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Une crise devenue française
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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Éric Woerth, député UMP de l’Oise : « Nous cumulons en France des handicaps qui nous ralentissent par rapport à tous nos autres partenaires. »
Éric Woerth, ancien ministre du Budget et ancien ministre du Travail, est actuellement maire de Chantilly et député de la quatrième circonscription de l’Oise. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il estime que le gouvernement est totalement responsable, à travers sa politique, de la situation dramatique danslaquelle se trouve la France.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous allez publier dans quelques semaines un livre intitulé « Une crise devenue française ». Est-ce le titre définitif ?
Éric Woerth : C’est le titre définitif car j’estime, avec mes coauteurs - une association de jeunes pleins d’avenir qui s’appelle La Boîte à idées - que la crise est devenue aujourd’hui française. Les facteurs extérieurs de crise n’existent plus comme en 2008 ou 2009, ou au moment des problèmes de l’euro, mais nous cumulons en France des handicaps qui nous ralentissent par rapport à tous nos autres partenaires. Il y a le marché du travail, la question des dépenses publiques, la complexité de la fiscalité et bien d’autres choses. Tout cela entraîne la France vers le bas. Quand il n’y a pas de croissance dans la zone euro, la France est quasiment en récession et, quand il y a de la croissance dans la zone euro, la France fait moins de croissance que les autres... Nous essayons d’expliquer ce qui correspond à ces problèmes, c’est-à-dire le marché du travail, la fiscalité et les mécanismes de croissance. On essaie d’être le plus pédagogue possible pour expliquer cela à nos lecteurs et il y a des pistes de solutions importantes. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas démagogique mais, en même temps, ce sont des solutions incontournables pour notre pays aujourd’hui. Par exemple, il s’agit de remettre l’entreprise au centre de toutes les politiques publiques. Ce que demande l’entreprise, c’est qu’on la laisse tranquille, c’est-à-dire qu’elle puisse travailler en étant ennuyée le moins possible. Il faut aussi l’aider à avoir des marges suffisantes pour investir, l’aider à embaucher, former des jeunes et qu’il y ait également de nombreux champs d’innovation. Tout cela est très cohérent et nécessaire pour notre pays.
C’est le sens de l’intervention que vous avez faite récemment à l’Assemblée nationale. La plupart des pays du monde se portent mieux, même en Espagne, le chômage continue de baisser…
J’entends le gouvernement dire que c’est formidable : c’est l’anniversaire de l’élection de Monsieur Hollande, les choses vont mieux et nous allons maintenant récolter les fruits de tous les efforts que nous avons faits... Si ce n’était pas un sujet aussi sérieux, ce serait une vaste plaisanterie ! Mais c’est grave de dire des choses aussi fausses ! Je rappelle que Monsieur Hollande a été élu en disant qu’il ferait baisser le chômage. Mais le chômage a augmenté d’une manière considérable, comme la dépense publique et les déficits. En même temps, le gouvernement nous dit que les choses vont mieux. C’est vrai, on renoue avec un peu de croissance, mais on renoue tellement peu par rapport aux autres pays ! Il faut avoir une vision comparative. C’est comme si vous vouliez devenir champion olympique tout seul, sans avoir d’autres compétiteurs : je peux être champion du monde du 100 mètres, si je suis tout seul à courir ! Donc tout se fait par rapport aux autres. Nous avons une croissance beaucoup plus faible que la plupart des autres pays de la zone euro et nous avons des déficits beaucoup plus forts que la plupart de nos partenaires. Donc, on charge le poids de la bête. Nous avons aussi une société qui produit du chômage, alors que les autres pays créent de l’emploi. Tous les facteurs externes sont positifs, la baisse de l’euro, la baisse du pétrole ou les interventions de la BCE, mais nous en profitons moins parce que nous n’avons pas su nous réformer. Il faut des réformes de fond, notamment sur le marché du travail, et une baisse plus rapide de la dépense publique.