Economie : les enjeux de 2015.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. La semaine prochaine (numéro 772) : “Les bonnes marges retrouvées des équipementiers”. Bonne lecture !!!
L’économie russe, jusqu’à présent, prévoyait une croissance de 1,2 % pour 2015, très officiellement, le vice-ministre de l’Economie, M. Alexeï Vedev, a annoncé qu’il prévoyait une contraction de 0,8 %, une entrée en récession donc. C’est lié, bien évidemment, à la baisse du prix moyen du baril de pétrole, qui est désormais estimé à 80 dollars par le ministère de l’Economie russe, contre 100 dollars jusqu’à présent, mais c’est aussi lié au fait que les sanctions vont persister, le rouble est plus bas, mais l’économie russe n’est pas en mesure de se substituer à la production qui était jusqu’à présent importée et qui est, dans les faits, devenue hors de portée des consommateurs des classes basse et moyenne. La Russie avait commencé 2014 avec plus de 500 milliards de dollars de réserves, les sorties nettes de capitaux sont estimées, désormais, à 125 milliards de dollars, et, pour l’année 2015, la Russie s’attend à 90 milliards de sorties d’argent supplémentaire, pour payer les importations, ou tout simplement pour faire face à la perte de confiance et à l’exil des capitaux. Le rouble est au plus bas, il faudra bientôt 100 roubles pour avoir 1 euro, si l’on continue au rythme actuel.
La Russie secouée.
Il y a quelques années, 1 euro pouvait obtenir 30 roubles, désormais, contre 1 euro, on en a 66,5. En citant ces faits, ces chiffres, on aborde quasiment tous les soucis et tous les problèmes qui seront à surveiller pour l’année 2015. En effet, il y a bien sûr la baisse du pétrole et la baisse de l’énergie, il y a également les batailles monétaires qui sont en cours, avec la remontée du dollar face à plusieurs monnaies, dont l’euro, avec, bien évidemment, les répercussions sur les compétitivités des importations ou des exportations qui sont les conséquences de ces différents éléments. Bien évidemment, il ne faut pas oublier que lorsque les réserves s’épuisent, les banques publiques russes vont être incitées, pour celles qui l’avaient fait, à désinvestir de leur placement à l’occident. Je rappelle qu’il y a eu, à un moment, la banque publique russe VTB à hauteur d’environ 5 % dans le capital de EADS, ancien nom d’Airbus Group. La politique monétaire qui a été adoptée au mois de juin dernier en Europe vise à une plus grande abondance de liquidités, elle va être accélérée dès le début de l’année 2015. Très clairement, et à l’unanimité, les membres du Conseil de la Banque centrale européenne ont annoncé leur désir de remonter d’environ 1.000 milliards d’euros le total du bilan de l’institution monétaire, et cela se fera, vraisemblablement, selon ce qui a été déclaré ultérieurement par différents acteurs du dossier, en achetant des créances sur les Etats, ce qui redonnera des liquidités au système financier, pèsera sur les intérêts qui sont à payer par lesdits Etats, et, in fine, entraînera un recul de l’euro, par ce surcroît d’émission monétaire. Cette opération peut avoir un effet de relance économique significatif, ne serait-ce que parce que le refinancement des emprunts d’Etat qui arrivent à échéance va se faire à moindre coût. Il convient de rappeler que la dette publique française, pour ne citer que ce cas énorme de 2.000 milliards d’euros, a une durée de vie moyenne un peu supérieure à sept ans, ce qui veut dire concrètement que l’on doit, sur les marchés, refinancer pour environ 350 milliards d’euros de dette ancienne qui arrive à l’échéance, et, en surcroît, les 80 à 90 milliards d’euros qui sont issus des déficits publics de l’année 2015.
Les taux d’intérêts artificiellement bas.
Alors que l’Allemagne n’a plus à financer des déficits publics supplémentaires, alors que l’Italie est un pays qui est aujourd’hui proche de l’équilibre excédentaire si l’on ne tient compte que du budget primaire (hors frais d’intérêts sur la dette des exercices antérieurs), nous sommes donc dans une situation étonnante où le diable porte Saint-Pierre, où nos erreurs du passé, devenant moins coûteuses, ne nous incitent pas à faire des efforts pour la rigueur de la gestion, et peuvent permettre à des gouvernants tels que le gouvernement français d’emprunter à des taux inespérés, et de payer une masse globale d’intérêts inférieurs en 2015 à ce qui fut supporté sur l’exercice 2010, bien qu’il y ait 460 milliards d’euros de dette de plus, en moyenne, qui portent des intérêts. La Banque centrale européenne adopte une politique similaire à celle qui avait été retenue par la Réserve fédérale américaine. Cela a eu comme conséquence, sur pression du Congrès conservateur (Parti Républicain), avec plusieurs bras de fer et le refus de financement de l’Etat, du déplafonnement de la dette, un recul très rapide et drastique des déficits nord-américains, tombés à moins de 3 % du PIB pour l’exercice fiscal qui s’est terminé au 30 septembre de l’année 2014. Aux Etats-Unis, il faut savoir que la majorité renforcée pour le Parti Républicain au Sénat et à la Chambre des Représentants leur donne les pleins pouvoirs budgétaires, face à une administration Obama qui ne pourra rien faire d’autre que d’éventuellement poser son veto, en cas de désaccord. Il est donc vraisemblable que la réduction des déficits nord-américains va se poursuivre, et que le dollar, qui s’est apprécié sur l’année 2014, va continuer à s’apprécier sur l’année 2015. On peut donc estimer que, par à-coups, l’euro va tomber de 1,24 dollar actuel à environ 1,10, 1,15 ou 1,18, l’ampleur comme la rapidité de l’événement sont dans les incertitudes, mais l’événement est certain.
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