Les secrets cachés du "Crédit à bricoles".

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Les semaines prochaines (numéro 779 à 781) : “Le grand bankstérisme déshabillé, révélations sur Crédit Mutuel-CIC, BNP Paribas, Crédit Agricole-LCL,Société Générale, comptes truqués risques et Cie”. Bonne lecture !!!

Très récemment, les 39 caisses régionales du Crédit Agricole ont adopté un même système informatique. En théorie, il s’agit de faire des économies, en pratique, il s’agit de mettre un pied dans le « Big Data ». La banque a adopté un logiciel exploitant les données de ses clients, en théorie pour leur proposer des produits pertinents, en réalité, cela lui permet de vous espionner, si vous êtes client au Crédit Agricole, en fonction de vos achats, de vos dépenses, voire même de vos déplacements… On y reviendra. La banque « verte » est en train de tester dans ses caisses régionales d’Ile-de-France, du Nord-est et du Nord de la France, un produit basé sur la haute technologie, sur l’utilisation fine de vos données, afin de franchir une frontière technologique, afin d’être un outil d’assistance, au quotidien, des conseillers bancaires, qui sont devenus exclusivement des vendeurs, commissionnés sur cette base, et recrutés, le plus souvent, en fonction de leurs capacités de vente et non plus de leurs connaissances juridiques ou techniques du système bancaire.

Très légalement, une banque doit stocker beaucoup d’informations sur ses clients, des informations d’ordre commercial mais aussi d’ordre réglementaire. Il faut pouvoir répondre aux questions du fisc, il faut pouvoir répondre aux questions de l’AMF… pour ne prendre que ces deux exemples bien connus, mais il faut aussi, ne l’oublions pas, restituer, en cas de besoin, beaucoup d’informations lorsqu’il y a des demandes, comme notamment de sources policières. Au début, ces données étaient un coût, par leur stockage, par leur mise en place. 


Le bankster se met au “big data”.


Désormais, le Crédit Agricole utilise le CRM (en anglais Customer Relationship Management), et a acheté à IBM le logiciel Unica, qui est capable de traiter ces données, avec des machines hyperpuissantes, très fines. Le « robot » mis en place par IBM va procéder à la distribution d’offres directement adressées aux clients de la banque, quelque chose de beaucoup plus personnalisé que les publipostages massifs d’antan. On essaiera d’aller le plus rapidement possible, le plus directement possible, avec des offres prêt-à-signer, sous forme de contrats, qu’il sera même possible de parapher via la signature électronique. On pousse les clients, massivement, à acheter des produits que l’on pense leur convenir… même s’ils ne leur conviennent pas. En théorie, les 39 caisses régionales sont des banques mutualistes, respectueuses de la vie du sociétaire, théoriquement propriétaire. En réalité, les assemblées générales des caisses locales sont des chambres d’enregistrement, l’applaudissement est obligatoire, on y vient pour rencontrer les voisins, pour bénéficier d’une choucroute ou d’un pot gratuit, et pour faire plaisir à son « conseiller clientèle », qui n’oublie jamais de vous rappeler le rendez-vous, si vous l’aviez oublié, lorsque vous le contactez pour faire passer un « petit découvert ». L’unanimité des caisses locales donne l’unanimisme dans les caisses régionales… la machine est bien huilée, il n’y a pas de voix discordantes, et le Crédit Agricole SA, bien que filiale à hauteur d’environ 58 % des caisses régionales, à structure mutuelle, dont il ne détient que 25 % du capital, fait comme il veut, pour ses gaspillages par milliards d’euros, voire par dizaines de milliards d’euros, sans aucun véritable outil de contrôle. Le Big Data, c’est véritablement simple. Lorsque l’on s’aperçoit, via les relevés de cartes bancaires, que tel ou tel client du Crédit Agricole utilise souvent l’autoroute, et qu’il visite de nombreuses régions, il recevra, par une sorte d’offre personnalisée, une proposition d’abonnement au magazine « Détours en France » qui est spécialisé dans le tourisme, un concurrent du journal Geo, du groupe allemand Prisma Presse.


Vos dépenses passées au peigne fin...

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