Retraites : cela va secouer.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. La semaine prochaine (numéro 786) : “Bourse : les titres qui sont à vendre”. Bonne lecture !!!
Retraites : c’est devenu une “usine à gaz”. Il faut se préparer à passer cette étape importante de votre vie avec le moins d’écart de revenus possible. Lorsque, au début des années 1980, la majorité de gauche, sous François Mitterrand, a abaissé l’âge de départ à la retraite de 65 ans à 60 ans, l’espérance de vie était, lors de la survenance de la retraite, huit à neuf ans moindre que ce qui est constaté aujourd’hui. Il n’y avait pas de millions de chômeurs, il y en a aujourd’hui 5,5 millions. Il y a donc un élargissement considérable du nombre des bénéficiaires d’une retraite, et une diminution très sensible du nombre des cotisants, ce qui crée un vrai souci, pour les années à venir, avec des régimes complémentaires aujourd’hui quasiment en faillite (ils sont en train de manger leurs dernières réserves), et un régime par répartition qui est de moins en moins toléré par la jeunesse, qui a le monde comme horizon, qui travaille souvent dans d’autres pays que la France, alors que les retraités d’aujourd’hui leur ont payé leurs études, puisqu’en France, le lycée, l’université ou les grandes écoles ne sont pas fortement payants, au contraire de ce qui se pratique dans les pays anglo-saxons. Le principe de la retraite par répartition, instauré sous Philippe Pétain durant l’Occupation de la France par les armées allemandes, est assez simple à comprendre : les cotisations d’aujourd’hui paient les retraites des anciens cotisants, les retraités d’aujourd’hui. Il n’y a pas d’argent mis de côté, il n’y a pas de cagnottes secrètes… il y a tout simplement une solidarité intergénérationnelle, qui a été très assumée pendant de nombreuses décennies.
Des régimes complémentaires au bord de la faillite.
Aujourd’hui, l’équilibre financier du système est en péril, les lois prises sous le gouvernement Fillon-Sarközy ont organisé un report de l’âge légal de la retraite à 62 ans, il y a eu un retour partiel à 60 ans par M. Hollande, gouvernement de Jean-Marc Ayrault, mais il faut savoir que, vu les déséquilibres du système, il est invraisemblable qu’il n’y ait pas très rapidement un retour à 65 ans au minimum voire 67 ans comme c’est déjà le cas pour plusieurs pays européens qui nous entourent. Tout d’abord, il faut savoir et rappeler que l’âge légal de départ à la retraite n’est pas une obligation. C’est un droit. En France, il n’y a pas d’âge à partir duquel il est interdit de travailler. Un employeur a le droit de mettre à la retraite d’office un salarié de 70 ans et plus, mais il peut aussi, s’il le souhaite, le garder dans l’entreprise si le salarié est d’accord, le contrat peut se poursuivre, je parle bien évidemment du droit des salariés du secteur privé, dans le secteur public, il y a une « limite d’âge » à partir de laquelle un fonctionnaire ne peut plus exercer en tant que tel. Cette limite d’âge n’est pas la même selon les différents statuts de fonction publique, elle diffère dans l’armée, l’enseignement, et tout un tas d’autres statuts, qui sont un système complexe et vécus par un nombre important de la population, comme injustes. Il faut rappeler qu’il n’y a pas un système commun de retraite pour toutes les personnes qui travaillent mais des régimes différents, qui sont organisés par catégorie professionnelle. Il y a le « régime général » qui concerne tous les salariés des entreprises non-agricoles, c’est celui de la Sécurité sociale, à la fois pour la retraite de base et l’ARRCO (Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés), pour leur complémentaire, les cadres étant, de surcroît, affiliés à l’association générale des institutions de retraite des cadres (AGIRC). Un salarié non-cadre a droit à deux retraites, un cadre a trois retraites.
Plein de régimes différents.
Dans le secteur agricole, les salariés relèvent de la mutualité sociale agricole. Pour ce qui concerne les artisans et les commerçants, pour leur retraite de base et complémentaire, il y a le régime du RSI (Régime social des indépendants). Si vous avez commencé votre carrière comme salarié puis comme commerçant, à la retraite, vous toucherez à la fois une pension du régime général, une de l’ARRCO, une du régime de base des travailleurs indépendants et la retraite complémentaire correspondante. Il y aura donc quatre retraites qui se cumuleront. On appelle le « taux de remplacement », le pourcentage touché par un salarié lorsqu’il passe de l’état d’activité à l’état de retraité. L’Observatoire de l’épargne européenne avait calculé que, pour un salarié non-cadre parti à la retraite en 2003, 83,6 % de son salaire lui était reversé comme revenu lors de son départ à la retraite. En 2020, cette même étude estime que le taux de remplacement sera de l’ordre de 75,6 % puis, en 2050, il tombera à 64,4 %. Lorsqu’il s’agit d’un cadre, le taux de remplacement était de 64,1 % en 2003, il va tomber à 55,5 % en 2020 et à 42,7 % en 2050. Cette baisse importante des revenus, très accentuée en ce qui concerne les cadres, incite des entreprises à mettre en place des régimes de retraites complémentaires, que l’on appelle souvent, même si c’est impropre, « retraite chapeau ».
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