Le médiatique député et avocat défend les mots vrais contre la langue de bois

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Gilbert Collard, député du Gard : « Les fins d’époque, les fins de civilisation, les fins de culture, s’accompagnent toujours d’une dégénérescence du sens des mots. »

Gilbert Collard est avocat, écrivain et député du Gard. Il est aujourd’hui secrétaire général du Rassemblement Bleu Marine. Dans son nouveau livre, «Dictionnaire de la langue de con», il propose ses «définitions anti-langue de bois» : de A comme Acquis sociaux à Z comme Zemmour, il multiplie les définitions politiquement incorrectes. «Dictionnaire de la langue de con», de Gilbert Collard, est publié aux Éditions L’Archipel.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous dénoncez le détournement du langage. Comme on ne nomme plus les choses en utilisant des vrais mots, on ne peut plus tenir une conversation de fond sur de nombreux sujets…


Gilbert Collard : Bien évidemment. Marc Fumaroli explique merveilleusement bien que la conversation est née d’une civilisation de la politesse. Montaigne l’enseigne à merveille, les Essais sont une conversation, mais il ne peut plus y avoir de conversation dans la mesure où nous n’avons plus de mots. Je viens d’avoir un débat avec un député socialiste et je lui ai dit : « Je suis petit devant vous parce que vous êtes tellement bon, tellement généreux, tellement charitable, que je me sens tout-à-fait méchant. J’aurais aimé rencontrer dans mon enfance un curé comme vous ! » Mais, une fois les mots dits, que reste-t-il de son engagement ? Il ne m’a vendu que des mots comme solidarité, ou il faut accueillir tous les migrants… En oubliant au passage que l’OTAN nous informe qu’à l’intérieur des migrants, il peut y avoir des djihadistes… L’idée de faire ce livre m’est venue de quelque chose de très savant : il y a quelques lointaines années, j’avais un professeur d’histoire du droit qui s’obstinait à vouloir que je fasse l’agrégation d’histoire du droit.

Il cherchait un sujet de thèse pour moi et il avait trouvé «La crise de la parole dans le Bas-Empire romain». Cet homme extraordinaire qui, aujourd’hui, serait traité de pseudo-intellectuel, m’avait expliqué à l’époque que la dégénérescence de la langue avait accompagné la destruction de l’Empire romain. C’est lui qui m’avait rendu attentif à la perdition du sens des mots. J’ai commencé à faire sa thèse de doctorat, que je n’ai pas continuée, et j’ai dû travailler énormément sur la dégénérescence de la langue latine. Effectivement, je me suis rendu compte que les fins d’époque, les fins de civilisation, les fins de culture, s’accompagnent toujours d’une dégénérescence du sens des mots comme si, l’esprit ne raisonnant plus, la vie culturelle d’une société ne fonctionnant plus, on avait le prêt-à-porter des mots. Des valises de mots, comme bien vivre ensemble, sans-papiers, esprit du 11 janvier, etc. La réalité n’étant plus là, on l’invente avec des mots qui ne reflètent pas du tout la réalité, mais qui sont censés occuper l’espace. D’où un débat vain, puisque l’on se heurte à des gens qui ne raisonnent pas et qui ne font que plastronner avec des mots qui ne sont même pas les leurs et qui sont censés leur servir de discours. Cela crée un appauvrissement de la pensée et du débat, qui se réduit à des slogans.


Vous auriez pu faire un livre très sérieux, alors que c’est un livre drôle…

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