Artisan : le parcours du combattant.
LITTÉRATURE
On parle souvent de l’artisanat dans les colloques, mais on s’intéresse peu à la vie réelle de ces entrepreneurs. Marcel Hart vient de publier «Artisan : le parcours du combattant», un livre dans lequel il évoque toutes les difficultés rencontrées par les indépendants : «Le travail artisanal a marqué ma vie pendant 33 ans et j’ai voulu sensibiliser le public sur l’avenir de l’artisanat. Les artisans, on les côtoie tous les jours, mais on n’en parle jamais dans les médias. C’est une force considérable qui est mal représentée politiquement parce qu’ils sont dispersés». Dans cet ouvrage, il revient sur son expérience pour exposer des solutions concrètes. Par exemple, il plaide pour l’instauration d’un statut de l’artisan, qui doit paradoxalement affronter de lourdes obligations dignes de celles d’un grand chef d’entreprise, et cela tout seul : «Un artisan a plus de poids sur ses épaules que le PDG d’une multinationale ! L’artisan a sur le dos tout un tas de contraintes comme s’il s’agissait d’une multinationale. Il doit présenter une comptabilité analogue à celle d’une grande entreprise, cela lui fait perdre au moins 10% de son chiffre d’affaires, et il y a de nombreuses autres contraintes qui font que l’artisan se retrouve sous une pression constante. Le PDG d’une multinationale a des adjoints pour l’aider, alors que l’artisan est obligé de tout faire seul. C’est un régime extrêmement difficile et en plus, lorsqu’il rencontre des difficultés, il peut tout perdre. Jusqu’à des récentes lois, on pouvait même lui confisquer sa maison !» L’auteur évoque aussi la solitude de nombreux professionnels : «Si l’artisan est incompétent, il n’aura plus de clients et il pourra même se retrouver mendiant, alors qu’un Premier ministre incompétent, on finit par s’en débarrasser, mais il aura une confortable retraite et d’innombrables avantages».
Pourquoi un tel décalage ? Réponse de Marcel Hart : « Toutes les réformes qui sont faites autour de l’artisanat sont réalisées par des personnes qui ne connaissent pas vraiment le terrain et les problèmes restent toujours les mêmes. Moi-même, j’ai dû déposer le bilan à un certain moment, j’ai connu une faillite, c’est un parcours extrêmement difficile pour une personne seule. Or, j’insiste sur le fait que l’artisanat permet à quelqu’un de réussir seul dans la vie, c’est pourquoi il faut aider l’artisanat». Cet ouvrage est aussi un cri d’alarme lancé à destination des pouvoirs publics, car l’artisanat est malheureusement en train de disparaître. Pour éviter cela, l’auteur ne manque pas d’idées : «Je propose de créer une banque qui serait alimentée par les artisans et qui serait uniquement dédiée à l’artisanat. Tous les artisans déposeraient leurs fonds dans une banque dédiée totalement à l’artisanat afin de financer l’artisanat. Je souhaite aussi que les artisans consacrent un peu de temps à la promotion de l’artisanat. Par exemple, je propose de créer un institut de recherche dédié à l’artisanat afin de regrouper toutes les informations sur ce domaine. Je souhaite également que les artisans se regroupent au sein de différents groupements pour acquérir du matériel à des conditions préférentielles. Surtout, ce qui est très important, ce sont les débouchés. Les artisans sont mis en concurrence avec les grands groupes qui ont des salariés et qui ont tendance à accaparer de plus en plus de marchés. Actuellement, les contrats se négocient entre les pouvoirs publics et les grands groupes, alors qu’avant ils faisaient appel à des artisans. On nous explique toujours qu’il faut promouvoir l’artisanat mais, sur le terrain, les artisans observent que les marchés sont de plus en plus raflés par les grands groupes».
À la fin de son livre, Marcel Hart compare le sort des artisans à celui des classes moyennes qui sont, elles aussi, très exposées : «Les artisans n’arrivent pas à former un bloc pour exposer leurs problèmes. Les ministères en charge de l’artisanat ne vont pas toujours sur le terrain pour étudier le problème. La France est le pays où ceux qui travaillent deviennent aigris parce qu’ils se font voler la richesse qu’ils ont créée avec 1000 difficultés par des fonctionnaires qui ne sont pas moins aigris de mener une vie professionnelle insipide, irresponsable, dont la finalité plus ou moins avouée consiste à contrôler et entraver la vie des indépendants qui travaillent». En fait, «on nous fait croire que tout va bien, mais les difficultés persistent, car on ne fait rien pour sauver l’artisanat. Pour cela, il faudrait étudier les problèmes de près avec, pourquoi pas, une commission en charge de recueillir les opinions des artisans afin de proposer des solutions concrètes».
Cependant, si cet artisan a souhaité apporter son témoignage, c’est aussi par amour de son métier : «Je ne souhaite pas décourager les jeunes, ils doivent aller vers l’artisanat, mais j’ai quand même voulu attirer l’attention du public pour sauver l’artisanat qui croule sous les charges. À cela s’ajoutent les auto-entrepreneurs qui raflent une partie du travail des artisans ! Les avantages du statut de l’auto-entrepreneur devraient être étendus aux artisans et cela soulagerait grandement le problème du chômage. Mais je continue de croire en l’artisanat, parce que c’est la seule solution pour qu’un jeune puisse devenir un jour son propre patron. L’artisan est par définition un homme libre, il est maître de lui-même, tout dépend de lui, c’est une bonne raison pour lutter». Le livre est écrit avec sincérité par un homme passionné : «Pour le salut de l’artisanat, il faut bien informer le public, sensibiliser les dirigeants sur la réalité et les menaces qui pèsent sur cette activité que j’estime vitale pour le pays, et ainsi servir de sonnette d’alarme au profit de l’avenir de l’artisanat». Les candidats à l’élection présidentielle devraient lire cet ouvrage s’ils sont sincèrement préoccupés par l’avenir de l’artisanat en France.
« Artisan : le parcours du combattant » de Marcel Hart est publié aux Éditions Tatamis.
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