RSI, charges, impôts : la colère des patrons de PME au plus haut !

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Daniel Fasquelle, député UMP du Pas-de-Calais :  « Il y a une colère terrible que nous devons absolument écouter. »

Daniel Fasquelle est député UMP du Pas-de-Calais et maire du Touquet. Il était présent à la manifestation des chefs d’entreprise contre le RSI, le 9 mars dernier, et il est revenu sur ce sujet à l’Assemblée nationale dans le cadre des questions au gouvernement. Lorsqu’il a évoqué la colère des entrepreneurs, Christian Eckert, secrétaire d’État chargé du budget, lui a déclaré : «Vous abordez tellement de sujets que je ne saisis pas très bien la nature de votre question, Monsieur le député. En évoquant avec démagogie et populisme différentes situations, en faisant des amalgames, vous vous employez en réalité à fuir vos propres responsabilités. S’agissant du RSI et de la «catastrophe industrielle» qu’il a provoquée, selon les termes de la Cour des comptes, certains de vos collègues présents sur ces bancs savent de quoi vous parlez et portent une responsabilité. Les administrateurs du RSI, on l’oublie trop souvent, sont élus par leurs pairs. Ce n’est pas le gouvernement qui met seul en œuvre les dispositions techniques, même s’il prend ses responsabilités et continuera à le faire». Une réponseinsatisfaisante pour Daniel Fasquelle, qui répond à nos questions.


L’Hebdo-Bourseplus : Cela fait des décennies que l’on n’avait pas connu un tel climat de colère en France chez les commerçants, artisans et patrons de petites entreprises. Comment analysez-vous cette situation ?


Daniel Fasquelle : Cette colère est profonde. J’ai défilé avec eux le 9 mars dernier, j’ai passé tout l’après-midi avec eux afin de leur montrer que mon soutien était sincère et cela m’a permis de discuter et de dialoguer avec eux. Cette colère est profonde et elle est la conséquence de l’accumulation de plusieurs facteurs. La réglementation est beaucoup trop complexe, les normes se multiplient et, contrairement au discours officiel, on est incapable de simplifier aujourd’hui. Bien au contraire, la machine ne cesse de sécréter de nouvelles normes et réglementations ! C’est déjà une première source d’exaspération. Après, il y a l’augmentation de la pression fiscale et des charges, cela pèse très lourd sur eux, avec la façon parfois erratique dont cela fonctionne. On le voit avec le RSI. Il y a à la fois le niveau des charges et la fiscalité, mais il y a aussi la façon dont tout cela est perçu, avec un profond sentiment d’absence d’écoute. C’est ce que disent également les médecins, comme les huissiers et les notaires. Ce qui m’a frappé, ayant vécu cette manifestation de l’intérieur, c’est l’accueil qui leur a été réservé quand ils sont arrivés à proximité des ministères. Il y avait un renfort complètement exagéré de CRS et on les a tenus bien éloignés des bureaux des ministres qui auraient dû, au contraire, les recevoir en délégation ou aller vers eux... Ce sentiment d’absence d’écoute contribue aussi à l’exaspération. Donc, il y a le système normatif qui est trop complexe, le niveau des charges qui est trop important et l’absence totale d’écoute de la part du gouvernement. Tout cela, c’était encore supportable quand ils avaient des clients et une activité économique, mais c’est la crise qui les précipite dans la rue. Ce qui était déjà difficilement supportable quand l’activité économique était normale, devient carrément insupportable quand la crise économique s’aggrave ! Aujourd’hui, avec le matraquage fiscal, le pouvoir d’achat des Français est atteint. Les salariés, avec la suppression de l’exonération des heures supplémentaires, ont eux-mêmes moins de pouvoir d’achat. Forcément, les carnets de commandes s’assèchent et tous ceux qui étaient dans un équilibre précaire sont dans le rouge, avec l’obligation de licencier, de mettre la clé sous la porte et de fermer. Il y a une colère terrible, que nous devons absolument écouter. Ce qui serait vraiment grave, ce serait de traiter ce mouvement avec mépris. Malheureusement, le gouvernement traite ce mouvement avec un certain mépris. J’ai entendu dans l’hémicycle Christian Eckert, secrétaire d’État au Budget, répondre à l’un de mes collègues, à propos de la Carsat : « Circulez, y a rien à voir, cela ne concerne que quelques dossiers de gens qui ont des niches fiscales ! » Franchement, j’ai plein de dossiers dans ma circonscription, cela fait un an que j’alerte le gouvernement et il n’y a toujours pas de suite. Pour le RSI, on nous a répondu que nous avions créé cela en 2008 et que c’était de notre faute. Ensuite, on nous a dit qu’il fallait une période de rodage de trois ans, parce qu’il fallait croiser les fichiers. Mais, fin 2012, cela ne marchait toujours pas et le président était François Hollande ! La Cour des comptes a rendu un rapport en septembre 2012 sur les dysfonctionnements du RSI et, depuis, ils n’ont absolument rien fait. Tout cela nourrit l’exaspération des indépendants.


Il y a des gens qui perdent tout, il y a des divorces et même des suicides dans le pire des cas. Ceux qui manifestent sont tellement à bout qu’ils sont prêts à en découdre physiquement. Peut-on craindre le pire ?

Oui, mais c’est le gouvernement qui les pousse à bout en ne les recevant pas et en ne traitant pas le problème comme il devrait être traité. Cela devrait être une priorité nationale ! Monsieur Macron, plutôt que d’agresser les huissiers, les notaires et les avocats, aurait mieux fait de s’intéresser au RSI en prenant ce problème à bras-le-corps. Ce gouvernement passe son temps à s’en prendre aux professionnels de santé ou aux professionnels du droit. Il nous fait perdre beaucoup de temps dans l’adoption de textes absolument inutiles, qui rendent encore plus compliquée la vie de ceux qui travaillent, au lieu de s’occuper des vrais problèmes. Les vrais problèmes, c’est le déficit de la sécurité sociale, c’est le niveau de remboursement des soins et des lunettes, c’est le dysfonctionnement du RSI ! Le gouvernement lance en permanence des nouveaux chantiers qui, non seulement ne répondent pas aux préoccupations de nos concitoyens, mais au contraire leurs créent des problèmes supplémentaires. C’est pour cela que je suis très sévère à l’égard du gouvernement. C’est bien gentil de donner le change aux députés de l’opposition le mardi et le mercredi après-midi mais, derrière, ils ne font rien...

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