L’enseignement à distance privé s’organise : rencontre avec le géant du secteur

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Jean Schmitt, cofondateur d’Alma Learning Group : « Il n’y a plus d’enseignement démocratique et si vous voulez vous en sortir, il n’y a plus que l’enseignement à distance. »

Jean Schmitt est président du Syndicat de l’enseignement privé à distance (CHANED), président du Groupe Hattemer et co-fondateur d’Alma Learning Group. En devenant actionnaire majoritaire de Forma-Dis, Alma Learning Group prend la tête du marché de l’enseignement à distance en France. Le nouvel ensemble compte à présent plus de 65 000 élèves. À 80%, ces élèves suivent leurs formations en «e-learning», c’est-à-dire en scolarisation via Internet, et à 20% en «blended learning» (e-learning combiné avec des périodes de semi-présence dans les écoles) ou en présentiel (enseignement classique). Au total, ce sont plus de 450 cursus de formation qui sont dispensés par cette nouvelle entité, à travers 28 pays. Alma Learning Group est une société en croissance rapide dans le domaine de l’enseignement privé, francophone et bilingue, qui réunit plusieurs marques établies de l’enseignement privé, dont les prestigieux Cours Hattemer et Cours Legendre, ainsi que les cours d’enseignement à distance Hattemer Academy. Alma Learning Group est une société privée détenue par ses trois fondateurs, Jean Schmitt, Pierre Lansonneur et Philippe Sereys de Rothschild.

Forma-Dis, spécialisé dans la formation à distance, compte de belles enseignes réputées, certaines depuis 1895, telles que le Cours Minerve, les Cours Servais, ou encore l’IFSA et l’EMWEB. Ces écoles permettent à des dizaines de milliers d’élèves de se former à un métier, de préparer des concours et de trouver un emploi, cela de manière flexible et individualisée, grâce aux technologies d’e-learning. Jean Schmitt, cofondateur d’Alma Learning Group, fait le point sur le marché de l’enseignement à distance.


L’Hebdo-Bourseplus : Quand on parle de l’enseignement à distance en France, on pense automatiquement au CNED (Centre national d’enseignement à distance) qui est une marque forte. Il y a des sites privés qui proposent des cours en ligne, mais ce marché semble très disparate face au poids du CNED. Quelle est la photographie du marché de l’enseignement en ligne ?


Jean Schmitt : L’enseignement à distance est très particulier en France, car il y a beaucoup de gens qui étaient dans l’enseignement professionnel et qui ont fait de l’enseignement à distance. Cela ne date pas d’hier. C’est un domaine où l’on a souvent vu des sociétés vieillissantes, avec des pratiques vieillissantes, comme les colis postaux ou la vente par téléphone… Cette organisation s’est remise en marche avec l’arrivée de l’Internet et elle a dû se moderniser à grands pas. Il y a eu une transformation à partir d’une activité très basique par correspondance, vers une activité beaucoup plus sophistiquée et personnalisée par Internet. En face, le CNED a poursuivi le même chemin en faisant comme tout le monde. J’ai tendance à considérer le CNED comme une entité publique très intéressante, mais ce n’est pas un mastodonte. La différence se situe toujours entre l’enseignement public et l’enseignement privé, et ce qu’ils sont capables d’offrir. L’enseignement public a sa mission, qui est de fournir des programmes conformes à l’enseignement public, alors que nous nous sommes donné des missions très différentes. Ce que fait Alma Learning Group, le CNED ne peut pas le faire.

Aujourd’hui, dans l’enseignement à distance, nous délivrons des cours qui sont à des niveaux très nettement supérieurs à ceux du CNED. Quelqu’un qui veut devenir brillant en mathématiques ne le sera pas par le CNED. Mais quelqu’un qui veut suivre des cours à distance généraux, au fin fond d’une campagne, peut le faire par le CNED s’il n’est pas très ambitieux… Pour la formation professionnelle, quand on prend les huit écoles que nous avons aujourd’hui, ce sont des écoles qui ont une mission sociétale extrêmement importante puisque nous prenons des décrocheurs scolaires pour en faire des gens qui ont un métier. On prend des dizaines de milliers d’élèves par an qui sont très en difficulté et nous leur donnons un métier. Le CNED n’est pas tout-à-fait dans cette configuration. Nous avons nos propres programmes et notre propre adaptation aux besoins du marché. Ensuite, notre mission est de nous étendre à l’international, ce qui est moins dans la mission du CNED. Donc, nous vivons les uns à côté des autres, mais nous ne sommes pas du tout en compétition. Par ailleurs, nous sommes une société de technologie française qui s’étend à l’international et ce n’est pas du tout ce que fait le CNED aujourd’hui.

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