Elior, Elis, Sodexo : le service avant tout.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. La semaine prochaine (numéro 794) : “Axa : un assureur face au choc obligataire à venir”. Bonne lecture !!!
Elior, Elis, Sodexo : ce sont les trois mousquetaires des services... avec ONET, ils auraient été quatre, mais le groupe de nettoyage a quitté la Bourse ! Elior a précédé Elis dans son introduction boursière, et, depuis quelques mois désormais, nous avons suffisamment de recul pour juger l’entreprise, que nous avions comparée, juste avant son introduction, à Sodexo, son rival de toujours. Depuis le mois de juillet 2014, Elior a connu une carrière boursière assez variable, avec une orientation d’abord plutôt baissière, faute d’informations. Après une pointe en tout début de cette année, le titre s’est stabilisé, récemment, aux alentours de 16 euros, avec des volumes d’échanges significatifs. L’entreprise Elior figure parmi les leaders mondiaux de la restauration sous contrat, c’est le numéro 4 mondial dans la restauration collective, surtout spécialisé dans la gestion de restaurants situés dans les entreprises et dans les administrations, les établissements d’enseignement, les établissements de soins et de maisons de retraite. Les restaurants d’entreprise représentent grosso modo un tiers du chiffre d’affaires d’Elior, les autres établissements de restauration représentent environ un gros tiers également. En plus, une fois dans la place, Elior propose des services associés, tels que le nettoyage, le gardiennage, des opérations de maintenance. Mais le groupe Elior, de surcroît, exploite également des restaurants en concession, où l’entreprise se situe au troisième rang mondial, avec notamment une forte visibilité dans les aéroports, les aires d’autoroute… beaucoup plus que dans les villes.
Les marques l’Arche, Philéas, Ars, Medas… ou encore les franchises Paul, Quick, Courtepaille, Burger King, McDonald’s… sont beaucoup plus connues que le nom d’Elior, même si, très souvent, lorsque l’on prend un café dans une gare, on a un ticket « Elior ». La diversification internationale a beau être réelle, il n’en reste pas moins que Elior, au contraire de Sodexo, réalise toujours la majorité de son chiffre d’affaires en France. Depuis son introduction en Bourse, le fonds Charterhouse Capital Partners détient toujours une minorité de blocage, mais il est vraisemblable que cette position va diminuer au fur et à mesure des années, au fur et à mesure des reclassements de titres. Chequers détient un peu moins de 5 %, le management, à travers une société intitulée Bagatelle Investissements est un peu au-dessus de 20 %. Il y a un flottant important, ce qui amène des transactions justes, des échanges permettant d’entrer ou de sortir dans le capital de cette société qui a intégré, dès sa cotation, l’indice SBF 120. Il y a quelques jours, les fonds détenus par Charterhouse et Chequers ont reclassé 10 % du capital, ils conservent ensemble un peu plus de 31 % du capital… Le placement s’est effectué sans aucun souci, avec une décote de 8,8 % par rapport au cours de clôture de la séance précédente, mais il s’agissait quand même de vendre 16,4 millions de titres Elior.
Elior ouvre l’appétit... des investisseurs institutionnels.
L’appétit n’a pas manqué pour les investisseurs, et ils sont bénéficiaires, puisque le 11 mai, les actions acquises à 15,50 le 7 mai valaient presque 16 euros. Il faut s’attendre à ce qu’il y ait encore une ou deux opérations de reclassement de ce type, mais elles n’interviendront vraisemblablement pas avant le début de l’année 2016. En portant sa participation à 100 % dans Areas (restauration sous concession en Espagne et aux Etats-Unis), le groupe Elior a démontré, juste avant le reclassement d’un gros paquet d’actions par ses actionnaires, qu’il était en mesure, du fait de l’argent levé lors de son introduction, de faire des acquisitions, et d’avoir une souplesse de gestion. Elior est une entreprise qui avait subi une dette importante liée à son acquisition avec effet de levier, par les fonds actionnaires. L’introduction en Bourse a permis de lever du capital, et cela se voit dans les résultats qui ont été publiés. Pour le premier trimestre de son exercice « à cheval » 2014-2015, le résultat net part du groupe est ressorti à 19,7 millions d’euros contre 6 millions d’euros un an plus tôt, période où il y avait encore de lourdes charges de frais financiers. Il est plus intéressant de regarder l’excédent brut d’exploitation (EBITDA), qui a été largement pincé, bien qu’en hausse de 1,5 % puisque ne donnant, avec 106,2 millions d’euros, qu’une marge de 7,5 % du chiffre d’affaires contre une marge de 7,8 % sur le premier trimestre de l’exercice 2013-2014. Le chiffre d’affaires a progressé de 5,3 %, la société se dirige vers une année en forte croissance, dont 2 ou 3 % de croissance organique. Pour l’exercice qui se terminera au 30 septembre 2015, je m’attends à un chiffre d’affaires de l’ordre de 5,65 à 5,75 milliards d’euros, avec un résultat opérationnel compris entre 250 et 260 millions d’euros, un coût de l’endettement financier net fortement abaissé, retombant vers les 100 ou en dessous de 100 millions d’euros.
Du coup, il est vraisemblable que le résultat net va progresser fortement, et que l’entreprise sera en mesure d’augmenter son dividende, même s’il est évident que Elior n’a pas vocation, à moyen terme, à devenir un titre de rendement. Si la croissance reste raisonnable, la marge d’EBITDA, au fur et à mesure des années, va pouvoir progresser pour se diriger vers les 8 % puis vers 8,5 ou 9 % du chiffre d’affaires, ce qui devrait, pour Elior, encore favoriser une croissance du résultat net, au fur et à mesure où l’endettement se réduira. L’arrivée de Philippe Salle à la tête du groupe a été saluée, en son temps, par le marché. C’est un dirigeant qui a une bonne réputation, qui est sérieux, et qui a travaillé de façon efficace au redressement d’Altran, ce qui aide. Pour optimiser le cours de Bourse d’Elior, il faudra que l’endettement net, qui était de 1,4 milliard d’euros au 30 septembre dernier, en recul de 801 millions d’euros en douze mois, se réduise au rythme de 100 à 150 millions d’euros par an au cours des deux ou trois prochaines années. Cela permettrait une amélioration de la notation de la société, et donc un refinancement à meilleur compte de la dette senior, à horizon du milieu de l’année 2016, vraisemblablement. Le titre Elior est intéressant, et je serais à l’achat aux alentours de 15 euros, fortement à l’achat si une secousse boursière le faisait ramener vers les 13 euros.
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