Relever la France, les dix remèdes.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

En relisant le livre de Guy Lardeyret, président de l’Institut pour la démocratie, qui n’a jamais fait l’objet d’un article dans la présente rubrique, force est de constater qu’il reste terriblement d’actualité alors qu’il a été publié il y a déjà plus de trois ans. En effet, tout le monde se demande comment notre pays va évoluer au cours des prochaines semaines, les Français attendent des mesures concrètes, et la mobilisation nationale autour du drame de Charlie Hebdo entraîne une exigence plus forte vis-à-vis des politiques. Or, il y a quelques mois, au cours d’une conversation avec Guy Lardeyret, nous avions évoqué ce que l’on pourrait qualifier de mal français : « Ce qui m’a frappé à l’origine, c’est la raison pour laquelle j’ai créé avec quelques amis universitaires l’Institut pour la démocratie, c’est de constater que les hommes politiques ne savaient pas quoi faire. Tout ce qu’ils proposent, c’est ce que l’on appelle des réformettes ou des mesurettes, sans s’attaquer aux problèmes de fond. À l’époque, on parlait déjà de la réforme de l’État, mais on ne savait pas très bien quel sens donner à cette expression. D’ailleurs, chaque nouveau gouvernement rajoutait à l’intitulé du ministère de la Fonction publique «et de l’État».

Comme si l’État, c’était les fonctionnaires… En fait, on n’avait pas vraiment mené une réflexion approfondie sur les causes du mal, le fameux mal français. Je suis parti de l’idée qu’il y avait la nécessité de faire un audit du système politique. C’est bien un système global qu’il faut analyser et on ne le fait pas du jour au lendemain. Cela demande un investissement en matière grise avec des gens qui ont un certain recul par rapport à l’actualité». Guy Lardeyret est bien placé pour évoquer ces questions puisqu’il dirige l’Institut pour la démocratie qui publie des études passionnantes dans le domaine de la réforme des institutions. Cet ouvrage est aussi le fruit d’une longue réflexion collective : « Je prétends que dans la chaîne de décision politique, il y a un maillon manquant. Il devrait y avoir un travail de réflexion avant de prendre une décision. Les hommes politiques naviguent à vue, ils prennent des décisions dans l’instant, essentiellement sous la pression des médias, d’ailleurs. L’opinion publique est forgée par les journalistes, ce sont des gens très bien mais ils ont comme caractéristique d’être un peu superficiels, ce qui est normal puisqu’ils vivent l’actualité dans l’instant, donc le système tourne en rond». Par exemple, «quand je discute avec des hommes politiques, on s’aperçoit qu’ils n’arrivent pas à faire la distinction entre le souhaitable et le possible. Quand on leur dit ce qu’il faudrait faire, ils répondent : « Ce n’est pas possible ».

Or, ils ne demandent pas ce qui est possible, mais ce qui est souhaitable. Ce qui est souhaitable, c’est à eux de le rendre possible en essayant de convaincre les gens de ce qu’il faudrait faire. Ils répondent ensuite : «L’opinion publique n’accepterait pas cela…» D’abord, cela reste à voir, mais ce n’est pas une réponse, car l’opinion publique a vraiment besoin d’être éclairée». Le vrai problème, c’est aussi l’absence de véritables conseillers hors du moule de la fonction publique : «Ce qui est certain, c’est que les hommes politiques n’ont pas de programme. Ensuite, on s’aperçoit que l’on retombe dans des réformettes, celles que l’on retrouve dans les médias, généralement des choses qui ne touchent pas aux problèmes de fond. Toujours pour la même raison, il y a un maillon faible dans la chaîne de décision politique. Dans une petite entreprise, quand il y a un problème, vous commencez par vous interroger sur le problème. Une fois que vous avez identifié le problème, vous cherchez quelqu’un capable de le résoudre. C’est ce que j’appelle un ingénieur. Le maillon du conseiller existe, on arrive à peu près à identifier la nature du problème, mais on n’a personne que l’on peut interroger en lui demandant comment résoudre le problème. Je ne dis pas que cela doit être seulement une seule personne parce que, précisément, la concurrence doit jouer à ce niveau. Mais le problème, c’est que les hommes politiques ne sont pas du tout informés des solutions possibles. Donc, il font des moulinets pendant la campagne électorale avec des idées extrêmement générales et lorsqu’ils arrivent au pouvoir, ils se précipitent vers l’administration et les fonctionnaires en leur demandant des rapports…»

Mais ce n’est pas tout, entre idéologie et pragmatisme, le politique doit faire son choix dans les chemins du possible : «Quand on parle du libéralisme, on fait référence essentiellement à la concurrence économique, alors que c’est un système. Ce que l’on appelle le capitalisme, c’est un mot piège, c’est tout simplement l’économie de marché, c’est-à-dire l’ordre économique dans un régime démocratique. Donc, il faut faire très attention au choix des mots, car ils peuvent nous entraîner sur des raisonnements faux. Ce que je veux dire, c’est que le travail de réflexion, en amont de la décision politique, est extrêmement superficiel. Aujourd’hui, les problèmes politiques sont beaucoup plus complexes qu’autrefois, on devrait investir dans la matière grise politique, mais le problème c’est que cette activité n’est pas rémunérée. J’ai proposé à des hommes politiques de faire leur programme, il y a même eu un président de la République, et ils me répondaient : «On ne peut pas vous payer !» Donc, ils étaient obligés de faire appel à des hauts fonctionnaires. Mais cela ne donne pas le même résultat ! Les hauts fonctionnaires proposent toujours des solutions de nature étatique et c’est pour cette raison que l’on réglemente toujours autant. En France, on croit qu’il faut réglementer dans tous les domaines…»

Alors, que faire ? Guy Lardeyret a beaucoup travaillé sur différentes mesures essentielles, mais il les résume en deux points : «La première, c’est la réforme des collectivités territoriales, nous avons dix étages et j’explique que l’on pourrait passer de dix à trois. L’autre réforme importante porterait sur le système de la protection sociale, qui est une véritable catastrophe. À la suite d’une propagande qui continue, on fait croire aux Français qu’ils ont le meilleur système de protection sociale, on est dans un sujet complètement tabou». Cet ouvrage de Guy Lardeyret est plus que jamais d’actualité et c’est pour cette raison que nous le présentons cette semaine. Il s’adresse évidemment à tous ceux qui s’intéressent à la politique et, en premier lieu, aux élus…

« Relever la France, les dix remèdes » de Guy Lardeyret est publié par l’Institut de la Démocratie.

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