Le vice-président de la délégation parlementaire au renseignement estime que le retour à la nation est une nécessité dans un monde globalisé
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Jacques Myard, député UMP des Yvelines : « Si l’on veut éviter la guerre civile dans certaines banlieues, il est urgent que l’État reprenne la maîtrise du destin national. »
Jacques Myard est maire de Maisons-Laffitte, député UMP des Yvelines et vice-président de la délégation parlementaire au renseignement. C’est un entretien passionnant qu’il nous a accordé après la publication du dernier rapport du Parlement sur ce sujet. Jacques Myard évoque le renseignement, la lutte contre le terrorisme et les nouveaux équilibres internationaux.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous êtes le vice-président de la délégation parlementaire au renseignement. Dans votre dernier rapport, vous insistez sur la nécessité de se montrer très prudent lorsque l’on évoque des projets professionnels dans un train ou dans un avion… Vous soulignez aussi l’importance de protéger son matériel informatique quand on se trouve dans un hôtel à l’étranger… Cela fait des années que l’on entend formuler un tel discours, mais on a l’impression qu’il n’est pas toujours suivi par les cadres des grandes entreprises françaises…
Jacques Myard : C’est vrai, on a parfois le sentiment que les services prêchent dans le désert... En matière de sécurité économique, il faut bien comprendre que nous n’avons pas d’amis et que nous sommes dans un monde concurrentiel. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas que les Russes et les Chinois qui nous espionnent, mais aussi nos partenaires plus directs, qui sont pris parfois la main dans le sac… Ils essaient de connaître un certain nombre de renseignements économiques et des informations sensibles. Nous ne sommes pas dans un monde de Bisounours, nous sommes tous en concurrence... On ne peut pas évidemment citer tel ou tel pays, mais il faut savoir qu’il y a des partenaires européens qui viennent essayer de savoir ce que les entreprises françaises ont dans le ventre. Le rapport de la délégation au renseignement épingle aussi certaines administrations, notamment Bercy, qui est véritablement une maison de verre pour un certain nombre de services étrangers,car ils ne prennent pas de précautions suffisantes. Ils n’utilisent pas les renseignements économiques de manière coordonnée afin que nous puissions, à partir des renseignements recueillis par nos services, permettre une offensive française. Nous avons beaucoup de travail à faire, notamment dans l’ensemble des ministères français, mais aussi dans les sociétés françaises. Je ne parle pas des grandes sociétés qui ont l’habitude de se protéger à l’international et aussi d’utiliser les renseignements qu’elles peuvent avoir pour monter une stratégie, mais on a le sentiment que dans les PME on joue encore avec beaucoup de naïveté…
L’intelligence économique, ce n’est pas simplement la collecte d’informations ouvertes, il suffit de se mettre sur Google et d’accéder à une bonne documentation, c’est aussi l’utilisation de moyens discrets, légaux évidemment, mais qui permettent de bâtir une stratégie. L’intelligence économique nécessite encore de se développer très fortement, car nous avons des progrès à faire. La délégation pour le renseignement est une commission qui existe depuis deux mandatures et elle est commune au Sénat et à l’Assemblée nationale. C’est une commission permanente. Nous avons commencé par suivre les opérations des services et, avec la loi de programmation militaire, nous exerçons un contrôle sur les services. Nous avons réussi à passer de cette notion de suivi à celle de contrôle en créant des relations de confiance vis-à-vis des services. Il y a une communauté du renseignement, qui est composée des six grands services républicains de renseignements mis à la disposition du gouvernement et du président de la République, c’est un vrai service public. Tout cela concerne la lutte contre la cyber attaque, l’espionnage économique et la sécurité de la nation au sens large.
L’espionnage implique un facteur humain qui concerne tout le monde… Deux restaurateurs installés dans la même rue peuvent être amis, mais chacun va quand même espionner le menu de l’autre pour voir ce qu’il propose et à quel prix… Il n’est donc pas étonnant que même des pays amis s’espionnent mutuellement…
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