Grèce : est-ce le début de la fin de l’euro ?
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Jacques Myard, député Les Républicains des Yvelines : « L’euro, c’est la nouvelle religion des eurobéats. Alors, continuons jusqu’à ce que les choses explosent et il y aura du grabuge ! »
Jacques Myard, député Les Républicains des Yvelines et maire de Maisons-Laffitte, martèle depuis des années que l’euro ne peut pas fonctionner car les économies entre les différents pays membres de la zone euro sont trop différentes. Le parlementaire ne se montre guère surpris par le résultat du référendum en Grèce. Il nous explique pourquoi.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous avez une position particulière par rapport à votre formation politique, puisque vous êtes un partisan du non à l’euro et du non grec aussi…
Jacques Myard : Depuis 1995, je répète que l’euro ne va pas fonctionner et que c’est une utopie. On le voit tous les jours. Ce qui se passe pour la Grèce, l’Italie, le Portugal et l’Espagne est le résultat d’une monnaie unique inadaptée, collée d’une manière politique sur des économies divergentes. La politique monétaire ne peut pas être adaptée à chacune des économies de ces pays. Lorsque l’euro culminait à 1,50 dollar, l’Allemagne ne souffrait pas, parce qu’elle a une industrie forte que n’ont pas les autres pays. On ne peut pas faire vivre dans une monnaie unique des marchands de canons avec des marchands d’olives ou de soleil... On est obligé, si c’est le cas, d’aller vers ce que l’on appelle l’union de transfert. C’est-à-dire que les pays riches, forts économiquement, doivent payer pour les pauvres. Or, vous le savez, l’Allemagne refuse de payer. Vous allez répondre que les Grecs ont leurs responsabilités. Oui, mais celles et ceux qui ont prêté de l’argent à la Grèce ont aussi leurs responsabilités, parce que cela ne peut pas fonctionner. J’ajoute que ceux qui ont falsifié les comptes de l’État grec sont des gens qui sont maintenant en charge de la BCE, je pense à Monsieur Draghi, puisque ces personnes viennent toutes de Goldman Sachs qui était le conseil de l’État grec au moment de l’entrée de la Grèce dans l’euro. Il faut savoir aussi balayer devant sa porte ! Il faut d’abord refaire l’histoire et ne pas tomber dans cette espèce d’eurobéatitude en disant que les Grecs sont les derniers des derniers et que l’honnêteté intellectuelle est du côté des oligarques de Bruxelles.
Mais les Grecs ne sont-ils pas les premiers responsables de leur situation ?
Les Grecs ont proposé à Bruxelles une nouvelle donne, à savoir 8 milliards d’euros de taxations complémentaires, et ils ont assorti cette proposition à celle du rééchelonnement de la dette. Les Allemands ont répondu oui aux 8 milliards d’efforts supplémentaires, quant à la dette, on verra cela plus tard… Monsieur Tsipras a dit qu’il n’avait pas les moyens d’accepter cela et qu’il irait au référendum. Depuis quand est-il scandaleux de demander au peuple ce qu’il veut ? Lorsque l’Irlande vote non, on la force à revoter derrière et, lorsque les Français votent non au traité constitutionnel, on remet derrière un traité de Lisbonne qui est une copie conforme ou presque. Les leçons de démocratie sont un peu fortes de café dans ce domaine ! C’est toujours dans un sens, jamais dans l’autre. Ensuite, l’Eurogroupe a carrément sorti Monsieur Varoufakis, ministre des Finances grec. C’était un coup d’État de la part de ces gens : «Circulez y a rien à voir…» On a réinventé en Europe la souveraineté limitée de Monsieur Brejnev. Ce n’est pas acceptable. Alors, maintenant, regardons le fond de l’affaire. Est-ce qu’il y a une solution, dans la zone euro, pour que la Grèce puisse retrouver de la compétitivité, rembourser ses dettes, retrouver de la croissance et repartir de l’avant ? La réponse est non. Si le peuple grec avait voté oui, Monsieur Tsipras aurait été renversé, c’est ce que recherchaient d’ailleurs des grands démocrates comme le président du Parlement européen, qui a clairement dit il y a quelques jours : «Il faut que Monsieur Tsipras parte et que l’on nomme un gouvernement de technocrates !» Les Allemands ont une interprétation de la démocratie qui ne manque pas de saveur. Comme les Allemands ne veulent pas payer, si le peuple grec avait voté oui, on n’aurait pas trouvé de solution. On aurait imposé des sacrifices aux Grecs et l’on serait arrivé, qu’on le veuille ou non, à la guerre civile en Grèce. Il n’y a pas de solution à la crise structurelle grecque au sein de l’euro, il faut que la Grèce sorte. C’est ce que veulent les Allemands, mais il y aurait plutôt une autre solution, c’est que les Allemands sortent de la zone euro, parce qu’ils tirent la zone euro vers le haut et ils sont trop fort pour leurs autres partenaires européens. Si les Grecs avaient voté oui, on aurait imposé une nouvelle purge à la Grèce, qui n’aurait toujours pas retrouvé sa compétitivité. La seule solution, c’est la sortie, la dévaluation, le rééchelonnement de la dette, pour que la Grèce retrouve sa compétitivité, et repartir de l’avant. Ce qui arrive à la Grèce aujourd’hui arrivera demain à un autre État, puisque la zone euro est malheureusement mort-née. Un grand prix Nobel comme Joseph Stiglitz, que j’ai rencontré, m’a dit que si la zone euro ne se transforme pas en union de transfert, c’est-à-dire que les riches paient pour les pauvres, cela ne peut pas marcher…
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