Heetch poursuit son activité : la jeune pousse estime ne pas être concernée par l’interdiction d’UberPop

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Teddy Pellerin, fondateur de Heetch : « Nous voulons suivre les endroits où les gens sortent le soir. »

L’arrêté préfectoral interdisant toute application de « type UberPop » traduit la volonté des pouvoirs publics de soutenir les taxis face aux offres alternatives. Cependant, Heetch est la seule application de ce type à poursuivre son activité en France. Cette application de transport entre particuliers, qui affiche 200 000 utilisateurs et 5000 conducteurs, ne se sent pas concernée par l’arrêté préfectoral publié le 25 juin dernier. En effet, Teddy Pellerin, fondateur de Heetch, nie toute parenté avec UberPop et affirme ne pas concurrencer les taxis ou les VTC. L’application concerne essentiellement les jeunes de 18 à 25 ans, une population qui, selon lui, n’utiliserait pas les taxis si Heetch n’existait pas, puisque son application fonctionne exclusivement la nuit, entre 20 heures et 6 heures du matin. Heetch met aussi en avant son seuil de 6000 euros de revenus par an, qui serait celui au-delà duquel se situerait le passage du statut de transport de particuliers à titre non onéreux, à celui d’entreprise de transport de particuliers à titre onéreux. Par ailleurs, sur Heetch, il n’existe pas de tarification : l’application ne fait que des suggestions et les clients peuvent débourser ce qu’ils souhaitent. Heetch se positionne comme un service innovant à destination des jeunes pour diminuer les comportements à risques lors des sorties nocturnes. En effet, «la nuit, les jeunes sont pris en otage entre les solutions de transport collectif insuffisantes et les offres professionnelles de transport financièrement hors de portée des 18-25 ans. Cette situation entraîne des comportements à risques (conduite nocturne, attente de l’ouverture des transports sur la voie publique, etc.)». Le service met en relation, par une application mobile, des conducteurs particuliers avec des usagers, afin de permettre à ces derniers de rentrer chez eux dans des conditions de sécurité optimales et à un coût compatible avec leurs moyens. Teddy Pellerin, fondateur de Heetch, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous ne vous positionnez pas comme un Uber bis, mais comme un service dédié aux jeunes et aux noctambules. Est-ce la spécificité de Heetch ?

Teddy Pellerin : Effectivement, quand nous avons créé Heetch, c’était pour répondre à un besoin personnel, c’est-à-dire l’idée de se déplacer la nuit avec une solution de transport qui corresponde aux attentes des jeunes. Quand on commande un chauffeur privé la nuit, on voit quelqu’un arriver en costume et qui utilise le vouvoiement. C’est peut-être un peu trop formel pour des jeunes qui sortent et c’est aussi inaccessible. Quant à l’offre de transports en commun la nuit, elle n’est pas assez développée pour répondre aux attentes de tout le monde. Le principe de base de Heetch, c’est de mettre en relation des particuliers, des conducteurs et des passagers, et notre public est assez jeune : chez les passagers, c’est 80% de 18-25 ans et, chez les conducteurs, la moyenne d’âge est de 25 ans… C’est un concept beaucoup plus convivial.


Les pouvoirs publics ont-ils compris que votre service est spécifique, ou êtes-vous considérés comme un concurrent des taxis ?

J’espère que les pouvoirs publics peuvent comprendre cela. Nous avons de nombreux points qui nous différencient d’Uber. D’abord, notre service ne permet pas aux conducteurs de gagner de l’argent. Nos conducteurs vont conduire simplement de temps en temps pour rembourser les frais annuels de leur voiture. Il ne faut pas considérer cela comme un emploi puisqu’en moyenne les conducteurs gagnent 1500 euros dans l’année, ce qui permet de couvrir les frais d’assurance ou d’essence. De toute manière, ils sont bloqués sur la plate-forme lorsqu’ils atteignent un maximum de 6000 euros, somme qui correspond au coût annuel de possession d’une voiture en France. Ensuite, nous n’avons pas de système de tarification : c’est le passager qui choisit, à la fin de son trajet, combien il veut donner au conducteur, même si l’application émet une suggestion.

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