Les valeurs surévaluées, celles qu’il convient de vendre.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. La semaine prochaine (numéro 787) : “Bourse : les titres qui sont à vendre, suite et fin”. Bonne lecture !!!

Nous sommes actuellement dans un marché haussier (même si naturellement il y a des phases de consolidation, indicielles ou sectorielles), et il n’y a pas de raison,fondamentale ou technique, pour que cela change dans les mois ou les trimestres à venir. Il faut rappeler qu’il est tout à fait normal, dans le cadre d’un marché haussier, qu’il y ait des ajustements, des prises de bénéfices, des séances baissières. Dans ce marché haussier, il ne faut pourtant pas acheter tout et n’importe quoi car tout ne continuera pas la montée, certaines valeurs sont excessivement valorisées, d’autres sont moins excessivement valorisées. Il y a également des valeurs qui ont des risques qui ne sont pas aujourd’hui, de mon avis, appréhendés par le marché, je vais donc essayer, sur la base des prévisions de bénéfices et des ratios qui sont appréhendés par la fumeuse profession des « analystes financiers », de regarder, valeur par valeur, si une valeur est survalorisée ou non, et si la situation technique, en cas de survalorisation, peut suppléer à la situation fondamentale.


Les PER très élevés cachent souvent une situation spéciale.

Lorsque l’on regarde le tableau des PER (rapport cours/bénéfice par action) sur la base des estimations de résultats pour l’année 2015, tout en haut, avec un gigantesque 246,8, figure l’action Belvédère, qui cote 12,90 euros. Est-ce exagéré ? Non, car la société Belvédère est une société en retournement, qui s’est désendettée, qui s’est recentrée, qui s’est normalisée. Avec des moyens modestes, l’entreprise était dans une phase de survie. Elle a créé des marques, dans les années à venir, elle va chercher à les développer, à les valoriser, et à récupérer des marges opérationnelles plus normatives, des marges opérationnelles permettant de rentabiliser l’entreprise et de payer, à terme, un dividende aux actionnaires. En attendant, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une entreprise qui exerce son activité dans le domaine des vins et spiritueux, et que dans ce domaine, lorsqu’il y a des transactions, cela se fait sur la base de 4 euros pour 1 euro de chiffre d’affaires environ. Sur cette aune-là, les actifs et les marques détenus par Belvédère valent 1,8 milliard d’euros minimum et 2,2 milliards maximum, chiffre qui se compare avec une capitalisation boursière de 350 millions environ. Belvédère est également visiblement en phase de restructuration de son capital, avec la montée en puissance de la société marocaine Diana Holding, et avec l’arrivée de nouveaux autres actionnaires, dans la foulée de Diana Holding, qui sont vraisemblablement au nombre de trois, si mes informations sont justes. Le titre Belvédère doit donc être conservé, malgré ses ratios « faramineux ».


Le pari de la batterie électrique.

Deuxième entreprise, dans ce classement, il y a la filiale de Bolloré Blue Solutions. Là encore, il s’agit d’une situation spéciale, plus proche des sociétés « biotech » que des sociétés ordinaires. L’entreprise filiale du groupe Bolloré a un faible flottant en Bourse, tout le monde en conviendra, et elle exerce ses activités sur la mise en place de systèmes d’autonomie urbaine via des voitures électriques (Bluecar) testées avec succès à Paris, et étendues progressivement dans d’autres villes. Il y a également la fabrication de batteries, avec deux usines qui sont aujourd’hui très loin d’être saturées, en France, au Québec. Cette entreprise va progressivement augmenter le nombre des batteries fabriquées, à la fois pour stocker l’électricité générée par des solutions style éoliennes, lorsque le vent tourne, il n’y a pas toujours le consommateur qui est en besoin d’électricité, on le voit dans les pays nordiques, mais aussi des batteries pour des futures lignes de tramways à faibles investissements, des batteries pour des véhicules de livraison « du dernier kilomètre », des batteries pour des minibus… Bref, à horizon de deux, trois ou quatre ans au pire, Blue Solutions sera en capacité de saturer ses outils de fabrication, et donc de récupérer une marge opérationnelle correcte, après avoir plus ou moins équilibré ses comptes sur l’exercice 2015, vraisemblablement. C’est un placement de complément, un peu idéologique (il faut avoir la fibre écolo), qu’il convient de conserver, si on l’a en portefeuille.

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