ArcelorMittal : une entreprise intégrée qui est à un tournant.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. La semaine prochaine (numéro 775) : “Nos paris et nos choix de 2015”. Bonne lecture !!!
Entre 2011 et 2013, ArcelorMittal a glissé, brutalement, tombant de 68,26 milliards d’euros de chiffre d’affaires à 57,7 milliards. Avec une dette stabilisée, les fraisfinanciers ont pesé, la marge opérationnelle s’effondrant… le résultat net est devenu négatif, surtout lorsque l’on ajoute les frais de restructuration. ArcelorMittal est une entreprise familiale, qui ne vise pas le court terme, et qui s’est construite au fur et à mesure des acquisitions, à partir d’outils souvent obsolètes, comme notamment ceux récupérés suite à l’effondrement du bloc soviétique, en Asie centrale. Le boom chinois avait permis à ArcelorMittal, qui est aussi présent en Inde, de faire une fortecroissance, avec des profits colossaux… ce qui a rendu possible la conquête d’Arcelor, entreprise apportant des technologies pointues, notamment dans les aciers plats carbone, souvent vendues à des clients très spécifiques, comme l’industrie automobile où ArcelorMittal détient environ 25 % du marché mondial. Dans les aciers longs carbone, tels que les poutrelles, les ronds à béton, les palplanches, les rails de transports en commun et autres produits de tréfilerie les marges sont moindres, la compétition est plus difficile. ArcelorMittal n’est pas une compagnie sidérurgique ordinaire telle qu’on a pu les connaître en France, du temps des barons de l’acier, tels que la famille Wendel.
ArcelorMittal produit son minerai et son charbon.
C’est une entreprise qui vise l’intégration à la fois des minerais (mines de fer au Canada et en Afrique surtout), et de la fabrication d’acier. Sur le long terme, c’est profitable, cela rend ArcelorMittal autonome et totalement insensible aux excès éventuels des cours du minerai de fer. A court terme, lorsque la demande de minerai de fer baisse, ArcelorMittal se trouve handicapé, face à des concurrents qui peuvent acheter à moindre coût que son propre coût de production pour les minerais d’origine. Avec une capacité de fabrication de 119 millions de tonnes d’acier brut chaque année, ArcelorMittal reste le numéro un mondial dans son secteur. Les entreprises chinoises ou nord-américaines, ses concurrentes, ne sont pas aussi puissantes, géantes. La comptabilité d’ArcelorMittal n’est pas faite en euros, bien que son siège soit en Europe, et que le domicile de son principal actionnaire se situe à Londres. Comme pour les sociétés pétrolières, ArcelorMittal a décidé d’établir une comptabilité en dollars, avec une conversion qui varie, sans impact sur le résultat opérationnel, en fonction du taux de conversion entre le dollar et l’euro. Sur le premier semestre de l’exercice 2014, ArcelorMittal a expédié 42,4 millions de tonnes d’acier, sur une production brute de 46,1 millions de tonnes. Pour se faire, l’entreprise, dans ses propres mines, a sorti pour 31,4 millions de tonnes de minerais de fer, ainsi que 3,6 millions de tonnes (en six mois toujours), de charbon. La production vendue a été légèrement supérieure sur les six premiers mois de 2014 à ce qui fut constaté sur les six premiers mois de 2013, mais comme la compétition est rude, le chiffre d’affaires a été stable.
Numéro 1 mondial, mais faible en Asie.
ArcelorMittal est une entreprise mondialisée, présente dans vingt pays différents, sur quatre continents. Les hauts-fourneaux sont au nombre de 57, l’entreprise est numéro un dans la production d’acier en Amérique du Nord comme du Sud, en Europe et en Afrique, elle est très présente également dans l’ancienne URSS, et se développe, progressivement, tant en Chine qu’en Inde. L’acier étant un pondéreux, il faut souvent produire sur place, mais, pour des catégories spécifiques, l’acier est exporté à partir d’usines qui sont souvent situées au bord de mer, comme à Dunkerque en France. Pour faire face à la concurrence, le groupe cherche à réduire ses coûts de fabrication, à faire des gains de productivité, en fermant les installations les moins efficaces, même si elles peuvent parfois rester rentables. Il y a une stratégie de long terme, rarement une stratégie de court terme. Dans le cadre de ses objectifs de croissance externe, les opportunités sont saisies, parfois en association. Au début de l’année 2014, ArcelorMittal a pris 50 % d’une coentreprise avec Nippon Steel & Sumitomo Metal Corporation, pour se payer Thyssenkrupp Steel USA, une dépense de 1,55 milliard de dollars. Cette opération, effectuée lorsque l’euro était élevé, devrait être bénéfique pour les résultats de la fin de l’année 2014, mais aussi de façon plus forte sur les résultats de 2015 et 2016. Il faut savoir que cette opération de croissance externe, qui profite du recentrage du groupe allemand Thyssenkrupp, est une opération permettant d’augmenter sa prépondérance sur le marché nord-américain, la volatilité des cours de l’acier est d’autant plus faible que l’on est un fournisseur pesant face à des clients moins regardants. Cela permet d’exploiter sur une base plus large les brevets développés en Europe, dans les anciennes équipes de recherche et de développement d’Arcelor, notamment dans les aciers pour l’industrie automobile, de plus en plus résistants, de moins en moins lourds, de manière à concurrencer de façon plus importante les productions en aluminium, qui ont percé dans le cadre d’une recherche permanente des constructeurs automobiles pour un allégement des véhicules, une réduction des consommations.
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