Zodiac : le seul souci, c’est la montée en cadences.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. La semaine prochaine (numéro 793) : “Croissance : panacée universelle ou rêve irréaliste?”. Bonne lecture !!!
Zodiac : sous tutelle de ses clients? En Bourse, Zodiac a fait un parcours sans faute, ou presque, mais il y a quelques fois des éclipses, en presque trente ans de cotation. Zodiac est passée du statut de toute petite entreprise, spécialisée dans les canots pneumatiques, à un géant dans le domaine des équipements pour l’industrie aéronautique, ayant vendu ses activités nautiques (canots de sauvetage, piscines gonflables…), pour revenir sur son activité originelle, qui, je le rappelle, était de construire des avions dirigeables, en concurrence avec la firme allemande Zeppelin. Zodiac a franchi plusieurs étapes, dans le cadre de ce recentrage sur l’aéronautique, tout simplement en achetant d’autres entreprises, en France, en Europe, ce qui lui a permis de se recentrer, avec désormais une prédominance, dans le chiffre d’affaires, des équipements de cabines d’avions civils. Zodiac est le numéro un mondial pour la fabrication des sièges passagers (avions neufs ou reconfiguration des cabines), le numéro un mondial dans les systèmes sanitaires embarqués, le numéro trois mondial pour les sièges pilotes…
Dans les systèmes de vol, Zodiac est présent dans l’approvisionnement en carburant (numéro un européen), dans les systèmes à oxygène (numéro un mondial), dans les systèmes de gestion de la puissance électrique… Lors de la dernière étude publiée sur Zodiac, j’avais indiqué que je m’attendais à ce que l’entreprise arrive à environ 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires vers 2016 ou 2017. J’avais péché… par pessimisme. Les 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires vont être réalisés, ou presque, pour l’exercice se terminant au 31 août 2016. Au premier semestre, le chiffre d’affaires a progressé de 16,3 % à 2,324 milliards d’euros, soit une progression organique de plus 4,9 % à périmètre et à taux de change constants.
Airbus et Boeing se sont invités dans les usines de Zodiac.
L’entreprise va bien, même si les acquisitions et un besoin en fonds de roulement accrus ont fait augmenter son endettement financier net à 1,42 milliard contre 1,058 milliard, pour la situation au 28 février 2015, il faut savoir que l’entreprise a quand même des difficultés de montée en puissance sur son activité sièges. Du coup, le résultat opérationnel courant du premier semestre est tombé de 263 millions à 177,7 millions d’euros. Si la branche sièges (plus d’un quart du chiffre d’affaires à elle toute seule) a progressé de 11,1 % en organique, elle a aujourd’hui de graves difficultés à monter en cadence, il y a eu d’importants retards de livraisons, donc des surcoûts de production. Cela a été suffisamment grave pour qu’Airbus, comme Boeing, jugent bon qu’il faille envoyer des ingénieurs, des responsables de production à l’intérieur des usines de Zodiac, afin de voir ce qui clochait, et de faire les préconisations nécessaires, pour une montée en puissance de la production correspondant à la montée en puissance des chaînes de montage tant des Boeing 787, 737, Airbus A320 et A350. Lors d’une précédente étude sur l’industrie aéronautique, j’avais insisté sur la difficulté qu’il y aurait à passer en phase industrielle, pour les équipementiers, après que les avionneurs aient vendu des quantités phénoménales d’avions neufs.
S’ajoute à cela, pour la branche cabines et structures, ainsi que pour la branche sièges d’avion, la volonté, pour les compagnies aériennes, d’un renouvellement accéléré des cabines, afin d’en réduire le poids (grâce pour partie aux innovations importantes réalisées par les filiales de Zodiac), en augmenter le confort, et maximiser, de ce fait, la recette pour chaque avion reconfiguré. Dans une étude sur Air France-KLM, récemment, j’ai insisté sur l’importance qu’il y avait, pour cette compagnie, à changer ses cabines de B777, dans un premier temps, afin, sur les activités « grandes lignes » d’être en mesure de se comparer aux nouvelles compagnies du Golfe, style Etihad, Emirates ou Qatar Airways. J’étais très jeune journaliste quand j’ai vu arriver, au second marché de la Bourse de Paris, la société Zodiac. C’était assez facile, la lettre Z fallait rigoler, Z comme Zorro, Z comme Zodiac, à 22 ans, très jeune journaliste, je m’étais intéressé au dossier, mais c’était une petite entreprise, une entreprise à la marque connue, devenue quasiment à nom propre, à cause des bateaux annexes et des petits navires d’intervention de la Marine nationale. Zodiac a mis du temps avant de commencer à faire une politique d’acquisitions.
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