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Pétrole : la guerre commence.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. La semaine prochaine (numéro 768) : “Immobilier : les incertitudes de 2015”. Bonne lecture !!!
Bonne surprise chez le pompiste ! Désormais, en province, il est quasiment possible d’obtenir presque partout un litre de gazole à 1,20 euro et moins, et un litre de supercarburant SP 95 à 1,35, voire moins. C’est un petit bonheur pour le pouvoir d’achat de celles et ceux qui sont obligés de prendre la voiture pour aller travailler, c’est une sorte de « prime de Noël » pour les entreprises de transport, ou qui ont de très gros coûts énergétiques, telles que Spir Communication, pour sa filiale Adrexo. Ce« cadeau de Noël » ne vient pas par hasard. Avec l’augmentation très spectaculaire de la production de pétrole et de gaz de schiste aux Etats-Unis, qui a été en hausse de 70 % en l’espace de six ans, il y a danger, pour l’Arabie Saoudite, de perdre l’essentiel de son principal débouché, le marché nord-américain.
Aux Etats-Unis, grâce aux méthodes dites non-conventionnelles, la production de brut a augmenté de 70 % depuis 2008. Cette augmentation a permis de réduire les importations pétrolières, elles sont au plus bas depuis 2010. Les producteurs font pression sur le Congrès et, après les élections de ce mardi 4 novembre (victoire républicaine, sans surprise), il est assez vraisemblable que l’autorisation d’exporter le pétrole produit en Amérique du Nord sera accordée, mettant fin à une aberration législative américaine qui interdisait de vendre à l’étranger du pétrole produit sur le sol ou dans les espaces maritimes exclusifs des Etats-Unis.
Le pétrole américain bientôt exportable.
Les compagnies pétrolières qui ont lourdement investi dans les méthodes non-conventionnelles souhaitent pouvoir exporter pour continuer à augmenter leur production, car, actuellement, leurs débouchés sont limités par les capacités de raffinage. Il faut savoir que le système de raffinerie installé actuellement et opérationnel en Amérique du Nord est équipé pour traiter du brut importé, qui est le plus souvent d’une autre nature que ce qui est extrait du sous-sol américain. La plupart du temps, l’outil de raffinage, proche des côtes, est prévu pour traiter soit le pétrole provenant du golfe du Mexique (zone américaine ou mexicaine), soit d’Arabie Saoudite, qui est un pétrole particulièrement léger, qui permet de fabriquer facilement de l’essence ainsi que du kérosène, mais moins facilement des produits destinés à l’industrie chimique. Si la tendance se poursuit, l’industrie pétrolière nord-américaine va transformer son outil de raffinage, il sera donc adapté à la production locale, cela aura pour conséquence une baisse durable du débouché américain de la production de l’Arabie Saoudite et des pays aux gisements similaires tels que le Koweït ou l’Irak. En théorie, rien ne devrait justifier une baisse forte du prix du pétrole, car, en toute logique, lorsque la Lybie est en guerre civile (une production actuelle de 400.000 barils par jour contre environ 1,5 million en période normale), lorsque l’Irak est envahie par « l’Etat islamique », lorsque la Syrie ne peut exploiter ses propres gisements… lorsque la Russie se trouve limitée dans ses développements par l’obsolescence de beaucoup de ses installations… on devrait avoir une tension forte, d’autant plus forte que le Japon n’a pas fait redémarrer ses centrales nucléaires et qu’il consomme des produits pétroliers ou gaziers pour fabriquer l’énergie électrique dont il a besoin.
L’effondrement des cours n’est pas un hasard.