La colère des maires ruraux contre la loi NOTRe

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Jean-François Lemesle, maire de Cliponville (Seine-Maritime) : « On perd et on paie plus cher ! »

Jean-François Lemesle, maire de Cliponville, a organisé un concert de jazz samedi 11 juillet dans son village, non pas pour faire la fête mais pour protester contre la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République) qui menace l’identité des petites communes rurales. Cliponville est une localité de 280 habitants, située en Seine-Maritime. Avant le concert, le maire a insisté sur la gravité de la situation : «Avec ces grands regroupements, nous allons perdre nos compétences, notre capacité à financer les services et à entretenir le patrimoine - déjà impactée par la baisse drastique des dotations - et, à terme, notre identité». Jean-François Lemesle répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : Certains maires ruraux pensent que la loi NOTRe pourrait carrément entraîner la disparition des communes rurales. Partagez-vous cette opinion ?

Jean-François Lemesle : Toute cette réforme territoriale ressort d’une étude qui a été faite il y a deux ans par Madame Marylise Lebranchu. Actuellement, il y a 36 700 communes en France et 20 000 sont inférieures à 20 000 habitants. Quand on compare cela avec les autres pays européens, on s’aperçoit que nous avons beaucoup plus de communes en France qu’en Allemagne. Donc, pour uniformiser cela, le plus simple serait de rayer carrément de la carte les communes inférieures à mille habitants ! Nous avons une spécificité française, mais nos gouvernants n’ont plus grand-chose à faire de cette spécificité puisque l’on disait toujours « un village, un clocher ». On assiste donc à la disparition de nos villages à court terme. Nous subissons une forte pression à travers la réduction des dotations de l’État pour nous inciter à faire des nouvelles communes de 20 000 habitants. Pour nous, c’est une taille exorbitante. Alors, on appelle cela communauté de communes ou intercommunalité… Tout cela pour faire des économies. Mais c’est un faux problème parce qu’il y a un tissu associatif très important dans les petites communes rurales, où le bénévolat est très important. En plus, ce n’est pas en supprimant les indemnités des maires ruraux et de leurs adjoints que l’on fera des économies ! Car, si je compte toutes mes heures, il faudra bien les remplacer par quelqu’un.


On peut être bénévole pour son village de 800 habitants, mais dans une intercommunalité de 20 000 habitants, quelqu’un sera payé…

Cela va coûter beaucoup plus cher ! Denis Merville, ancien député et président de l’association des maires des petites communes de Seine-Maritime, en est persuadé puisqu’il voit bien ce qu’il fait dans sa petite commune. Il estime que cette loi NOTRe relève du tout et n’importe quoi. Alors, il y a peut-être un enjeu politique pour changer les grands électeurs qui, dans les petites communes rurales, ont tendance à voter plutôt à droite… Mais je ne suis pas certain que ce soit la raison. Ce qui est dramatique, c’est qu’il y aura moins de services et cela coûtera beaucoup plus cher. L’État dit aux petites communes : «Vous n’allez pas vous en tirer, vous avez intérêt à vous marier et à fusionner rapidement avec les autres, et vous recevrez une petite carotte !» Mais cet argent sort bien de la poche du contribuable... Certains maires ont tendance à oublier cela. On nous dit aussi qu’il faut mutualiser : c’est un mot très à la mode, mais nous le faisons déjà ! Je ne vais pas mutualiser la tondeuse ou le marteau de l’employé communal avec ma commune voisine...

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