Un parlementaire sans langue de bois qui dérange la pensée unique
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Nicolas Dhuicq, député UMP de l’Aube : «Dans tout ce qui est de l’ordre du quotidien, il y a une volonté de contrôle absolu, mais les interdits fondamentaux sont détruits et systématiquement sapés.»
Les récents propos de Nicolas Dhuicq ont suscité la polémique chez les tenants de la pensée unique… Le député UMP de l’Aube, qui est psychiatre de métier, a établi un parallèle entre le renforcement de la lutte anti tabac prévu dans le projet de loi Santé et le djihadisme des jeunes : «Inquiet d’une vision d’une société sans tabac et sans alcool» et défendant «un principe de plaisir», ce parlementaire, membre de la Droite populaire, estime «qu’il n’y a pas de société humaine sans consommation de toxiques». Il a dénoncé le «puritanisme» de la lutte anti tabac qui «entraîne la jeunesse vers les épopées violentes au Proche-Orient». Or, «Je veux un monde de liberté», a-t-il conclu, sous les applaudissements des autres députés UMP. Une analogie qui a évidemment fait couler beaucoup d’encre. Nicolas Dhuicq a accepté de répondre aux questions de L’Hebdo-Bourseplus pour expliquer sa vision de la société.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous avez déclenché une polémique avec une déclaration qui a été caricaturée et raccourcie de la manière suivante : la lutte contre le tabac aurait pour effet d’encourager le djihadisme... En réalité, vous avez évoqué l’hygiénisation excessive de notre société, avec ce cumul d’interdictions dans tous les domaines de notre vie quotidienne, qui ne laisse plus aucun espoir de liberté à la jeunesse. Est-ce le message que vous vouliez faire passer ?
Nicolas Dhuicq : Oui. En fait, nous avons une somme de plus en plus considérable de volonté de contrôle et de sécurisation à tout prix des vies individuelles qui a pour conséquence de déresponsabiliser les individus. Nous sommes surtout dans un système totalement paradoxal, où les interdits les plus fondamentaux sont en permanence transgressés. Nous sommes dans une société qui ne parle que de la mort, puisque deux semaines avant le débat sur la santé, avec l’ouverture des salles de shoot, nous avions eu un débat sur la fin de vie. Le texte de loi sur la santé transgresse des interdits extrêmement profonds, puisque les toxiques qui sont interdits vont être mis en vente libre dans ces salles... Et tout cela aura pour conséquence des zones de non-droit puisqu’il faudra que les consommateurs puissent arriver avec leurs produits librement, sans être interpellés par les forces de l’ordre ! On imagine tous les problèmes de sécurité que cela posera dans les quartiers. Cette société est très paradoxale puisque, dans tout ce qui est de l’ordre du quotidien, il y a une volonté de contrôle absolu, mais les interdits fondamentaux sont détruits et systématiquement sapés. Cette société ne donne pas d’espoir. Elle est sans transcendance et le recours à l’agir est la seule expérience d’excitation que les adolescents ou les jeunes adultes vont chercher. Le recours à la violence est la recherche d’une explication du monde face à des discours simplistes. Là-dessus, le wahhabisme fait son lit d’une manière extraordinaire.
Dans cette évolution de la société, peut-on faire un parallèle avec l’écologie ? Des gens signent des pétitions pour la protection des arbres et bloquent des projets immobiliers pour la survie de la moindre grenouille et, dans le même temps, ce sont les mêmes qui préconisent l’euthanasie, la libéralisation totale de l’avortement ou la procréation médicalement assistée... N’est-ce pas paradoxal ?
Il y a un phénomène de déification de la chose et de l’objet, y compris vivant, sauf l’être humain. L’être humain doit être livré à la démesure... À partir du moment où la technique permet quelque chose, cette chose devient bonne... On quitte totalement les domaines de l’éthique et de l’équilibre qui étaient chers aux Grecs et on entre donc dans une société folle. L’évolution sur la question de la protection de l’environnement est très intéressante car, à l’origine, c’était plutôt une idée de droite. Elle a traversé les années 30, pour le pire et le meilleur, et l’idée de progrès était plutôt considérée comme une idée de gauche à un moment. Aujourd’hui, il y a un principe de précaution qui tétanise complètement les individus et qui est contradictoire avec ce que j’estime être la destinée humaine. Je pense très souvent au symbolisme des deux arbres dans la Genèse : il y a un arbre de la connaissance et un arbre du bien et du mal. Cette symbolique est très profonde, parce qu’elle signifie bien que l’humain est destiné à transformer le chaos en cosmos. L’application pratique de tout cela, c’est que je considère que la loi doit être simple. Elle doit poser des interdits fondamentaux, elle doit organiser le réel et lui donner une intelligibilité. Malheureusement, beaucoup d’élus de gauche, un peu à droite aussi, considèrent que la loi est faite pour suivre le réel. À partir du moment où dans le monde apparaît un comportement ou un objet, il faut automatiquement faire une loi sur ce comportement ou cet objet, parce que c’est la réalité qui prime sur la pensée... Je crois quand même que la pensée permet de façonner le monde. J’ai un peu cette faiblesse… Je suis assez effrayé de ces comportements.
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