Les entreprises peuvent maintenant emprunter hors du circuit bancaire traditionnel
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
Olivier Goy, fondateur de Lendix : « Il y a 80 à 100 milliards d’euros de prêts chaque annéeaux PME, les épargnants ne pouvaient pas en profiter, alors que c’est une épargne intéressante. »
C’est un événement qui va bousculer le monde bancaire : les entreprises peuvent maintenant emprunter des fonds en dehors des circuits bancaires et des sociétés spécialisées dans ce type de prêts peuvent donc voir le jour. Olivier Goy, fondateur de 123Venture, vient de lancer Lendix, une plate-forme de prêts aux PME financés par des particuliers et des institutionnels. Lendix a levé 7 millions d’euros auprès de Partech Ventures, Weber Investissements, Marc Menasé et des dirigeants d’123Venture. Lendix permet à des institutionnels, ainsi qu’à des particuliers, de prêter à des PME, en bénéficiant d’un rendement «compris entre 4 et 10% de leurs liquidités». Elle vise des sociétés existant depuis au moins deux ans, rentables ou fortement capitalisées, pour des besoins compris entre 15 000 et 300 000 euros. Le prêt, à taux fixe, est amortissable sur 18 à 48 mois. Pour les particuliers, les tickets sont compris entre 25 et 1 000 euros, sans limite de nombre de dossiers financés. Lendix emploie dix collaborateurs et compte financer 400 à 500 PME par an. Olivier Goy se lance donc dans un nouveau défi, après avoir fondé 123Venture en 2000, puis investi avec le fonds dans une dizaine de sociétés, dont Criteo. Il répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : Jusqu’à présent, quand on voulait placer son argent dans une entreprise, il y avait la bourse, le banquier qui propose des fonds sans que l’on sache réellement où va l’argent, ou encore le capitalisme familial… Lendix est une nouvelle étape dans la relation que l’investisseur peut avoir avec l’entreprise. Pouvez-vous nous présenter votre concept ?
Olivier Goy : Effectivement, tous les placements proposés jusqu’à présent étaient des placements où l’investisseur devenait actionnaire des entreprises, mais il n’y avait rien qui vous autorisait à prêter de l’argent à une entreprise. Si, par exemple, vous vouliez prêter de l’argent à votre cousin pour l’aider à monter son entreprise, sans en devenir actionnaire, il n’y avait aucune solution en raison du monopole bancaire. Il était strictement interdit de prêter de l’argent à qui que ce soit. Dans les faits, vous pouviez le faire exceptionnellement, mais vous auriez pu avoir de gros problèmes en le faisant plusieurs fois… Ce qui s’est passé depuis le 1er octobre, c’est une révolution, puisque la loi autorise un particulier à prêter pour tous les prêts inférieurs à 1 million d’euros, ce qui est déjà énorme. Les prêts à 1 million d’euros, c’est une nouvelle classe d’actifs qui s’ouvre aux investisseurs privés, comme aux institutionnels, d’ailleurs. Jusqu’à présent, cet argent allait dans le bilan des banques. Les banques prêtaient à leur profit, mais il n’y avait jamais eu de produits structurés pour permettre aux investisseurs de profiter de cette manne. Il y a 80 à 100 milliards d’euros de prêts chaque année aux PME, les épargnants ne pouvaient pas en profiter, alors que c’est une épargne intéressante. C’est une épargne utile aux entreprises qui ont besoin de trouver des ressources et c’est aussi intéressant pour l’investisseur, puisqu’il obtient une meilleure rémunération de son épargne. Ce qui est révolutionnaire, c’est qu’il y a une loi qui autorise enfin cette classe d’actifs à entrer dans les portefeuilles des clients et il y a un double besoin, du côté des entreprises, comme du côté des investisseurs. C’est donc un événement, parce que c’est quelque chose de totalement nouveau qui casse un monopole qui existait depuis toujours.
Quel est l’intérêt de prêter de l’argent à une entreprise, plutôt que d’en devenir actionnaire ?
C’est complémentaire et l’un n’exclut pas l’autre. Être actionnaire, c’est accepter une immobilisation de son épargne dans la durée. Pour que votre investissement devienne liquide, il faut que votre entreprise soit vendue ou que quelqu’un vous rachète les parts. Ce n’est pas évident quand l’entreprise n’est pas cotée. À l’inverse, quand vous faites un prêt, on vous rembourse tous les mois du capital et des intérêts. Donc, ce n’est pas du tout le même niveau de risque. Quand une entreprise va au tapis, elle doit avant tout payer ses créanciers et ses dettes avant de payer ses actionnaires. Les actifs servent d’abord à payer les créanciers et, ensuite, les actionnaires… Donc, vous êtes mieux protégé quand vous êtes créancier que lorsque vous êtes actionnaire. Bien évidemment, il n’y a rien de garanti avec un prêt. Vous avez toujours le risque que la personne ne vous rembourse pas : c’est valable pour une entreprise, comme pour un État et on a vu cela quand des gens ont tremblé à l’idée que la Grèce n’honore pas ses remboursements. Un prêt n’est pas non plus un actif sans aucun risque. Mais le niveau de risque-rendement n’est pas du tout le même que sur l’equity. Il y a une vraie complémentarité et les attentes ne sont pas les mêmes. Il est peut-être plus ludique d’être actionnaire, mais l’approche est totalement différente.
Validez le formulaire ci-dessous
Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.