Les bonnes marges retrouvées des équipementiers de l’industrie automobile.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. La semaine prochaine (numéro 772) : “Airbus : le défi de la production”. Bonne lecture !!!

Il y a quelques mois de cela, l’action Valeo a été intégrée dans l’indice CAC40. Il y a quelques années de cela, on aurait crié au fou si on avait annoncé cette perspective. Aujourd’hui, Valeo, gros équipementier de l’industrie automobile français, vaut environ 8 milliards d’euros en Bourse, c’est une entreprise prospère, très rentable, et elle réalise environ 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et affiche une marge opérationnelle supérieure à 6 % ce qui était impossible à imaginer en 2009, avec une marge opérationnelle de 1 % du chiffre d’affaires, une dette forte, un résultat net déficitaire, et seulement 7,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Que s’est-il passé ? Valeo a décidé de se spécialiser, de se concentrer sur ce qui faisait ses forces. L’entreprise est aujourd’hui présente dans les équipements thermiques (systèmes de chauffage et de climatisation, compresseurs, refroidisseurs de moteurs, échangeurs d’huile…) qui représentent un petit tiers du chiffre d’affaires.

C’est également les systèmes de propulsion, tels que les démarreurs, les alternateurs, et les systèmes de transmission, là encore, c’est un peu plus du quart, un peu moins d’un tiers du chiffre d’affaires. Mais c’est également, de plus en plus, les systèmes de confort et d’aide à la conduite, comme l’accès sans clés, les antivols de direction, mais aussi les logiciels qui permettent de se garer sans toucher le volant, par un automatisme d’aide à la conduite, cela représente désormais un cinquième du chiffre d’affaires. Valeo, c’est toujours les phares, issus de Marchal, donc les systèmes d’éclairage et de signalisation, les projecteurs antibrouillards, les feux… et même les systèmes d’essuyage (balais d’essuie-glace). Une fois recentré, une fois avoir vendu des activités périphériques, comme les serrures de voitures, Valeo a pu s’inscrire, grâce à son innovation, à de gros efforts de recherche et de développement, dans une perspective de croissance durable, supérieure à celle du marché. 


Valeo, la vedette du secteur, dans le CAC 40.


Au troisième trimestre, dernier chiffre connu, le chiffre d’affaires était en hausse de 6 % à périmètre constant, une hausse de 10 % sur le chiffre d’affaires publié, de 3,1 milliards. Comme pour d’autres équipementiers de l’industrie automobile, la croissance s’explique en grande partie par une forte progression en Chine, très supérieure à celle du marché, grâce à la mise en place, sur le marché chinois, de normes de plus en plus exigeantes, pour les constructeurs d’origine occidentale (coentreprise) ou pour les constructeurs locaux. Là où, il y a encore quelques années, Volkswagen vendait en Chine les versions anciennes de ses Passat (appelée là-bas Santana), et Citroën des vieilles ZX ou des C2 (des 206 avec un double chevron dessus), la plupart des constructeurs ont supprimé les anciens modèles de leurs gammes, et ils présentent désormais à la clientèle chinoise des véhicules modernes, bien équipés, cela tire, bien évidemment, les ventes de Valeo. Ce qui est nouveau, pour les grands équipementiers tels que Valeo, c’est la baisse du chiffre d’affaires sur le marché du remplacement, car la durabilité des véhicules est plus grande, son chiffre d’affaires stagne, alors que les ventes « première montent » augmentent de façon forte. Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’il y a beaucoup de concurrence de la part de fabricants de pièces génériques, qui distribuent leurs balais d’essuie-glace ou leurs différents produits via la grande distribution, nonobstant les règles élémentaires de sécurité, ou de qualité. C’est une concurrence très forte sur le marché de la seconde monte, sur le marché de la réparation.

Sur l’ensemble de l’année, Valeo va continuer à croître, avec un taux de marge opérationnelle final, sur l’ensemble des comptes 2014, très légèrement supérieur à 7 % du chiffre d’affaires. C’est quelque chose de tout à fait novateur, et cela plaît au marché puisque, désormais, Valeo vaut en Bourse environ les deux tiers de son chiffre d’affaires, ce qui était totalement inimaginable il y a cinq ou six ans de cela. Ce qui plaît, pour Valeo comme pour d’autres entreprises du secteur, c’est bien sûr la capacité de l’entreprise à, par des commandes pluriannuelles, être certaine de progresser, au moins sur les exercices 2015, 2016 et 2017. L’horizon est fort, la mondialisation de cette entreprise est désormais réalisée, la dépendance vis-à-vis du marché européen est beaucoup plus faible que ce qui est aujourd’hui encore constaté. Valeo, comme les autres entreprises du secteur, s’est énormément désendettée, du coup, le résultat net, très coquet désormais, va pouvoir être distribué sous forme de dividende, comme dans beaucoup d’autres secteurs. Valeo avait sorti au premier semestre un résultat net part du groupe de 262 millions d’euros, une progression de 38 %, et une marge opérationnelle de 442 millions, en gain de 15 % soit 7 % du chiffre d’affaires.

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