Le vrai scénario du retour de Sarkozy

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Les journalistes Philippe Cohen et Laureline Dupont n’ont jamais pris au sérieux les propos de Nicolas Sarkozy sur son retrait de la vie politique après la défaite de 2012. Depuis l’élection présidentielle, ils ont mené une enquête approfondie auprès de l’ancien président de la République et de ses proches. Ils ont eu la confirmation que Nicolas Sarkozy avait bien élaboré un plan de retour sur la scène politique. Mais ce programme ne s’est pas déroulé comme prévu… Ainsi, Nicolas Sarkozy n’avait jamais eu l’intention d’entrer dans la bataille de la présidence de l’UMP. Il voulait que l’UMP soit dirigée par un proche jusqu’en 2017, afin de pouvoir se positionner comme un « sauveur » hors des partis… Mais l’affaire Bygmalion a eu pour effet de tout bouleverser… Quel était son plan ? Pourquoi s’entoure-t-il exclusivement de trentenaires ? C’est l’objet de cette enquête.

Philippe Cohen a été journaliste à Marianne et il est décédé l’an dernier. Laureline Dupont, journaliste au Point, a poursuivi cette enquête et a tenu à ce que le nom de Philippe Cohen apparaisse comme coauteur de l’ouvrage afin de lui rendre hommage. Laureline Dupont souligne : « Quand on a commencé à travailler, c’était quasiment au lendemain du 6 mai 2012, puisque Philippe Cohen a eu cette idée le soir de la défaite, à la suite du discours de Nicolas Sarkozy à la Mutualité. Nous pensions que Nicolas Sarkozy allait vouloir très vite prendre sa revanche. Quand nous avons commencé à nouer des contacts avec les différents membres de son entourage, on nous regardait avec des yeux ronds en nous disant : « Vous êtes complètement fous, il est écoeuré, il a toujours dit qu’il arrêterait la politique après un quinquennat. Donc, il n’est absolument pas question de retour. Il est jeune, il a plein d’autres choses à faire, il a envie de faire des conférences et de bien gagner sa vie. » Finalement, au fil des mois, on s’est aperçu que l’idée commençait à poindre. Je pense que l’inactivité est une chose qu’il a fort mal vécue et qui l’a contraint à accepter l’idée d’un retour en politique».

On apprend que Nicolas Sarkozy entendait se positionner comme le sauveur de la France et surtout pas comme celui qui repart à la conquête d’un parti politique : «C’est vrai et ce qui est drôle, c’est qu’il ait passé deux ans à élaborer une stratégie de retour en homme providentiel, en messie... C’était vraiment un retour à la de Gaulle : le peuple m’attend et j’arrive en sauveur... Manque de pot, il n’avait pas prévu un tas de choses, à commencer par le scandale Bygmalion et sa conséquence directe, la démission de Jean-François Copé de la tête de l’UMP. A partir du moment où il risquait de se retrouver avec un parti censé le porter vers l’élection présidentielle mais dont le chef ne lui serait plus favorable, c’était très risqué. Il ne pouvait pas prendre ce risque et il était obligé de placer l’un des siens, ou lui-même, à la tête de l’UMP. »

Cependant, en tant qu’ancien président de la République, il ne voulait pas s’abaisser à briguer la direction du parti : «Nicolas Sarkozy l’a proposé très vite à François Baroin et il l’a même supplié de concourir à la présidence de l’UMP. Mais François Baroin avait d’autres plans. Nicolas Sarkozy s’est retrouvé au pied du mur. Il a quand même beaucoup réfléchi car cela n’était pas une décision évidente pour lui. Pendant tout l’été, il a été tiraillé entre revenir par la case UMP ou se retirer complètement. Mais il a fini par se rendre à l’évidence : s’il voulait revenir à l’élection présidentielle, il fallait qu’il reprenne d’abord le parti. » Dans cette stratégie, il y a aussi une volonté d’écarter tous les quadras et tous les quinquas, pour ne prendre des trentenaires, les plus jeunes possible, afin d’écarter des rivaux éventuels : « Oui, Nicolas Sarkozy sait qu’aujourd’hui les quadras qu’il a faits ministres sont devenus de plus en plus ambitieux… C’est là aussi que l’on se rend compte que Nicolas Sarkozy est habile, parce qu’il les a tous fait monter en même temps, en se disant qu’ils allaient finir par se neutraliser les uns les autres. On voit que tous les quadras partent en ordre dispersé et qu’aucun quadra ne se range derrière un autre quadra. Donc, c’est plutôt bien joué ! »

Malheureusement, ces trentenaires n’ont comme seule et unique préoccupation que leur carrière personnelle : « Les trentenaires dont on parle, ce sont des trentenaires qui sont entrés en politique par et pour Nicolas Sarkozy. Donc, ils ont été biberonnés au sarkozisme pendant des années et ils reproduisent le comportement de leur mentor en pensant que la politique se fait par stratégie politicienne et par ambition, et absolument pas avec des idées ou des convictions. » Autre point important relevé par la journaliste, depuis sa rupture avec Patrick Buisson, il n’y a aucune impulsion intellectuelle dans l’entourage de Nicolas Sarkozy : « Il lui manque un penseur, c’est le problème de Nicolas Sarkozy aujourd’hui. C’est pourquoi il est très discret sur toutes les questions de fond. L’abrogation de la loi Taubira est le meilleur exemple : il est flou, il fait des propositions alambiquées et personne ne comprend vraiment où il veut en venir. En plus, il va à l’encontre de sa conviction, puisqu’en privé il est tout-à-fait favorable à la loi Taubira ! »

«C’était pas le plan. Le vrai scénario du retour de Sarkozy » de Laureline Dupont et Philippe Cohen est publié aux Editions Fayard.

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