Le billard à plusieurs bandes de la galaxie Bolloré.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Bonne lecture !!!

Actuellement, Vincent Bolloré est à la manœuvre. Et, comme souvent, il est à la manœuvre sur plusieurs fronts. Dans la guerre économique mondiale, il mène à la fois la bataille de France, la bataille d’Italie et, ne l’oublions pas, ses batailles africaines. Le groupe Bolloré est un conglomérat très diversifié, comme beaucoup de gens le savent désormais. Depuis la consolidation du groupe Havas, dont il détient un peu plus de 37 %, il affiche un chiffre d’affaires d’environ 11 milliards d’euros, un résultat opérationnel supérieur à 600 millions d’euros, et, selon les plus-values dégagées chaque année, son résultat net varie entre une base à 350 millions et des sommets proches du milliard, lorsqu’il y a une cession, car, chez Bolloré, il y a souvent des cessions !

Au milieu des années 1980, le « petit prince du cash-flow » a introduit sa société, sortie du gouffre, sur le second marché de la Bourse de Paris. Ce fut un succès, à partir de ce succès, il a récupéré quelques autres sociétés, comme Sofical, Rhin-Rhône, qui lui ont permis d’annexer quelques éléments de chiffre d’affaires, quelques actifs, et d’en récupérer d’autres, qui, n’existent plus puisqu’ils ont été vendus, lorsqu’il y a eu des besoins de financements, à la manière de Frans Bonhomme, très rentable spécialiste des tuyaux en plastique.

A la fin des années 1980, le groupe a pris le contrôle de la Scac, société de logistique spécialisée dans l’Afrique. Ensuite, au tout début des années 1990, grâce à son ami Claude Bébéar, patron d’Axa, il a mis la main sur le groupe Delmas-Vieljeux, un armateur historique, dont le principal actionnaire était, à l’époque, les assurances du groupe de Paris, qui ont été récupérées par Axa, à la toute fin des années 1980. Le groupe Bolloré était devenu armateur, et, cela ne fut pas une affaire facile, il a même failli en mourir, victime de surendettement ! 


Vieux souvenir : Bolloré sans Bolloré.


Pour calmer les créanciers, Bolloré, un instant, passa la main à Bernard Esambert, ancien conseiller économique de George Pompidou, associé de la banque Rothschild, qui a calmé le jeu… permis une restructuration, et un redressement des comptes, dans le calme. Bolloré n’avait pas perdu le contrôle, il n’avait juste provisoirement plus les manettes. Le groupe Bolloré, dans le même temps, a profité de quelques sombres affaires autour de la compagnie aérienne Air Liberté pour prendre le contrôle du groupe Rivaud, qui était fortement implanté dans l’ancien empire colonial français et en Malaisie, disposant, à travers des sociétés aux noms exotiques tels que les plantations des terres rouges ou les tramways du Var et du Gard, sans oublier la financière de l’Artois et autre financière Sumatra… des plantations par dizaines de milliers d’hectares, dans l’hévéa mais aussi et surtout dans l’huile de palme, et des actifs immobiliers significatifs, souvent très bien placés, à Paris. On y reviendra. A travers la Scac, se sont développées Bolloré Logistics, Bolloré Africa Logistics et Bolloré Energie. Bolloré est devenu le numéro un de la logistique intégrée en Afrique, et un grand dans la commission des transports, à travers les cinq continents. Par ailleurs, à travers Bolloré Energy, le groupe est devenu le premier distributeur indépendant français de fioul domestique, une activité déclinante en volumes certes, mais toujours rentable, et qui maille le territoire. Issu du portefeuille d’activités Rhin-Rhône, Bolloré Energie a une part de marché de plus de 14 % en ce qui concerne la distribution de fioul domestique en France, auprès d’un demi-million de clients, essentiellement des particuliers, parfois des professionnels. Progressivement, Bolloré récupère des entreprises dans ce secteur d’activité, complétant sa position géographique, où il est souvent dominant, sinon monopolistique puisque, dans la plupart des cas, les entreprises de grande distribution telles que Intermarché, Système U, Leclerc et autres Carrefour font également de la livraison de produits d’énergie tels que le GPL ou le fioul.

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