Maigrir intelligent : et si tout venait de l’intestin, notre deuxième cerveau ?

LITTÉRATURE

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

La docteure Laurence Benedetti est spécialiste en nutrition, micro-nutrition et tabacologie, et le docteur Didier Chos, président de l’IEDM (Institut européen de diététique et micro-nutrition) est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la micronutrition. Ils viennent de publier« Maigrir intelligent : et si tout venait de l’intestin, notre deuxième cerveau ? » (Editions Albin Michel). Fondé sur des recherches scientifiques récentes, ce livre met en lumière le lien entre la difficulté à maigrir et les perturbations de certaines fonctions du corps. Car maigrir, ce n’est pas que dans la tête ! Il est maintenant prouvé que la composition de notre microbiote (ou flore intestinale) décide de la rentabilité énergétique de notre assiette. Dès lors, l’intestin devient le grand responsable de notre résistance à l’amaigrissement, contrôlant l’assimilation des nutriments et des micronutriments, perturbant même notre insuline...

Didier Chos souligne que l’intestin doit être au centre de nos préoccupations : «Dans la micro-nutrition, on a placé depuis une quinzaine d’années l’intestin au centre de la santé. Nous avons pas mal d’éléments qui sont en faveur de la responsabilité de ces fameuses 100 000 milliards de bactéries qui habitent notre intestin et qui représentent dix fois plus de bactéries que de cellules qu’il y a dans notre organisme. Nous sommes constitués à 90% de bactéries : c’est intéressant de le savoir car si nous avons 90% de bactéries qui nous composent, c’est probablement qu’elles ont une certaine utilité. Contrairement à l’idée que nous avons eue en médecine, comme quoi les bactéries étaient pathogènes, la plupart des bactéries qui existent sont des bactéries qui vivent en parfaite cohabitation avec l’être humain et elles sont indispensables pour vivre. En micro-nutrition, l’intestin est au centre de tout et, dans le domaine de l’amaigrissement, il y a eu l’omnipotence de cette équation sur le fait qu’il fallait manger moins et bouger plus. Or, lors des observations que nous avons faites dans les consultations, nous nous sommes rendu compte qu’un certain nombre de personnes n’arrivaient pas du tout à maigrir. Elles présentaient des problèmes d’inflammation digestive et, quand on corrigeait cela, on arrivait à les faire maigrir. On observe cela depuis une dizaine d’années et, depuis cinq ans, il y a des travaux monumentaux dans le monde entier sur la responsabilité du microbiote dans l’obésité. Ce sont des travaux qui sont à la pointe de la recherche scientifique et qui donnent raison aux hypothèses que nous avions déjà observées».

Didier Chos insiste sur la notion de plaisir et de compréhension lorsque l’on doit changer ses habitudes alimentaires : «On considère que l’on ne peut pas faire changer les habitudes de vie tant que l’on ne comprend pas comment son organisme fonctionne. Comprendre est essentiel, sinon on ne perd pas de poids. Il y a un certain nombre de verrous qui empêchent cela. Le verrou digestif est très important, mais il y a d’autres verrous, comme celui des neuromédiateurs, qui fait que l’on peut avoir plus d’appétence au sucré, comme l’appétence au tabac ou à l’alcool : c’est de la même nature. Il y a également des personnes qui ont tendance à faire des réserves parce qu’elles ont une insuline qui fonctionne très bien et c’est l’hormone de mise en réserve qui a aidé l’être humain à rester en vie pendant des millions d’années pendant les mois de disette. Cette hormone travaille encore et elle n’est pas du tout habituée à ce que l’on mange trois fois par jour et parfois plus… Donc, elle fait des réserves, plus chez certaines personnes que d’autres, c’est ce qui explique les difficultés que peuvent rencontrer certaines personnes pour perdre du poids.»

Or, «on a beau jeu, lorsque l’on considère que de nombreuses pathologies sont dues à nos habitudes de vie, qu’il n’y a qu’à manger de manière diversifiée et à faire du sport… Il n’y a qu’à faire et tout ira bien ! Or, malgré des millions dépensés dans des campagnes contre l’obésité, les recommandations ne marchent pas… C’est comme pour le tabac, c’est seulement en augmentant fortement le prix du tabac que cela fonctionne… Alors, pourquoi cela ne marche-t-il pas ? Nous sommes construits, dans notre éducation, sur ce que l’on appelle des routines. Nous avons appris à faire des choses qui se sont accumulées dans le temps et nous fonctionnons à 90% sur des routines. Lorsque l’on veut changer une routine, ce n’est pas avec des y a qu’à… Il faut ouvrir une autre partie de notre cerveau, celle de la nouveauté et, pour que les personnes soient curieuses, il faut les interpeller, cela passe par la compréhension».

En résumé, la nourriture va dans notre intestin, notre deuxième cerveau, celui-ci est en quelque sorte un ordinateur, et la nourriture c’est le logiciel : donc il peut y avoir parfois un bug ! Didier Chos souligne que «la façon dont on nourrit notre organisme fait fonctionner notre cerveau de manière plus ou moins favorable. Nous sommes plus ou moins en bonne santé, y compris sur notre capacité à bien nous reposer par le sommeil, grâce à notre nourriture. En micro-nutrition, nous avons toutes les données biologiques et toutes les études indiquent qu’il y a une relation entre l’alimentation et l’ensemble des problèmes de santé. Mais on dit cela depuis des milliers d’années : nous sommes ce que nous mangeons et nous fonctionnons comme nous mangeons. Quelque part, ce n’est pas une alimentation qui va être bonne pour tout le monde, mais chacun doit avoir sa bonne alimentation. Vous pouvez aimer certains aliments pour certaines raisons et ne pas en aimer d’autres. C’est la même chose pour l’activité physique : il n’y a pas un sport qui est mieux qu’un autre, il n’y a pas une intensité qui est mieux qu’une autre, il y a l’activité physique qui vous convient en fonction de ce que vous êtes.»

Finalement, «rien ne peut provoquer le changement sans que le plaisir l’accompagne. Lorsque l’on veut changer d’habitudes, si c’est dans la contrainte, cela ne dure pas longtemps. Le plaisir commence quand on modifie ses habitudes en fonction de ses propres tendances naturelles. Il y a des gens qui aiment la bonne chère, mais l’épicurisme n’est pas contre la diététique. Aujourd’hui, on n’est plus dans la diététique triste. Effectivement, il faut arriver à montrer que s’occuper de soi peut être une bonne chose. S’occuper de soi afin que l’alimentation apporte un bon état de santé, c’est aussi un bon outil de prévention pour ne pas être malade dans vingt ou trente ans. Il s’agit de se dire qu’aujourd’hui, je suis content d’être moins fatigué, de me lever en pleine forme, d’avoir une activité sexuelle de meilleure qualité... Pour une femme, d’avoir une peau moins ridée et des cheveux plus souples... C’est dans la vie de tous les jours que l’on remarque l’intérêt d’une alimentation qui nous convient. Le plaisir, c’est être bien dans sa peau et bien dans sa tête, mais aussi bien dans ses relations.»

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