La loi Renseignement divise de plus en plus
EN DIRECT AVEC...
Pierre Lellouche, député UMP de Paris et ancien ministre : « Ce qui manque à la France, c’est une loi sur le terrorisme afin de gérer les écoutes dans les mosquées et surveiller le financement des mosquées. »
Pierre Lellouche est député UMP de Paris, ancien secrétaire d’État aux Affaires européennes et ancien secrétaire d’État au Commerce extérieur. Le parlementaire vient d’annoncer son intention de saisir le Conseil constitutionnel contre la loi Renseignement, qui est de plus en plus contestée. Pierre Lellouche connaît bien son sujet et il nous explique les raisons de son opposition à ce texte.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous avez la réputation d’être assez à droite dans vos positions, notamment sur le plan de la sécurité intérieure. Pourtant, vous contestez la loi sur le renseignement. Cela peut surprendre, mais vous avez de bonnes raisons. Quelles sont-elles ?
Pierre Lellouche : C’est une loi sur le renseignement en général, puisqu’il y a sept ou huit thèmes qui sont traités, certains ont d’ailleurs évolué pendant la discussion, notamment sur le terrorisme. Certaines des définitions proposées sont assez problématiques, comme les violences pouvant remettre en cause les institutions républicaines. Avec cela, on aurait pu remettre en cause les grandes grèves de 1995 ou des grandes manifestations ! C’est un véritable sujet. Ensuite, il y a des écoutes généralisées qui sont quand même problématiques, puisque cela va concerner beaucoup de gens, si ce n’est la totalité des citoyens, avec une conservation des données pendant très longtemps, c’est-à-dire cinq ans. Et puis, il y a aussi un ton général au moment de la discussion qui m’a déplu. Monsieur Valls est venu en nous pointant du doigt, en expliquant que c’était à prendre ou à laisser et qu’il y avait urgence… L’UMP n’a eu que vingt minutes de temps de parole pour exposer ses positions. Il fallait une procédure accélérée et tous ceux qui avaient des réserves étaient accusés de n’avoir pas lu le texte ou d’être sujets à des fantasmes ou des peurs... Or, nous avons étudié ce texte de près et nous n’avons aucune peur et aucun fantasme. Tout le monde est absolument déterminé à se battre contre le terrorisme. Il n’y a pas, d’un côté, les patriotes et, de l’autre, des gens qui seraient prêts à faire des concessions irresponsables aux terroristes.
Cette présentation du débat m’a beaucoup gêné. Pire encore, ce qui me gêne le plus, c’est que tout ce qui a été découvert en France, et même aux États-Unis après les attentats qui ont eu lieu, montre que les auteurs étaient déjà connus des services... C’est encore le cas de celui qui a récemment tenté d’attaquer des églises. Tout le monde est connu ! S’il y a un dysfonctionnement, c’est - comme toujours en matière de renseignement - moins dans la collecte que dans l’exploitation. Pour la collecte, il y a déjà beaucoup de choses. On a légalisé un certain nombre de pratiques et cela ne me dérange pas particulièrement. Ce qui pose un problème, c’est l’exploitation. Tous ces terroristes étaient déjà connus et c’était la même chose pour ceux du 11 septembre qui avaient été repérés par les services américains. Donc, je ne suis pas sûr que la collecte soit la seule réponse aux problèmes que nous avons. Nous l’avions dit au mois d’octobre dernier lors de la loi anti djihadiste de Monsieur Cazeneuve, toujours le même Monsieur Cazeneuve…
Je vous rappelle que nous avions dit à l’époque qu’il y aurait des attentats et qu’il serait obligé de retoucher sa loi. En réalité, rien n’est fait ou prévu pour la rétention de ces gens au moment du départ, ou pour leur rétention au moment du retour ! Il faut démontrer qu’il y a eu une entreprise terroriste et, lorsqu’ils sont en prison, les remises de peine continuent à s’appliquer ! Il y a des gens très dangereux qui vont sortir de prison dans deux ou trois ans et c’est ce qui me gêne le plus. J’ai l’impression que l’on a déclenché une sorte d’énorme plan Orsec pour organiser les écoutes de tout le monde, les courriels, les téléphones, etc. Mais les gens qui sont susceptibles de commettre des attentats sont mal écoutés ou mal suivis. Le plus drôle - si je puis dire - c’est que dans cette loi il y a eu un amendement que nous avons voté, avec une partie de la gauche, contre Madame Taubira qui refusait que l’on écoute ce qui se passe dans les prisons ! Je me suis rendu à Fresnes il y a deux mois, pour voir l’aile où se trouvent les djihadistes qui reviennent de Syrie : j’ai appris à ce moment-là, par le directeur de la prison, que 27 000 téléphones portables rentrent illégalement en prison chaque année et, pour l’instant, l’administration pénitentiaire n’a pas les moyens d’écouter ce qui se dit en prison, c’est-à-dire dans les lieux mêmes de recrutement et de radicalisation... Je veux bien que l’on écoute tout le monde mais, si
Validez le formulaire ci-dessous
Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.