert beaucoup dans l’industrie aéronautique, l’aluminium sert de plus en plus dansl’industrie automobile, l’aluminium sert aussi dans les emballages (Tetra Pack), en couches fines feuilletées avec des couches de carton, l’aluminium a d’autres usages, multiples, qui font que cette industrie montre bien, dans sa tendance lourde, s’il y a ou non une croissance dans le monde. Au deuxième trimestre de cette année, le groupe a réussi à augmenter son chiffre d’affaires de 1 %, malgré la chute de 20 % des cours de l’aluminium, avec 5,9 milliards de dollars, c’était beaucoup mieux que ce qui a été attendu par les analystes, à savoir 5,79 milliards.
Cours en baisse, mais CA stable.
La croissance organique de ses branches automobile, aéronautique et alumine, sans compter les acquisitions, ont compensé l’impact négatif des activités cédées (à plus faibles marges), tout comme le recul des cours de l’aluminium. Alcoa est issu du rapprochement de plusieurs grands groupes de l’aluminium dans le monde, et, bien évidemment, de l’absorption du français Péchiney par Alcan. Son périmètre varie régulièrement, l’entreprise cherche à se concentrer sur les endroits où la marge est supérieure. De fait, la marge bénéficiaire, au deuxième trimestre de 2015, était assez modeste, avec 140 millions de dollars de bénéfice net (plus 1 % sur le deuxième trimestre de 2014). Comme souvent, les résultats exceptionnels sont nombreux, liés à des restructurations, à des fermetures d’établissements, ainsi qu’à des cessions. Hors éléments exceptionnels, le bénéfice était plus proche de 270 millions de dollars. Cela reste une marge modeste, si on la compare avec la marge réalisée par d’autres fabricants de matières premières métalliques. Dans sa configuration actuelle, le groupe Alcoa réalise à peu près la moitié de son chiffre d’affaires aux Etats-Unis, et se trouve présent en Europe, essentiellement en Espagne, et en Australie (un petit sixième du chiffre d’affaires). La production d’alumine et celle de lingots d’aluminium de base représentent environ 40 % du chiffre d’affaires, ce sont des industries à faible valeur ajoutée. En revanche, les plaques et feuilles d’aluminium, les métaux extrudés, qui représentent au cumul un peu plus de 60 % du chiffre d’affaires offrent une valeur ajoutée plus spécifique, surtout lorsque les pièces sont réalisées finies ou semi-finies.
Se transformer pour “monter en marges”.
Le groupe Alcoa cherche à se transformer pour augmenter sa valeur ajoutée, travailler au plus près des besoins de ses clients. Au second trimestre de cette année, il est quand même très intéressant que la partie de base ait augmenté son résultat opérationnel de 4 %, et le chiffre d’affaires issu de l’industrie aérospatiale a augmenté de 29 %. En ce qui concerne les produits semi-finis, il y a eu un presque triplement du chiffre d’affaires réalisé au profit de l’industrie automobile, c’est en grande partie lié à la transformation du Ford F-150, qui bascule, dans l’esprit de forte polémique avec son concurrent General Motors, sur la production utilisant l’aluminium alvéolé (pour une meilleure rigidité), dans beaucoup d’éléments de sa plate-forme, alors que General Motors reste à l’acier. Alcoa a fait un gain de productivité de 324 millions de dollars, et sa capacité libre d’autofinancement (free cash flow) a été de 205 millions de dollars, ce qui renforce sa situation financière, avec une trésorerie nette de 1,3 milliard de dollars. Les acquisitions nombreuses, qui suivent des désinvestissements, permettent à l’entreprise de se repositionner sur d’autres métiers, ou de compléter les positions sur les métiers existants. L’intégration de Firth Rixson est en cours, l’objectif est d’arriver à 1,6 milliard de dollars de chiffre d’affaires et 350 millions de résultat opérationnel EBITDA en 2016. En ce qui concerne l’acquisition de RTI, toutes les formalités ont été faites, il n’y a plus que l’assemblée générale de RTI, le 21 juillet, pour permettre de clôturer l’opération. Pour ce qui concerne Micromill, cela permet à Alcoa de s’implanter auprès de huit gros constructeurs automobiles des trois continents.
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