Un parlementaire s’engage pour la libéralisation du transport de personnes
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Thierry Solère, député Les Républicains des Hauts-de-Seine : « Quand j’entends des chauffeurs de taxi qui s’opposent aux applications Internet, comme Uber, c’est comme si les postiers s’opposaient au courrier électronique ! »
On le présente souvent comme la valeur montante de l’opposition, Thierry Solère, député Les Républicains des Hauts-de-Seine et vice-président du Conseil général des Hauts-de-Seine, est en charge de l’organisation des primaires de la droite pour l’élection présidentielle. Il est monté au créneau la semaine dernière pour s’insurger contre la violence des manifestations des chauffeurs de taxi. Alors que la classe politique craint de se mettre à dos les syndicats de taxis, Thierry Solère préconise un règlement du problème en insistant sur la nécessaire libéralisation du secteur. Il répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : Paris et plusieurs villes de France ont été bloquées par les manifestations des taxis la semaine dernière. Comment réagissez-vous à ces événements ?
Thierry Solère : J’avais interpellé le ministre de l’Intérieur la semaine dernière, lors d’une séance de questions à l’Assemblée nationale, en lui rappelant qu’il y a eu plus de 100 agressions graves, ayant donné lieu à des dépôts de plaintes, sur le territoire national entre des chauffeurs de taxi et des conducteurs de VTC (Voiture de transport avec chauffeur), ceci avant la manifestation nationale. Avec de nombreux parlementaires, j’ai été éberlué de constater que Bernard Cazeneuve n’avait absolument pas condamné ces violences ! Il s’était simplement focalisé sur l’affaire Uber Pop, alors que le premier rôle du ministre de l’Intérieur est d’assurer le respect de l’ordre public. L’État doit être vigilant sur l’application du droit. En ne condamnant pas la violence la semaine précédente et en désignant Uber Pop comme le coupable de tous les maux, alors que la situation est plus complexe, je trouve qu’il a commis une faute. Nous avons assisté à des débordements inacceptables de la part des chauffeurs de taxi. Sur le fond, la loi Thévenoud d’octobre 2014 avait pour vocation à créer un équilibre entre le nécessaire développement de la VTC, qui permet de créer un formidable vivier d’emplois dans notre pays - plus de 70 000 sont attendus dans ce secteur - tout en assurant la modernisation nécessaire de l’activité des taxis. Il fallait donc régler les problématiques de concurrence déloyale à cause de cette affaire de licence qui est obligatoire pour les taxis et l’on sait qu’ils se vendent les licences entre eux... D’abord, c’est un échec complet. Il y a un sentiment de colère et d’incompréhension de la part des chauffeurs de VTC, des chauffeurs de taxi et des Français qui sont les usagers de ces services, parce que la loi Thévenoud ne règle rien. Il faut rappeler que la VTC est autorisée en France : il faut arrêter de faire croire que la VTC est interdite ! Les chauffeurs de taxi ne stigmatisent pas simplement Uber Pop, mais aussi Uber, c’est-à-dire le principe même d’avoir d’autres personnes que le monopole des taxis qui puissent réaliser ce travail. La France est un pays de liberté, la VTC doit être encadrée - et elle l’est - mais on n’a pas à interdire les VTC en France car on est dans un pays de liberté. On n’est pas en Corée du Nord ! Plus de 70% des chauffeurs de VTC sont des gens de moins de 30 ans, souvent issus des quartiers difficiles et souvent des gens très éloignés de l’emploi. Constater que ces gens sont au travail, qu’ils gagnent très bien leur vie parfois, je trouve que c’est exactement ce qu’il faut faire. Il est désespérant de voir le peu de création de valeur et d’emplois dans ce secteur, par rapport à la demande. Je rappelle que seulement 216 licences de VTC ont été accordées par le gouvernement en Île-de-France depuis la loi Thévenoud, alors qu’il y a plus de 1500 demandes par semaine, rien que pour la société Uber ! Toujours sur les taxis, il y a une modernisation tout à fait nécessaire à entreprendre parce que, derrière, il y a des usagers qui sont en droit d’attendre un service. Le monopole ne peut pas être prétexte à ce que le service ne soit pas au rendez-vous en confisquant la concurrence. Il y a le problème des licences : elles se vendent entre 150 000 et 300 000 euros en Île-de-France, c’est totalement surréaliste ! La licence est un acte administratif, c’est un papier qui, initialement, a été délivré à titre gratuit.
C’est donc simplement une autorisation administrative. Il y a un commerce des licences en France qui me paraît surréaliste. Face à cela, il faut trouver une solution. C’était l’objectif de la loi Thévenoud, mais il n’a pas été atteint. Pour éviter une distorsion de concurrence entre les VTC et les chauffeurs de taxi, il y a des idées qui circulent et c’est au gouvernement de prendre ses responsabilités. J’ai la mienne, c’est un serpent de mer en France que tous les gouvernements successifs se renvoient. Cela ne peut plus durer, parce que l’avènement de toutes les applications sur smartphones rend inéluctable le développement de tous ces services en France. Quand j’entends des chauffeurs de taxi qui s’opposent aux applications Internet, comme Uber, c’est comme si les postiers s’opposaient au courrier électronique ! Enfin, il y a l’affaire Uber Pop, c’est un sujet très différent. Le gouvernement acte tout son discours sur ce point, alors que ce n’est pas la préoccupation essentielle des chauffeurs de taxi que l’on rencontre à gauche et à droite. En réalité, les taxis demandent l’éradication des VTC pour avoir un monopole strict. Il en est, bien sûr, hors de question. Le gouvernement passe son temps à dire que le service Uber Pop est interdit, mais il n’y a pas de loi sur Uber Pop ! Il y a la loi Thévenoud sur les VTC et les taxis, et c’est à la justice de dire si c’est interdit ou pas. À l’heure où je parle, aucun tribunal n’a prononcé l’interdiction d’Uber Pop. C’est même l’inverse, puisque le tribunal correctionnel de Paris a été saisi, la Cour de Cassation également, et la Cour de Cassation vient de renvoyer cette affaire au Conseil constitutionnel pour une question prioritaire de constitutionnalité. En clair, c’est le bazar énorme ! Et le premier rôle du ministère de l’Intérieur, c’est d’assurer l’ordre public. Les images que l’on a vues à Paris la semaine dernière, avec des véhicules caillassés alors qu’ils transportaient des enfants et des touristes, un chauffeur de taxi renversé à l’aéroport d’Orly, des touristes qui ont marché des kilomètres sur l’autoroute pour rejoindre à pied leur aérogare, tout cela montre la non-gestion de l’État qui, de toute évidence, joue le pourrissement de la situation. Or, quand on laisse pourrir la situation, le résultat est détestable. Enfin, pour rétablir l’ordre public, le gouvernement doit se remettre au travail en urgence afin d’apporter une réponse équilibrée qui satisfasse à la fois le nécessaire développement de la VTC - c’est une bonne chose pour notre pays, il y a déjà plus d’un million et demi d’usagers de VTC chaque mois en France - et règle la problématique des licences pour les taxis parisiens.
On observe que la majorité de la classe politique est totalement du côté des taxis, alors que le pays réel, quand on analyse les messages sur les forums et les réseaux sociaux, montre que 80 à 90% des Français sont du côté des VTC… N’est-ce pas une fracture ?
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