En mutation, Renault va élargir ses gammes et ses marchés.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. La semaine prochaine (numéro 783) : “Peugeot : après le rétablissement des comptes : quelles perspectives”. Bonne lecture !!!

Renault : l’ancien moribond est devenu conquérant. Il y a un peu plus de quinze ans de cela, Renault fermait, quasiment en catastrophe, l’usine de Vilvoorde, en Belgique. Le groupe était recentré, depuis les années 1980 sur l’Europe, il ne vendait qu’à peine plus de 10 % de ses volumes hors de notre vieux continent. A chaque fois que les ventes européennes toussaient, Renault s’enrhumait, au risque de la pneumonie.

Grâce au magnifique succès du Scenic, un vrai triomphe, avec cinq fois plus de ventes que ce qui avait été prévu, Renault a pu, en quelques années seulement, mettre de côté une somme conséquente, qui fut utilisée pour racheter Nissan, via une augmentation de capital réservée de 30 milliards de francs environ (4,5 milliards d’euros), en 1999. Renault a envoyé le « docteur » Carlos Ghosn pour se mettre au chevet de Nissan… le redressement a été rapide, efficace, essentiellement en utilisant des effets de levier classiques tels que la fermeture d’usines, la réduction des strates hiérarchiques, la vente de tout un tas de participations dans un réseau de fournisseurs… et l’uniformisation des marques, sans oublier, pour l’Europe, la mise du réseau Nissan sous la coupe du réseau Renault, avec un financement des ventes assurées par l’ancienne Diac, devenu Renault Crédit International. Nissan était distancé au Japon par Toyota, et même rattrapé par Honda.

Nissan n’était pas présent en Chine, Nissan n’était pas présent en Afrique, en Amérique du Sud et, en Amérique du Nord, sa gamme ne connaissait pas le succès, avec tout juste 2 % de pénétration. Renault a eu comme priorité, une fois Nissan remis sur ses pieds, de développer Nissan en Amérique du Nord et de l’implanter en Chine. Ce développement, sur deux marchés où la marque Renault n’était pas présente, explique que Nissan vende actuellement 2,5 millions d’unités de plus chaque année que sa maison-mère, qui n’est ni présente en Amérique du Nord ni présente en Chine, sauf de façon embryonnaire. Le redressement de Nissan ayant particulièrement enhardi Renault, le groupe s’est attelé à récupérer Lada, en prenant, au début de 1998, une participation d’un peu plus de 25 % dans le constructeur russe, pour 1 milliard de dollars. 


Le renouveau, à partir de la plate-forme P0.


Il fallait également refaire les gammes de Renault, et, de surcroît, travailler sur l’extension de la gamme de Dacia, reprise et redressée avec succès, grâce à la plate-forme « P0 », avec notamment le lancement du Duster, du Dokker, et du Lodgy. Renault s’était implanté en Inde, construction d’une usine toute neuve, avait décidé de construire une nouvelle usine également au Brésil, y doublant ses capacités, et s’était implanté à Tanger, dans le Nord du Maroc, là encore, avec une usine toute neuve d’une capacité de plus de 300.000 unités annuelles. Du coup, lorsqu’il y a eu une crise bancaire fin 2008, Renault a été à deux doigts de déposer le bilan, à court de liquidités… Désormais, tout va bien, et les gammes se complètent, sur des plates-formes désormais totalement communes avec Nissan, une intégration industrielle qui sera presque totale vers 2020, avec dix ans d’avance par rapport à ce qui fut réalisé par PSA Peugeot Citroën pour intégrer industriellement ses deux marques Peugeot et Citroën. Renault innove, en direct ou concomitamment avec sa filiale Nissan, qui vient de présenter successivement des innovations aussi fortes que des peintures autonettoyantes, ou encore des peintures luminescentes, cela n’est pas technique, mais cela peut révolutionner les usages, changer complètement les attitudes des consommateurs. Après avoir frôlé la correctionnelle, fin 2008, Renault s’est désendetté, dès que possible, en vendant les actions Volvo (camions et autobus), issues de la cession de son ancienne filiale poids lourds, quelques années auparavant. Du coup, l’heure n’était plus à la restriction des dépenses, mais à un retour de l’offensive. Les comptes de 2014 commencent à le démontrer, mais l’amélioration sera beaucoup plus importante dans les comptes de 2015, ceux de 2016 et des années qui suivront. En effet, d’ici à 2020 ou 2022 au plus tard, Renault sera repassé à l’offensive, couvrant tous les segments du marché de l’automobile (VP et VUL), et tous les débouchés mondiaux, Amérique du Nord et Chine comprises, alors que Renault n’est aujourd’hui présent réellement que sur une toute partie du marché mondial, à peine 55 % des débouchés potentiels. Lorsque l’on regarde les comptes de Renault, on se trompe, en ne comptant que Renault seul !

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