Le livre noir des banques.
LITTÉRATURE
L’enquête réalisée sur les banques par l’association Attac et le site Basta! est édifiante. L’ouvrage dresse un très sombre panorama du secteur financier et la France n’est évidemment pas épargnée. Bien au contraire, le livre démontre à quel point il existe une connivence entre les hauts fonctionnaires de Bercy et les banquiers. D’ailleurs, ces derniers sont souvent issus du sérail technocratique de la haute administration, comme s’il s’agissait de les récompenser après quelques années de bons et loyaux services. Cet ouvrage collectif est un succès et Frédéric Lemaire, qui en est l’un des contributeurs, s’en félicite évidemment : «Cela fait partie des sujets qui sont difficiles à aborder pour le grand public, puisque ce sont des sujets assez techniques. Mais cela touche notre quotidien, notamment sur la question des frais bancaires ou de l’évasion fiscale, puisque cela concerne le budget de l’État». Premier constat, la connivence : «Quand vous êtes inspecteur des finances, à partir de 40 ans, vous plafonnez dans votre carrière, et l’une des suites possibles est d’aller pantoufler dans une banque. Or, on ne mord pas la main qui nous donnera à manger demain…» Ainsi, exemples à l’appui, l’ouvrage démontre à quel point la banque est un milieu extrêmement fermé où l’on vient pantoufler après une carrière de haut fonctionnaire…
Pour Frédéric Lemaire : «C’est un aspect particulièrement important en France. Nous avions la volonté de mettre des visages, car il y a effectivement des gens qui font carrière dans l’administration à Bercy, au ministère des Finances, et qui ont parfois intérêt à bien s’entendre avec le secteur bancaire au cours de leur carrière. On retrouve certains hauts fonctionnaires du ministère des Finances qui pantouflent à Bercy. C’est un point très important de l’enquête car cela pose un véritable problème démocratique. Le ministère des Finances a une responsabilité publique, celle de la régulation de l’activité des banques, et on voit qu’il y a un mélange des genres qui pose un vrai problème de contrôle démocratique sur le secteur bancaire et qui peut aboutir à des abus». Cette situation n’est pas propre à la France : «Une enquête a été faite aux États-Unis, dans l’entourage de Barack Obama, et on retrouve un phénomène similaire avec des anciens de Goldman Sachs dans l’entourage du président des États-Unis, y compris pour le conseiller sur les aspects financiers. Le discours consiste à dire qu’il faut des gens qui connaissent le métier, mais derrière cette justification de façade, on s’aperçoit que ce sont des gens qui ont gardé des réseaux dans les milieux financiers et qui peuvent être amenés à favoriser leurs anciens camarades, comme lors des plans de sauvetage où certaines banques ont été sauvées et pas d’autres».
L’enquête publiée dans «Le livre noir des banques» va plus loin puisque l’on découvre aussi que les banques savent bien s’accommoder avec le fisc : «Les banques paient de moins en moins d’impôts. Nous démontrons que les impôts des banques ont été divisés par 2,7 en vingt ans, alors que leurs activités ont considérablement augmenté. Tout cela sous le prétexte de la compétitivité du secteur bancaire français, qui serait le fleuron de l’économie française. L’autre problème, c’est le scandale Swiss Leaks. Une banque comme HSBC favorise l’évasion fiscale des particuliers et des entreprises en allant démarcher des clients pour les inciter à optimiser leurs impôts. C’est aussi de l’argent qui ne rentre pas dans les caisses de l’État et une injustice vis-à-vis des classes moyennes et des PME, qui paient plein pot le système fiscal à des taux très élevés. En face, les grandes entreprises ont une fiscalité très faible puisque des études ont montré que certaines multinationales ne payaient que 8% d’impôts». Par ailleurs, Frédéric Lemaire aborde le scandale des paradis fiscaux. Le livre explique que ce sont les établissements bancaires, avec les grands cabinets d’audit, qui ont fait de ces paradis fiscaux ce qu’ils sont aujourd’hui. Ils tiennent la plume des législateurs, jouent un rôle de courtiers de l’évasion fiscale, amenant au plus offrant, juridiquement et fiscalement, leur riche clientèle.
Frédéric Lemaire souligne que «le problème des banques est aussi celui de la justice fiscale, celui de l’austérité, puisque 60 à 80 milliards d’euros par an échappent à l’impôt à cause de l’évasion fiscale organisée par certaines banques. Cet argent ne rentre pas dans les caisses de l’État et on est obligé d’augmenter les impôts sur les classes moyennes. C’est un vrai problème budgétaire». Dans cet ouvrage, on découvre, chiffres et exemples à l’appui, le coût des banques pour la société, les nombreux conflits d’intérêts et les collusions incroyables. Pendant ce temps, comme Frédéric Lemaire le rappelle, elles ne font pas leur métier : «Les banques favorisent les activités de marché qui sont beaucoup plus lucratives, comme la spéculation, prêter de l’argent pour racheter des entreprises pour les dégraisser. Toutes ces activités sont bien plus rentables que le financement des PME et le tissu économique réel. Le financement des banques aux PME diminue considérablement et cela pose un véritable problème. La séparation des opérations de marché et du métier de banque de détail est une nécessité, car la banque de détail, c’est le vrai métier des entreprises». On peut dire que ce livre est une mine d’or et il permet opportunément de comprendre le véritable sens du terme «bankster» !
« Le livre noir des banques », ouvrage collectif réalisé par Attac et Basta !, est publié aux Éditions Les liens qui libèrent.
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