"Quand la politique tue"
LITTÉRATURE
Le nouveau livre de Dominique Labarrière vient de sortir, avec un titre choc : «Quand la politique tue». Dans cet ouvrage, l’écrivain revient sur le destin tragique de neuf personnalités : Sadi Carnot, Jean Jaurès, Paul Doumer, Roger Salengro, Jean de Broglie, Joseph Fontanet, Pierre Boulin, Pierre Bérégovoy et François de Grossouvre. Il ouvre à nouveau ces dossiers en mettant en lumière certains mystères et en apportant des éléments encore peu connus du public. Dominique Labarrière est l’auteur de plusieurs dizaines de livres, avec des succès comme «Mes vies», avec Christophe Rocancourt, «La mort de Pierre Bérégovoy : vingt ans de questions sans réponses», «Cet homme a été assassiné», «La diabolique affaire des Templiers», «Corps et âme : miracles au quotidien dans un grand hôpital», «Marie Stuart : Sainte ou putain ?» et «Contre enquête : l’affaire Viguier».
Pourquoi ce regain d’intérêt pour ces neuf personnalités ? Dominique Labarrière explique : «Ce sont des destinées tragiques. Il y en a neuf, dans une époque relativement contemporaine : il y a Carnot, Jaurès, Doumer, Salengro, de Broglie, Fontanet, Boulin, Bérégovoy et Grossouvre. Ils sont morts de manière dramatique et ils étaient extrêmement impliqués dans la politique. On peut dire que la politique les a amenés à ce destin tragique. Il y en a trois qui sont morts pour l’honneur : Salengro, Bérégovoy et Boulin. Ils sont morts après avoir subi une campagne de presse tout-à-fait diffamante et très préjudiciable à leur image». L’écrivain estime que l’affaire la plus complexe reste celle de Robert Boulin : «Le but du livre n’est pas simplement de faire une contre-enquête, mais d’essayer d’éclairer les choses sous l’angle de la politique et des destinées humaines. J’apporte une vision assez nouvelle de l’affaire Boulin. Le travail de la famille a beaucoup contribué à obscurcir le cas Boulin. Il ne faut pas oublier qu’un an après la mort de Robert Boulin, son fils Bertrand a écrit un livre dans lequel il expose la thèse du suicide. Il a pris le temps de la réflexion, de relire son livre et de recouper les faits. Après, la fille de Robert Boulin, Fabienne, est revenue sur cet avis lorsqu’elle a vu les photos de son père avec le visage tuméfié. Photos que lui avait fournies Badinter, qui était à l’époque l’avocat de la famille et qui continuait de penser que c’était un suicide. C’est pour cette raison qu’ils l’ont débarqué... C’est donc une affaire assez embrouillée. Mais quand on examine les faits, on arrive à une solution qui est parfaitement cohérente. Il y a un certain nombre de mystères, notamment la lettre annonçant son suicide, qui est dupliquée à une quinzaine d’exemplaires. Or, je ne vois pas pourquoi on dupliquerait une lettre quand on veut se suicider... J’analyse tous les éléments de cette affaire…»
Une affaire complexe dont il subsiste encore de nombreuses ombres. En revanche, sur Pierre Bérégovoy, Dominique Labarrière n’a plus aucun doute : «Je ne m’interroge plus sur Pierre Bérégovoy, ou de moins en moins... Les gens commencent à parler. Les gens qui étaient à l’hôpital de Nevers en 1993 sont maintenant à la retraite. J’ai appris certaines choses. La mort est effective à 19h20 à l’hôpital de Nevers : le médecin urgentiste qui pratique l’examen annonce le décès à la belle-sœur de Pierre Bérégovoy, qui était pharmacienne. Alors, pourquoi corriger cela en disant qu’il n’est pas tout-à-fait mort et le transporter au Val-de-Grâce ? De plus en plus, je suis persuadé que l’on a transformé la mort de Pierre Bérégovoy pour en faire une fable». Pour Dominique Labarrière, «le silence profite toujours à des gens qui ont des choses à cacher. Et des gens qui ont des choses à cacher, il y en a beaucoup dans le monde politique, on le vérifie tous les jours... À Nevers, il y a eu des choses très intéressantes sur le plan financier pour certaines personnes. Il ne faut pas oublier que le circuit de Magny-Cours, qui ne sert strictement à rien, a été construit sur des terres agricoles qui, par l’opération du Saint-Esprit, se sont retrouvées terrains constructibles pour aménager un circuit automobile. Ces terres ont changé de propriétaire en multipliant les prix jusqu’à 25! Il y a eu des bruits qui ont circulé. Le gendarme qui a mené cette enquête a même été retrouvé suicidé…»
Dans son ouvrage, Dominique Labarrière apporte aussi un éclairage nouveau sur des affaires plus anciennes : «Je traite par exemple de la mort de Jaurès. J’ai lu ses discours et c’est d’un niveau incroyablement élevé. Personne ne peut me soupçonner d’être un sympathisant politique de Jaurès, mais c’est d’un niveau intellectuel incroyable ! D’ailleurs, sa mort a été un soulagement, y compris pour la gauche. Ils ont tous été abandonnés par leur famille politique. Lorsque Jaurès meurt, c’est aussi le soulagement des forces de gauche qui veulent la guerre. Le niveau intellectuel des interventions de Jaurès à l’Assemblée nationale est insoupçonnable aujourd’hui. Carnot est assassiné par un boulanger italien. Mais il faut voir ce que son assassin d’extrême gauche dit à son procès, on est à un niveau d’analyse politique qui ferait pâlir Mélenchon ! Et ce gosse est un boulanger italien de vingt ans ! J’ai relu le débat parlementaire intervenu quelques jours avant le suicide de Salengro et les interventions sont d’un niveau que nous n’avons plus aujourd’hui. Salengro était accusé d’avoir déserté en 1915. L’intervention de Léon Blum, qui ne défend pas très bien Salengro, parce qu’il ne comprend pas très bien l’enjeu humain, est néanmoins remarquable. Salengro a été mal défendu à l’Assemblée nationale : preuve en est, il se suicide quelque jours plus tard, il ne se sent donc pas du tout rétabli dans son honneur». Chaque chapitre du livre est consacré à une affaire, Dominique Labarrière rappelle les faits et apporte systématiquement des éléments nouveaux ce qui rend le livre réellement passionnant.
«Quand la politique tue», de Dominique Labarrière, est publié aux Éditions La Table Ronde.
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