Un universitaire analyse les atouts, les inconvénients et les pièges du crowdfunding

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Eric Stéphany, directeur de l’IAE Toulouse :  « Une campagne réussie, c’est 30% des fonds demandés réalisés dès la première semaine. »

On parle beaucoup du crowdfunding, c’est un sujet très à la mode. Le financement des entreprises via cette technique va se multiplier au cours des prochaines années. Eric Stéphany, maître de conférences et directeur de l’IAE de Toulouse, vient de publier avec sa collègue Véronique Bessière le premier ouvragecomplet sur le crowdfunding. En effet, il s’agit d’un mode de financement qui connaît un succès croissant à travers le monde. Il se décline en quatre modèles : le don, le don avec récompenses (rewards), le prêt et l’achat de participations (equity). Ainsi, par l’intermédiaire d’une plate-forme internet et via les réseaux sociaux, les membres interagissent, votent, accompagnent et participent financièrement à un projet. Le crowdfunding concerne des secteurs d’activité très divers : des projets culturels ou solidaires, des projets de création et de développement d’entreprises, tous portés par un esprit de communauté 2.0. Il est soutenu par de nouvelles législations qui institutionnalisent l’émergence et le développement de cette nouvelle industrie de financement. Dans cet ouvrage, les auteurs explorent aussi les enjeux et les risques de cette nouvelle industrie, notamment la création de valeur qu’elle apporte aux projets, ainsi que le rôle de ce que l’on appelle la foule («crowd») des internautes «followers», qui devient déterminante dans la sélection des projets. Eric Stéphany répond à nos questions.« Le crowdfunding » de Véronique Bessière et Éric Stéphany est publié aux Éditions de Boeck.


L’Hebdo-Bourseplus : Le crowdfunding constitue-t-il une révolution dans le financement de l’innovation ?


Eric Stéphany : Quand on aborde le financement de l’innovation, il faut toujours se mettre dans une perspective historique et le crowdfunding n’est pas forcément quelque chose de nouveau. Il y a déjà eu des aventures entrepreneuriales financées par le financement participatif. Par exemple, la Tour Eiffel a été financée par une opération de financement participatif : en échange d’un bon, pour financer la construction de la Tour Eiffel, on avait un ticket d’accès à l’Exposition universelle. Ensuite, il y a eu des expériences de crowdfunding dans les années 90, principalement dans le milieu de la musique, avec des groupes de rock qui ont fait appel à leurs fans pour financer l’enregistrement de leur nouvel album. Le crowdfunding est un ensemble de pratiques, plutôt hétérogènes, avec des leviers de développement plus ou moins importants. Par exemple, le don avec récompense est le modèle emblématique. Celui qui pose le plus d’interrogations, à mon sens, reste le lending, c’est-à-dire le prêt. Enfin, il y a le financement traditionnel des jeunes pousses : cela peut être à travers une holding qui regroupe les actionnaires, ou la participation individuelle en fonction des montants versées. Effectivement, nous sommes dans une forme de révolution, puisque nous abordons une autre logique d’intermédiation financière. C’est une autre façon de répondre à des besoins de financement et c’est aussi une autre lecture de l’utilisation de l’épargne. Évidemment, ce n’est pas quelque chose de nouveau d’être actionnaire en France... Mais on est actionnaire d’une autre façon, en développant une démarche active vis-à-vis de l’entreprise. L’actionnaire s’approprie le projet de l’entreprise pour le développer et le faire réussir.


On nous explique que l’actionnaire est plus actif quand il s’agit de crowdfunding. Mais les porteurs individuels traditionnels, ceux qui s’intéressent à la vie de leurs entreprises cotées en Bourse, sont aussi motivés… Il y a toujours eu cette affection de l’actionnaire à l’égard de l’entreprise !

C’est vrai, mais l’intérêt et le piège du crowdfunding, c’est l’impact des réseaux sociaux. Dès le processus de sélection, on peut utiliser les réseaux sociaux. L’actionnaire, dès le départ, peut interroger le dirigeant de l’entreprise et développer une interaction avec lui, comme avec les autres actionnaires… On assiste donc à une relecture des flux d’information et des signaux qui sont émis. Oui, on peut participer à une assemblée générale, mais il est toujours difficile de poser une question… En revanche, le crowdfunding permet d’échanger en permanence.

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