Une commune organise une consultation sur le port de la blouse à l’école
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
Vincent Paul-Petit, maire de Seine-Port (Seine-et-Marne) : « La crise de la transmission de la culture et du savoir nous paraît liée à la crise d’autorité au sein de l’école. »
Seine-Port est une commune de 2000 habitants, située dans le département de Seine-et-Marne. Le week-end dernier, son maire, Vincent Paul-Petit, a lancé une consultation afin de demander aux parents d’élèves s’ils étaient favorables au port obligatoire de la blouse à l’école. L’élu a pris acte du résultat final : 60% de voix contre et 40% de voix pour. Cette consultation était réservée exclusivement aux parents d’élèves, mais le maire est convaincu que le résultat aurait été favorable si l’ensemble de ses administrés avaient pu s’exprimer. Il nous explique pourquoi il préconise le port obligatoire de la blouse à l’école.
L’Hebdo-Bourseplus : 60% des parents d’élèves de votre commune se sont prononcés contre le port de la blouse à l’école. Mais avant cette consultation, vous aviez déjà défendu cette idée. Pour quelles raisons ?
Vincent Paul-Petit : Il y a deux raisons principales. D’abord, la crise de la transmission et l’échec de notre système scolaire nous interpellent fortement, malgré les sommes extrêmement importantes mises par l’État et les collectivités locales puisque notre premier budget de fonctionnement, c’est l’école. Ce sont des sommes considérables, avec un taux d’échec qui nous laisse extrêmement inquiets. La crise de la transmission de la culture et du savoir nous paraît liée à la crise d’autorité au sein de l’école. Symboliquement, puisque c’est un symbole fort, la blouse nous permet de rétablir un ordre au sein de l’école. Il faut que les écoliers revêtent un habit d’écolier quand ils vont dans le cadre scolaire, comme un professionnel met un habit qui correspond à sa profession. On pourrait multiplier les exemples. L’écolier doit avoir son habit d’écolier, ce qui le positionne différemment vis-à-vis des enseignants et de l’ensemble de la communauté éducative. En quelque sorte, il s’agit de dire : à l’école, je ne suis pas le maître. On n’acquiert pas une discipline sans discipline. Le double sens du mot discipline est d’ailleurs intéressant à constater... De la même manière, quand on va faire du sport, on met un habit de sportif et cela ne choque personne que tout le monde ait le même habit. Pourquoi cela ne choque-t-il personne pour du football, alors que cela choque quand il s’agit des apprentissages fondamentaux ? C’était la première grande raison. La deuxième grande raison, c’est celle de l’égalité réelle entre tous les enfants au sein de l’école. L’égalité est un grand mot, elle est plus du domaine de l’idéologie que du réel, mais là on aurait une égalité réelle de tous les enfants dans la cour de l’école. Il ne faut pas sous-estimer, que ce soit dans une école de quartier populaire ou de quartier favorisé, le fait que la cour d’école est le reflet de ce qui se passe dans notre société avec ses violences et ses tensions.
C’est parfois même beaucoup plus accentué…
Oui, il y a des petits caïds qui imposent leurs vues à des enfants plus fragiles, parce qu’ils ont un habit plus décalé ou de dernière mode. Il est important de leur dire que l’école est un lieu où tout le monde est à égalité pour apprendre, recevoir le savoir, et que le comportement personnel doit passer après, derrière l’habit. C’était la deuxième grande raison. Ensuite, on peut rattacher l’aspect pratique de la blouse. J’ai interrogé beaucoup de familles qui, dans des établissements privés, ont mis leurs enfants avec un uniforme et une blouse et qui sont contentes de ne pas se poser la question de savoir ce que l’on doit leur mettre comme vêtements… Tout cela est porté par une vraie inquiétude pour notre système d’enseignement. Quand je vois qu’il y a la queue dans les enseignements privés et que plus c’est rigoureux, plus les parents sont demandeurs, je trouve très paradoxal que l’on ne sache pas faire la même chose dans l’enseignement public. Moi qui ai fait tout mon enseignement dans des écoles publiques, j’en suis bien triste. C’était une tentative, certes repoussée par la décision des parents, qui n’est toutefois que partie remise et qui a permis une prise de conscience, à l’échelle locale mais pas seulement, puisqu’un certain nombre de journalistes m’ont contacté.
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