DGSE : un agent sort de l’ombre.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Pierre Martinet est le plus médiatique de nos anciens agents secrets. Autrefois membre du fameux Service Action de la DGSE, il a publié plusieurs livres dont «DGSE : Service Action. Un agent sort de l’ombre», «Cellule Delta» et «Opération sabre d’Allah». Pierre Martinet mène un véritable travail de pédagogie, depuis quelques années, pour nous alerter sur les menaces terroristes. En effet, les Français se sont rassemblés autour du slogan « Je suis Charlie ». Mais, pour Pierre Martinet, le plus important, c’est de prendre réellement conscience de ce qui nous menace : «Je suis très heureux de voir que l’on applaudit les CRS, les tireurs d’élite du RAID, les gendarmes et les militaires. C’est génial, j’ai beaucoup d’amis dans la police et je trouve cela extraordinaire. Maintenant, est-ce que l’ensemble de la population et nos dirigeants se rendent bien compte de ce qui se passe ? La grande complexité de cette guerre, c’est qu’il a fallu Mohammed Merah, les frères Kouachi et Coulibaly pour se dire qu’il se passait quelque chose… Notre spécialité, depuis des années en France, car je travaille sur les groupes islamistes depuis des années, consistait à se dire que tout allait bien. On prenait quelques mesurettes ici ou là et on priait le bon Dieu pour qu’il n’y ait pas d’attentats majeurs en France... C’est aujourd’hui le cas et le réveil est très douloureux. Maintenant, il va falloir écouter les gens de terrain. Tous les analystes ont mis les signaux au rouge depuis des années, notamment depuis 1994 lors de la prise d’otages de l’Airbus d’Air France en Algérie, avec la libération des 180 otages à Marignane. Nous avons travaillé au sein du Service Action de la DGSE essentiellement sur ces groupes en les surveillant et en les neutralisant. Au fil des années, on a vu la montée en puissance de ces groupes. Le 11 septembre, c’est un échec retentissant des services de renseignements occidentaux parce que l’on s’est aperçu que les terroristes avaient toujours un temps d’avance sur nous, car ils préparaient leurs coups dans l’ombre. Il est important de se poser et de se rendre compte que nous n’avons pas les moyens de nos ambitions. Il faut mettre plus de volonté politique et de financement au service des unités de renseignements et des unités qui combattent dans l’ombre tous ces réseaux terroristes. Toute l’année, il y a des femmes et des hommes, dans les services de renseignements français, qui sont à l’étranger et qui surveillent et nous préviennent contre ce fléau».

Pierre Martinet revient sur le fameux slogan « Pas d’amalgame » car, tout le monde doit l’admettre, il y a effectivement un rapport avec le monde musulman : «Le langage politique est aujourd’hui d’une hypocrisie à toute épreuve. Le dimanche, on entend le ministre des Affaires étrangères reprendre un journaliste en lui disant : «Il ne faut pas parler d’islamistes, car cela fait un amalgame avec les musulmans…» Le lendemain, le Premier ministre, Manuel Valls, a nommé l’ennemi et il a parlé de guerre contre le terrorisme, contre le djihadisme et contre les islamistes. Bien entendu, il faut nommer l’ennemi ! Quand nous étions derrière les groupes islamistes, nous ne disions pas que nous étions en guerre contre des terroristes. Cela ne veut rien dire, car le terrorisme est une action menée par des groupes, c’est une action de guérilla. Certains journalistes me disent qu’il ne faut pas employer le terme de guerre, parce que cela terrorise la population. Mais au Mali on fait la guerre, en Afghanistan on fait la guerre, en Irak on fait la guerre… Les groupes islamistes nous ont déclaré la guerre, donc on fait la guerre ! Aujourd’hui, la guerre est importée de façon clandestine sur notre territoire par des actions de guérilla. Les trois personnes qui ont attaqué la France étaient équipées comme des militaires, avec des armes de guerre, et elles ont utilisé leurs armes avec une dextérité digne des militaires entraînés… Nos policiers tirent 30 cartouches par an avec des armes obsolètes face à celles des djihadistes. Donc, il ne faut pas faire d’amalgame, il ne faut pas stigmatiser, mais il faut aussi nommer l’ennemi : nos ennemis, ce sont les djihadistes islamistes qui se revendiquent d’un islam radical. J’ai été enlevé par eux en Libye et ils m’ont dit : «Le vrai islam, c’est le nôtre. L’islam occidental n’est pas le vrai islam…» Ils ont certainement tort, mais il faut les prendre en compte. On ne peut pas mener une guerre sans nommer précisément l’ennemi. Nos gouvernements successifs ne veulent pas le nommer et c’est ce qui provoque la stigmatisation et l’amalgame de la part d’une majorité de Français qui sont assez profanes dans ce domaine».

Alors, que faire pour contrer cette nouvelle menace ? Pour Pierre Martinet, «dans les années 90, il y avait les réseaux GIA, qui étaient essentiellement maghrébins, et nous les avons surveillés partout dans le monde. On a aussi surveillé toutes les salles de prières clandestines… C’était assez simple. Après le 11 septembre, on a eu un phénomène de réseaux dormants qui s’est mis en place et c’est beaucoup plus compliqué à surveiller. Enfin, le troisième phénomène est impossible à surveiller : c’est celui de l’auto radicalisation via les réseaux sociaux. Ce sont des gens qui se radicalisent et qui peuvent aller dans la rue avec un couteau de cuisine. C’est impossible à prévenir. Premièrement, il faut enfin donner des moyens supplémentaires aux services de renseignements français. En deux ans, les djihadistes sont passés de 30 à plus de 1200 ! Les effectifs de la DGSI vont augmenter de 432 personnes sur cinq ans. Cela ne suit pas ! Ensuite, il faut augmenter les effectifs de la DGSE. Il nous faut beaucoup d’hommes sur le terrain pour chercher, recruter et retourner des sources. Enfin, il nous faut un Patriot Act à la française ! J’entends déjà certaines personnes crier que c’est une atteinte aux libertés individuelles. J’estime qu’il faut adapter le Patriot Act à notre culture en impliquant tout le monde. Chaque Français peut être un agent de renseignements en prévenant du changement d’attitude de telle ou telle personne, ou de la radicalisation de telle ou telle personne. Il ne s’agit pas juste de se réunir un dimanche place de la République... C’est un combat quotidien ! Il faut aussi réunir tous les acteurs privés de la sécurité dans la lutte contre le terrorisme islamique». Pierre Martinet, ancien agent de la DGSE, connaît parfaitement son sujet, ses différents livres permettent de mieux s’informer sur les mystères de ce monde en profonde mutation et sur les nouvelles menaces qui pèsent sur nos sociétés démocratiques.

« Un Agent sort de l’ombre : DGSE Service Action » de Pierre Martinet est disponible en livre de Poche « Cellule Delta » de Pierre Martinet est publié chez Flammarion.

« Cellule Delta : Opération Sabre d’Allah » est publié aux Editions du Rocher.

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.