Pascal Rostain : Paparazzi, voyeur et journaliste passionné...

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Pascal Rostain a collaboré avec les plus grands magazines internationaux en tant que photographe et paparazzi. Avec son associé Bruno Mouron, il est aussi à l’origine d’un travail sur le contenu des poubelles des stars. Cette initiative est devenue le sujet d’une exposition et l’idée a même été reprise par des scientifiques au niveau mondial pour analyser l’évolution des comportements en matière de consommation. Pascal Rostain est l’auteur de plusieurs ouvrages. Dans le dernier en date, « Voyeur », il raconte son métier de paparazzi. Le livre est sorti l’année dernière mais, à l’occasion d’une rencontre avec l’auteur, il était intéressant de revenir sur son métier.

Son dernier livre a pour titre « Voyeur » : ce terme résume-t-il son métier de paparazzi ? Pascal Rostain souligne que «nous sommes tous des voyeurs, nous adorons regarder par le trou de la serrure et savoir ce qui se passe chez le voisin. Dans les années 70, quand j’ai commencé, nous faisions partie de l’environnement des célébrités. Les photographes accompagnaient Jacqueline Kennedy, Brigitte Bardot, Elizabeth Taylor… C’était un jeu très élégant. Aujourd’hui, la petite pétasse qui apparaît dans une émission de télé-réalité ou le footballeur avec deux neurones, ce n’est pas quelque chose qui m’excite et qui m’incite à continuer à faire ce métier. Le mot célébrité est totalement galvaudé car les gens que nous avons photographiés, à notre époque, étaient d’un autre niveau. Quand j’ai commencé, il y avait cinquante paparazzis sur la planète et on se connaissait tous ! Aujourd’hui, avec les smartphones, on est des milliards de paparazzis… Nos plus gros concurrents ce sont les selfies, puisque Barack Obama ou Johnny Hallyday passent leur temps à être leurs propres paparazzis ! Après, on vient nous parler de morale, mais il n’y a pas de morale ! Franchement, nous ne considérons pas que nous commettons des délits. Mais il ne faut pas oublier que la France, qui est censée être le pays des droits de l’homme et de la liberté d’expression, est le seul pays au monde qui inscrive dans ses textes de loi qu’un journaliste qui écrit, photographie ou filme la vérité peut aller en prison ! J’ai été condamné trois fois. Je préfère de loin le système anglo-saxon où l’on est condamné uniquement si ce que l’on a publié est faux. En France, on est condamné systématiquement, même si ce que l’on a publié est vrai».

D’ailleurs, le grand public ne le sait pas et lorsqu’il y a des affaires ou des rumeurs, l’homme politique ou la vedette répond : « Il a été condamné… » Cela sous-entend que c’était faux, alors que c’est parfois fondé… Pascal Rostain livre son opinion sans langue de bois : «Il ne faut pas oublier qu’une star, quand elle se considère harcelée, peut aller au pénal. Mais très peu de stars vont au pénal, pour une raison : le pénal, c’est une procédure assez longue, qui dure des années, cela coûte de l’argent et la condamnation financière est une amende au nom du trésor public. Au civil, cela se fait en un mois et les vedettes gagnent systématiquement des dommages-intérêts exonérés d’impôt. Alors, je leur dis : si votre vie est aussi terrible que cela, allez au pénal et faites condamner les journalistes ou les directeurs de la publication à trois mois de prison avec sursis mais, après, ne venez plus nous emmerder ! La réalité, c’est qu’ils veulent bien prendre un peu d’argent et ils veulent surtout que l’on reparle d’eux quelques mois plus tard lors de la sortie d’un nouvel album ou d’un nouveau film. On est vraiment dans le bal des hypocrites !» Pascal Rostain est paparazzi, mais cela ne lui empêche pas d’entretenir des relations d’amitié avec certaines vedettes et personnalités politiques : «Je suis un ami d’enfance de Carla Bruni, je me suis rapproché de mon ami Nicolas Sarkozy, ils m’ont emmené plusieurs fois dans leur Airbus faire des reportages. J’ai été critiqué sur ce point. Mais je pense qu’à partir du moment où l’on me laisse mon libre arbitre, c’est l’essentiel… Franck Louvrier n’est jamais venu me voir en me demandant les photos que j’avais prises. Un journaliste qui refuse d’approcher l’intimité d’un couple présidentiel ne mérite pas d’avoir une carte de presse.» Pascal Rostain évoque son métier avec passion mais il reconnaît aussi que le métier de paparazzi est voué à disparaître : «C’est Chronique d’une mort annoncée... Oui, d’abord avec les selfies et il y a aussi les réseaux sociaux… Aujourd’hui, l’exclusivité d’un scoop dure cinq minutes avec les réseaux sociaux».

L’année dernière, Pascal Rostain a créé le buzz dans le monde entier en lançant une fausse rumeur sur une prétendue liaison entre Beyoncé et Barack Obama : pourquoi ? «J’ai dit cela pour la raison suivante. J’ai été mis en cause lors de la promotion de mon livre « Voyeur » par les ayatollahs de la déontologie journalistique. Je me suis retrouvé face à un gardien de la profession qui s’appelle Jean-Marc Morandini ! Comme j’étais mis en cause par ce personnage, il a voulu jouer dans la cour et je lui ait dit : «Vous êtes quand même au courant que demain, dans le Washington Post, va sortir une histoire sur la relation entre Beyoncé et Barack Obama ?» C’était une grosse vanne ! Mais Morandini sort cette annonce sur son blog : «Exclusivité mondiale». Cela fait le tour de la planète, puisque c’est repris par 97 834 médias dans le monde ! Mon éditeur est ravi. Le problème, c’est que sur 97 834 médias, huit journalistes m’ont téléphoné ! Tous les autres reprennent l’information sans la vérifier, alors que la base du métier consiste quand même à vérifier. Les huit qui m’ont téléphoné, ce sont CNN, Fox News, BBC, NHK, Le Figaro, L’Express, Paris Match et Grazia. Avant, une rumeur devenait une information ; aujourd’hui, une blague devient une vérité... Cela montre bien la perte totale des fondamentaux de ce métier et la fragilité de l’information. Les gens ne vérifient plus rien et ils répètent tout et n’importe quoi. Par exemple, j’ai travaillé sur cette histoire des biens mal acquis. Je découvre un article dans L’Express sur le fait que Denis Sassou-Nguesso, président du Congo, possèderait un hôtel particulier de 1800 mètres carrés avenue de La Tour-Maubourg. Faire ce métier, ce n’est pas très compliqué : il suffit simplement d’aller avenue de La Tour-Maubourg pour vérifier… Il y a dix interphones dans l’immeuble, je parle avec la concierge et elle me dit «Monsieur Sassou-Nguesso a un appartement de 70 mètres carrés». Franchement, pour vérifier cette information, il m’a fallu un ticket de métro !»

Un livre passionnant sur les coulisses du métier de journaliste et qui est rédigé, ce n’est pas une surprise, sans langue de bois…

« Voyeur » de Pascal Rostain est publié chez Grasset.

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