Spir et Solocal : du papier aux électrons, une mutation.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives ,sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. La semaine prochaine (numéro 782) : “Renault peut-il perdre sa chemise en Russie ?”. Bonne lecture !!!
Y-a-t-il une vie après la mort de la presse gratuite? Avec Internet, qui touche désormais 56 % de la population mondiale et pas loin de 100 % de la population française, des métiers anciens ont évolué, d’autres sont morts. C’est le cas, notamment, de l’édition de petites annonces, qui avait, dans les années 1980 et 1990, culminé avec plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires, chaque année, sur l’ensemble du territoire hexagonal. Le principe était relativement simple : des éditeurs, souvent issus de la presse régionale, publiaient des journaux de petites annonces, qui étaient diffusés, dans tous les foyers, et qui étaient très lus, pour choper les « bonnes affaires », telles qu’une voiture d’occasion, un tas de bois pour la cheminée, ou encore une pièce détachée à vendre, un meuble ancien… Les petites annonces étaient soit payantes soit gratuites, et elles formaient l’essentiel de l’intérêt de la lecture desdits journaux, il fallait imprimer des journaux, il fallait les distribuer, entourés de grandes colonnes de petites annonces, il y avait beaucoup de placards publicitaires, de la part des professionnels, ce qui apportait la crème, l’immense rentabilité du secteur.
Bien évidemment, ce maillage territorial permettait de récupérer les petites annonces au guichet, dans des locaux qui appartenaient souvent aux quotidiens régionaux, et qui pouvaient avoir d’autres usages, tels que des agences de voyages, où les correspondants de presse déposaient leurs articles, leurs comptes rendus de matches sportifs, pour le quotidien en question. Ce n’est donc pas un hasard si Spir Communication, filiale du groupe Ouest France, il y avait de véritables synergies, pour un groupe éditeur de journauxquotidiens (surtout dans l’Ouest), ou hebdomadaires (un peu partout dans le Nord de la France), que d’avoir des journaux gratuits, y compris dans le Sud, région d’origine du groupe Leoni, qui avait prospéré dans ce genre de marché.
Journaux d’annonces disparus, les distributeurs restent.
Comme il fallait distribuer ces journaux gratuits dans les boîtes aux lettres, une immense armée logistique a été mise en place, qu’il s’agisse de celle de Spir, de celle de la Comareg (ex-groupe Hersant), celle du groupe Carillon (groupe du journal Sud-Ouest), ou encore quelques petits acteurs locaux. Les étudiants, ou les retraités, étaient friands de ces métiers complémentaires, faiblement rémunérés, mais apportant un peu de beurre pour rajouter sur la couche d’épinards, avec des horaires non fixes, la plupart du temps. A travers ce système de distribution dans les boîtes aux lettres, les grands groupes de presse gratuite ont développé une forte connaissance territoriale, et, pour certains d’entre eux, ont essayé de profiter de l’ouverture à la concurrence de la distribution postale (lettres de plus de 100 g et colis), pour s’engouffrer sur le marché de la distribution adressée. Cela fut une erreur, car le développement de l’Internet a fusillé à la fois le marché de la presse gratuite hebdomadaire et celui de la distribution de courrier. Les factures sont aujourd’hui souvent envoyées sous forme de courrier électronique, ou accessibles, comme les relevés bancaires, sur la page client du site Internet de l’entreprise concernée. Les factures sont imprimées à domicile, lorsque les gens veulent les conserver, ou rangées dans un « coffre-fort électronique ». La distribution de courrier adressé est en berne, elle recule de 3 à 5 % par an en moyenne depuis désormais pas mal de temps, avec une pointe, certaines années, à moins 6 ou à moins 7 %. La presse gratuite d’annonces, pour sa part, a d’abord baissé, au rythme de moins 40 % par an, puis a disparu, car il était beaucoup plus pratique de poser soi-même une petite annonce sur « leboncoin.fr » ou tout autre site de petites annonces, après quelques minutes, pour la modération et la relecture, l’annonce est en ligne, quelques dizaines de minutes plus tard, les premiers clients intéressés appellent, c’est rapide, c’est le progrès. Faute de masse d’annonces, vu que ces annonces étaient souvent obsolètes (l’appartement à louer étant loué, le canapé étant vendu…), les journaux gratuits n’avaient plus d’utilité, ils sont morts, ou ils ont été obligés de se transformer.
Sept années de transformation permanente s’achèvent.
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