Des terrains constructibles à un euro le mètre carré dans le Finistère !

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Paul Quéméner, maire de Berrien (Finistère) : « Il est difficile d’attirer la population parce que le travail manque cruellement. »

Le maire de Berrien, une commune de 987 habitants située dans le Finistère, a pris la décision de céder des terrains constructibles au prix d’un euro le mètre carré. Cette initiative vise à attirer des familles, avec l’objectif d’éviter la fermeture de l’une des classes de l’école : «En novembre dernier, le ministère de l’Éducation nationale nous a contactés pour nous demander combien d’élèves seraient scolarisés à la rentrée prochaine. Cette année, il y avait 81 élèves en primaire et maternelle. Pour la rentrée prochaine, nous estimions les effectifs à environ 73 enfants. Nos prévisions étaient à la baisse mais, au mois de mars, nous avions déjà 78 élèves inscrits. Sauf que l’Éducation nationale n’a pas cherché à comprendre : elle a tout simplement décidé de supprimer une classe. Elle s’est contentée de l’aspect comptable, sans tenir compte de l’intérêt des enfants et du préjudice pour notre commune». Avec la nouvelle configuration de l’école, les élèves seront au minimum 25 par classe et ils vont se retrouver dans des classes avec des niveaux totalement déséquilibrés. Paul Quéméner ne cache pas son amertume : «Le gouvernement a trop souvent tendance à oublier le fonctionnement des zones rurales. Berrien est une commune dynamique. Depuis sept ans, nous n’avons jamais cessé d’en faire un lieu convivial pour ses 987 habitants. La plage la plus proche se trouve à une demi-heure !» Cet élu, membre du Parti communiste, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus. Il nous explique les raisons de sa démarche.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous êtes le maire d’une commune de près de 1000 habitants, avec des commerces et une vie locale. Pourtant, vous n’arrivez pas à convaincre des familles de venir s’installer à Berrien. Quelles sont les raisons ?

Paul Quéméner : Il est difficile d’attirer la population parce que le travail manque cruellement, donc les gens vont maintenant plutôt vers les villes plus importantes, celles de plus de 15 000 habitants. À l’origine, Berrien était une commune rurale, mais nous avons de moins en moins d’agriculteurs : il n’y en a plus qu’une quinzaine sur la commune. Ils disparaissent et tout est mécanisé. Jusqu’à présent, l’agroalimentaire fonctionnait très bien, mais il y a eu des fermetures très importantes. Donc, il y a beaucoup moins de travail. Nous sommes une commune de 987 habitants et nous essayons de rendre la commune attractive depuis sept ans. Nous avons une école moderne, créée il y a une quinzaine d’années, nous avons aussi un centre de loisirs, une garderie, une médiathèque et une bibliothèque. Nous venons également de réaliser un mini stade avec une piste autour… Alors, si nous avons pris cette décision, c’est parce que nous avons créé un lotissement avec 10 lots qui étaient à vendre à 9,50 euros le mètre carré. Nous avons eu quelques touches, mais rien ne part ! Le problème, c’est que nous nous battons depuis deux mois parce que l’Éducation nationale a décidé de fermer l’une de nos quatre classes. Nous avons manifesté presque toutes les semaines. Nous avons rencontré un ministre la semaine dernière et il en est ressorti que nous n’avions pas grand-chose à attendre du gouvernement. Nous sommes conscients qu’il faut continuer de se battre. On nous a simplement proposé un demi-poste, avec un instituteur qui viendrait donner un coup de main une demi-journée… Nous sommes donc très mécontents. Nous restons la seule commune du Finistère à continuer à se battre, parents d’élèves et élus.


Si vous proposez des terrains à un euro le mètre carré, c’est évidemment pour attirer des familles. Comment allez-vous empêcher le rachat de ces lots par un spéculateur ?

On aura quand même la possibilité de choisir les acquéreurs. Nous avons déjà reçu 200 demandes de renseignements et il va bien falloir faire un choix. Évidemment, nous avons reçu des appels farfelus, des appels de gens qui veulent profiter de l’aubaine... Mais nous comptons bien blinder le cahier des charges de façon à ce qu’il ne puisse pas y avoir de spéculation. Sur le plan juridique, notre notaire est en train de travailler sur les textes. Évidemment, on s’attend à avoir quelques difficultés lors de la mise en place de cette mesure, mais nous resterons évidemment dans la légalité. Nous avons bien sûr des logements sociaux, mais lorsque nous demandons aux sociétés HLM de venir construire chez nous, cela ne leur plaît pas, ils préfèrent aller construire là où il y a du monde, c’est-à-dire dans les grandes villes. Chez nous, c’est toujours très difficile pour avoir des logements sociaux. Donc, j’espère que cette initiative fonctionnera.

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.