Emploi : l’incohérence de la méthode gouvernementale
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Véronique Louwagie, député Les Républicains de l’Orne : « Il y a quelque chose qu’il faudra redévelopper avec l’Éducation nationale : c’est le savoir-être au travail. »
Véronique Louwagie est maire de L’Aigle et député Les Républicains de l’Orne. Elle a réagi à l’Assemblée nationale après l’annonce, par Manuel Valls, d’un «Small Business Act à la française». Elle estime que même si certaines mesures vont dans le bon sens, la politique du gouvernement dans le domaine de l’emploi n’est pas cohérente. Véronique Louwagie répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : Comment réagissez-vous aux mesures prises par le Premier ministre à l’égard des petites entreprises ?
Véronique Louwagie : Ces annonces vont plutôt dans le bon sens. En revanche, sur ces 18 annonces, il y a un certain nombre de mesurettes dont je ne suis pas certaine qu’elles produisent un effet sur l’emploi. Par exemple, la prime de 4000 euros accordée aux petites entreprises de moins de 11 salariés qui vont recruter. Le gouvernement estime que cela va concerner 60 000 à 80 000 emplois, ce n’est pas sérieux, ce n’est pas une mesure de cette nature qui va déclencher des emplois. Je ne suis pas certaine que le coût du salaire et des charges sociales soient des éléments qui conduisent aujourd’hui les entreprises à ne pas embaucher. Les freins sont connus : il y a la complexité du coût administratif qui est autour du salaire, l’établissement de la fiche de salaire, les contrats de travail, le risque de rupture et l’insécurité juridique, la mise en place de coûts induits, comme le compte pénibilité, le poids des mises aux normes sur un certain nombre de machines, etc. Tous ces exemples sont des freins et je ne suis pas certaine que cette manne financière soit une solution. En ce qui concerne le CDD, le Premier ministre évoque la possibilité de renouveler une fois supplémentaire le CDD. C’est une bonne chose, mais cela n’aura pas un gros impact puisque la durée maximale du contrat reste fixée à 18 mois, renouvellement compris. Cela peut même avoir un effet pervers puisqu’une entreprise qui est dans le doute et qui a un surcroît exceptionnel d’activité, pouvait faire un contrat de neuf mois la première fois et le renouveler pour neuf mois... Or, aujourd’hui, en ayant la possibilité de renouveler deux fois le contrat, elle va commencer par six mois, puis elle le renouvellera deux fois pour atteindre les 18 mois. Finalement, on va créer davantage de précarité ! Sur le fond, c’est bien, mais comme on laisse la même durée maximale, cela n’apportera pas beaucoup de solutions.
Derrière, il y a une vraie question sur les CDD. Aujourd’hui, 85% des embauches sont effectuées en CDD et cela doit nous interroger, parce qu’il y a derrière une vraie problématique pour le salarié. En effet, le salarié ne peut pas avoir recours à un bail d’habitation, puisque les propriétaires sont interrogatifs lorsqu’une personne a un CDD et il ne peut pas non plus avoir accès à un crédit bancaire, que ce soit pour acheter une voiture ou une maison... C’est toute la difficulté du CDD. C’est un véritable problème de cohésion sociale au niveau de l’ensemble des salariés et un problème d’inégalité compte tenu des impacts que cela engendre. Sur le compte pénibilité, le gouvernement comprend qu’il y a de vrais soucis. Toutes les entreprises le disent. Il y a eu des report de délais, il y a eu des réductions sur les facteurs de pénibilité, mais cela reste un vrai souci. Sur l’épargne salariale, il devrait y avoir une véritable discussion. Tout le monde est d’accord quand on en parle de manière générale pour dire qu’il faudrait favoriser l’épargne salariale, parce que cela contribue à intéresser les salariés, financièrement comme intellectuellement parlant. Être associé au travail que l’on produit, c’est générateur d’une bonne ambiance au sein d’une entreprise. Or, l’épargne salariale a été mise à mal par le gouvernement, qui a augmenté le forfait social d’une manière importante et modifié un certain nombre de critères. Sur la formation, il y a une enquête très intéressante indiquant qu’il y a une pénurie d’emplois : 29% des entreprises ont des difficultés à recruter des personnes qu’elles souhaiteraient recruter. L’année dernière, c’était 21% des entreprises. Cela veut dire que la situation du marché de l’emploi s’est tendue en termes de recrutement. Nous avons un vrai problème sur l’équation entre les formations initiales et la demande des entreprises.
D’ailleurs, on observe que les entreprises ne recherchent pas forcément des emplois qualifiés : il y a toujours des restaurants qui ont besoin de serveurs ou des commerçants qui recherchent des employés… Ces activités ne nécessitent pas forcément une qualification. Comment expliquez-vous cela ?
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