BNP Paribas : le "parrain" du capitalisme français.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Les semaines prochaines (numéro 779 à 781) :“Le grand bankstérisme déshabillé, révélations sur Crédit Mutuel-CIC, BNP Paribas, Crédit Agricole-LCL, Société Générale, comptes truqués risques et Cie”. Bonne lecture !!!
BNP Paribas : les copains d’abord! A tout saigneur tout honneur… BNP Paribas, juste derrière le fumeux Crédit à bricoles, est certainement le plus gros bankster français, celui qui saigne presque 8 millions de clients, entrepreneurs, particuliers, artisans et commerçants, un peu partout dans l’hexagone, mais aussi en Belgique et au Luxembourg, en Italie… Et, de façon plus modeste, aux Etats-Unis, où le groupe dispose de 3,5 millions de clients dans sa filiale BancWest. BNP Paribas se comporte en saigneur dans les faits, mais voudrait être considéré comme un seigneur, pour l’opinion publique, alors que, dans la réalité, les comportements des dirigeants de BNP Paribas sont tout sauf neutres, et, pour certains, ils sont proches de la grande mafia du bankstérisme organisé. Ce n’est point un hasard si Michel Pébereau, ancien PDG de BNP Paribas, a longtemps été considéré comme le « parrain » du capitalisme français. Au début de l’année 2009, alors que Christian Streiff, à l’époque président du directoire de PSA Peugeot Citroën, avait osé dire, dans un entretien au journal « Le Monde », (quotidien subventionné pendant très longtemps par BNP Paribas), qu’il n’y avait pas de crise de l’industrie automobile mais qu’il y avait eu une crise bancaire et que la suppression des financements était venue de cette crise bancaire… Pébereau, subito, a très clairement imposé à Thierry Peugeot, président du Conseil de surveillance, le limogeage de cet impertinent, qui osait dire des vérités, et publiquement.
Des dirigeants très “politiques”.
Ce comportement n’est pas du tout nouveau. Alors que BNP Paribas ne s’appelait que BNP, Banque Nationale de Paris, en 1993, lors du gouvernement Balladur, plutôt que de privatiser le Crédit Lyonnais, par recapitalisation sur le marché, ce qui était légal à l’époque, dans les normes européennes et aurait permis au Crédit Lyonnais de se sortir de la crise, la tête haute, avec toutes ses filiales étrangères, la BNP, qui avait des relations politiques, a imposé, par la voix de son chef, Michel Pébereau, un passage en force dans le seul créneau de privatisation bancaire, une cotation, alors que la BNP Paribas avait, à l’époque, soldé pendant encore plusieurs autres années les coûts de la crise immobilière, mis sous le tapis, un peu à la manière du Crédit Lyonnais, ce qui a plafonné ses résultats pendant encore presque trois années. Il fallait être coté en Bourse, le plus rapidement possible, il fallait être privatisé… pour croquer Paribas et, si possible, la Société Générale, dans le cadre d’une OPA à plusieurs tiroirs, visant à créer la « très grande banque » française. N’ayant récupéré qu’un peu plus de 30 % du capital de la Société Générale, la BNP s’est contentée de Paribas pour forger BNP Paribas, le premier groupe bancaire privé français, spécialisé dans la banque de détail (plus de 60 % du chiffre d’affaires), une activité très rentable, au-delà de la banque de financement et d’investissement (un cinquième du chiffre d’affaires environ), et de la gestion institutionnelle et privée, de l’assurance (un sixième de l’activité de BNP Paribas). BNP Paribas est un grand bankster, qui a, en refusant d’évaluer des fonds d’investissement, à l’été 2007, déclenché la crise dite des subprimes.
Près de 40 milliards € perdus en six ans, amendes comprises.
Cela n’a pas empêché BNP Paribas de s’en prendre « plein la figure » avec un coût du risque de 8,4 milliards d’euros environ en 2009, d’encore 4,8 milliards en 2010 et de 6,8 milliards environ en 2011. Depuis, les méthodes de provisionnement ont été affinées, les portefeuilles de créances réduits, BNP Paribas a des pertes sur créances moindres, mais qui restent néanmoins importantes. Ce ne sont pas les 21 millions environ de clients banque de détail qui génèrent des pertes chez BNP Paribas. Il faut savoir que BNP Paribas gagne de l’argent sur cette activité banque de détail, de manière récurrente. BNP Paribas aura publié ce 5 février ses résultats annuels, je vous conseille donc d’écouter l’audiotel, au 0899702999, pour avoir tous les commentaires, tous les détails, toute la présentation et des conséquences qu’il convient d’en tirer. Je rappelle que ce numéro est imprimé dans la nuit du mercredi au jeudi, il n’y a donc pas possibilité d’avoir connaissance des résultats au moment où cette étude est rédigée. L’année 2014 a été une année difficile pour BNP Paribas, puisque l’entreprise, ne l’oublions pas, a été obligée de sortir une très grosse amende cash au profit des administrations américaines, du fait de fraudes sur la gestion du dollar, fraudes répétées, manifestes, concernant des transactions avec des pays sous embargo américain, aggravées par des avertissements directs qui avaient été annoncés à BNP Paribas par différents dirigeants et diplomates américains, en son temps. Bien évidemment, dans ce genre de chose, il y a même des soupçons de délits d’initiés puisque, alors qu’ils étaient au courant de l’ampleur des exigences judiciaires nord-américaines, certains dirigeants ont exercé des options, vendues des titres, sans que le marché n’ait connaissance de l’ampleur exacte des amendes potentiellement à subir par BNP Paribas. Une enquête est en cours, il y a bien sûr présomption d’innocence, ceci dit, certains pensent qu’il y a aussi présomption de culpabilité, utilisation privilégiée d’informations pour des profits individuels.
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